Alors que le bilan de la vague de braconnage enfle et après le limogeage du Conservateur du parc, du Gouverneur et du représentant ministériel des forêts et de la faune de la Province du Nord, IFAW renouvelle son offre d’appui à la lutte contre le braconnage aux autorités.

massacre éléphants cameroun

Plusieurs centaines d’éléphants ont été braconnés depuis la mi-janvier 2012 au Cameroun. © IFAW/A. Ndumbe

Au moins la moitié de la population d’éléphants du Parc National de Boubandjida a péri. Elle a été décimée par la vague de braconnage sanglant perpétrée par des braconniers à cheval dont le forfait s’est poursuivi de manière continue durant 10 semaines en raison de la réponse tardive du gouvernement et des autorités chargées de la protection de la faune.

« L’alerte a été donnée dès le début du mois de janvier pour signaler la présence de braconniers. Celle-ci a été ignorée. Seules la pression médiatique internationale et la critique soulignant l’absence de réaction du gouvernement camerounais ont finalement contraint les autorités à intervenir, mais cela est arrivé bien trop tard », déclare Céline Sissler Bienvenu, Directrice du Fonds International pour la protection des animaux France (IFAW) et chargée des projets en Afrique francophone.

À ce jour, plus de 300 carcasses d’éléphants ont été retrouvées et géo-localisées. Les braconniers auraient annoncé aux populations locales quelques semaines plus tôt avoir abattu 650 éléphants, un chiffre considéré comme plausible en raison de zones du parc restées peu ou pas explorées.

Selon les acteurs locaux du parc de Boubanjida et les touristes réguliers, la population d’éléphants du parc s’élevait à environ un millier d’individus avant cette pression de braconnage, ce qui rend très probable une perte d’au moins la moitié de la population. Sans la mise en place urgente d’un recensement méthodique des carcasses sur l’ensemble du parc avant la saison des pluies débutant en avril, il sera impossible de connaître le bilan de cette vague de braconnage sans précédent.

« Comme les braconniers se sont attaqués à des troupeaux entiers, abattant sans distinction des femelles et des jeunes, il faudra probablement plus de 50 ans à la population d’éléphants de Boubandjida pour qu’elle se reconstitue. Les pertes sont irréversibles et dramatiques», précise Céline Sissler-Bienvenu.

Début mars, la mission d’IFAW sur site et la pression médiatique avaient provoqué un tollé général poussant ainsi le gouvernement camerounais à réagir. En deux semaines, 600 soldats du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), un hélicoptère du BIR et 3 ULM de l’armée camerounaise ont été déployés pour arrêter les braconniers. L’abattage des éléphants est l’œuvre de braconniers qui, profitant de la saison sèche, viennent du Soudan et du Tchad à cheval avec des chameaux pour transporter leur butin.

Lourdement équipés de fusils d’assaut, les braconniers estimés être une cinquantaine ont travaillé en petits groupes. Ils étaient bien organisés et ont eu le temps de se familiariser avec le terrain. L’intervention des autorités est arrivée trop tard pour arrêter les braconniers selon Céline Sissler- Bienvenu qui était sur la zone de massacre lorsque les opérations militaires ont débuté. « Les braconniers avaient affirmé vouloir rester jusqu’à fin mars et il semblerait qu’à quelques jours près, ils aient réussi. » Des colonnes de braconniers auraient été vues la semaine dernière faisant route vers le nord-ouest du Parc, laissant craindre des incursions dans le Parc National de Waza et le Parc National de la Bénoué, réserve de biosphère de l’UNESCO.

Ces derniers jours ont vu le limogeage du Conservateur du Parc, du représentant régional du Ministère des forêts et de la Faune et du Gouverneur de la Province du Nord, sanctionnés pour leur passivité coupable face à la crise. De nouvelles nominations ont eu lieu et une réunion ministérielle s’est tenue la semaine dernière afin de tirer les leçons de cette tragédie, identifier les besoins prioritaires et repenser la lutte contre le braconnage au Cameroun. En outre au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique, les représentants de l’Union Européenne ont appelé les autorités à prendre des mesures d’urgence.

Dans cette perspective, lors de sa rencontre avec les autorités camerounaises à Yaoundé début mars, l’équipe d’IFAW avait identifié avec celles-ci les différents appuis qu’IFAW pouvait apporter afin de renforcer la capacité opérationnelle des rangers déployés dans les aires protégées camerounaises et plus particulièrement au sein du Parc national de Boubandjida. Etant donné le protocole d’accord signé entre IFAW et les autorités tchadiennes pour appuyer la lutte contre le braconnage au sein du Parc national de Sena Oura, frontalier au Parc de Boubandjida et qui pourrait avoir servi de base arrière aux braconniers, les effectifs des écogardes doivent être renforcés et une formation à la lutte contre le braconnage doit être menée de concert de part et d’autre de la frontière.

« Les suites qui seront données aux propositions d’IFAW et à celles des acteurs locaux seront donc révélatrices de la détermination des autorités camerounaises à combattre ces braconniers professionnalisés qui portent atteinte à la sécurité nationale du pays », conclut Céline Sissler Bienvenu.

Auteur : Fonds international pour la protection des animaux


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