A la fin du mois de novembre se tiendra à Paris la COP 21. Cette conférence internationale devrait voir les gouvernements du monde entier prendre des engagements forts en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Pour être efficace, ce combat ne peut se mener aujourd’hui sans l’appui des entreprises, de plus en plus nombreuses à présenter des stratégies permettant de décarboner leur activité. 

entreprises COP21

La SNCF est le premier consommateur d’électricité en France et prévoit de baisser sa consommation de 20 % d’ici 2022. Les autres entreprises prendront-elles le train? PHOTO//Alain Stoll-Flickr

La prochaine conférence des Nations Unis sur le changement climatique s’annonce déjà comme l’événement diplomatique le plus important jamais organisé en France. Si 195 chefs d’états ont confirmé leur participation à cette manifestation, environ 40 000 participants devraient arpenter les couleurs du Parc des Expositions du Bourget pendant une dizaine de jours pour décider d’un plan d’actions capable de limiter le réchauffement de la Terre à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

L’épicentre du « green business » ?

Si d’importantes décisions politiques sont attendues, le  secteur privé devra également s’impliquer pour respecter une trajectoire qui permettra à notre société d’atteindre ses objectifs en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES).

Selon les informations publiées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les émissions mondiales de GES devront être réduites de moitié d’ici à 2050 par rapport aux niveaux de 1990. Pour parvenir à un tel résultat, chaque pays participant à la COP 21 doit faire valoir une feuille de route qui l’engage à prendre les mesures nécessaires pour satisfaire des objectifs individuels fixés en fonction de son bilan carbone.

Réticentes il y a encore quelques mois à s’asseoir à la table des négociations, plusieurs entreprises ont compris qu’il fallait désormais qu’elles intègrent le facteur climatique à leur modèle économique si elles voulaient s’assurer une certaine pérennité et demeurer en phase avec les enjeux environnementaux internationaux. Plus qu’une simple démarche écologique, s’inscrire dans une dynamique de développement durable fait dorénavant figure de porte d’accès vers un nouveau marché qu’on annonce comme étant un véritable vecteur de croissance.

« Les entreprises ont montré qu’elles étaient de plus en plus sensibles à cette question, à la fois parce que les chefs d’entreprise ont des convictions […] mais aussi parce que la croissance verte c’est aussi un bon « business ». Ceux qui sont en dehors de ce « business » risquent d’avoir de grandes difficultés. » explique Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et Président la Conférence de Paris.

Pour soutenir une stratégie mondiale sobre en carbone, le tissu économique français doit redoubler d’efforts pour sortir de cette crise environnementale avec des actions qui, pour être efficaces, devront s’articuler autour de deux modes : l’atténuation, qui consiste à réduire les émissions de GES mais également l’adaptation, qui tend à augmenter les effets positifs du nouveau climat. La synergie entre ces deux démarches est la seule façon d’assurer une cohérence dans le programme déployé pour lutter contre les dérives climatiques.

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Des entreprises à engager ?

Si la limite à ne pas dépasser pour contenir les dérives du climat a bien été fixée, le dernier rapport du Carbon Disclosure Project (CDP), une organisation qui analyse les stratégies vertes des entreprises mondiales, tire la sonnette d’alarme. Elle indique que la majorités des sociétés cotées sont encore aujourd’hui loin de pouvoir atteindre l’objectif des 2 degrés.

Rien qu’en France, sur les 250 plus grands groupes français cotés, seulement 35 % présentent un plan d’actions crédible en matière de transition vers un modèle zéro carbone, selon le bilan dressé par CDP. Un taux que la COP 21 devrait permettre d’amplifier.

L’engagement de la France en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique nécessite de combiner une volonté à la fois politique et économique. Si la France est cette année au cœur des stratégies énergétiques internationales en accueillant la COP 21, elle souhaite également montrer l’exemple en apportant des réponses fortes aux problématiques environnementales.

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Vers un « agenda des solutions » des entreprises

Pour suivre les différentes initiatives mises en place par les entreprises du monde entier, la France et le Pérou ont lancé une plateforme sur laquelle les pays acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique sont appelés à référencer les mesures adoptées.

Dès le mois de décembre, l’ensemble des actions répertoriées sur le portail NAZCA de l’ONU seront regroupées dans le Plan d’Actions Lima-Paris. Un « agenda des solutions » qui témoignera des engagements pris par chacun et permettra d’appréhender de manière plus globale les résultats auxquels peut s’attendre la communauté internationale dans son programme de protection de l’environnement.

En France, les questions environnementales, en plus d’occuper les débats au sein des hautes sphères du pouvoir, s’intègrent désormais dans les stratégies de développement des entreprises.  Le groupe français de construction de matériaux Lafarge a déclaré vouloir réduire de 33 % les émissions de CO2 provoquées par sa production de ciment en ayant davantage recours aux EnR. Quant au géant des cosmétiques L’Oréal, il ambitionne de faire baisser ses émissions de GES de 60 %.

Le secteur automobile s’inscrit lui aussi peu à peu dans une dynamique de développement durable. Des acteurs importants du marché comme Renault ou PSA multiplient les innovations en faveur de l’environnement et sortent de leurs usines de production des véhicules moins polluants. La RATP s’est également engagée en faveur d’une mobilité durable en annonçant vouloir se doter d’une flotte zéro carbone d’ici à 2025.

Début octobre, EDF s’est prononcé en faveur d’un prix du carbone plus important. « Nous avons besoin d’un prix du carbone maintenant pour éviter dès aujourd’hui de mettre du CO2 dans l’atmosphère en orientant nos décisions d’exploitation. Nous soutenons bien sûr la proposition de Madame Royal de créer un prix plancher du carbone en France, voire en Europe », affirme Claude Nahon, directrice du développement durable d’EDF.

La SNCF n’est pas en reste et souhaite utiliser les nouvelles technologies pour s’assurer une place dans le processus de transition énergétique amorcé par la France. « La SNCF doit prendre une place stratégique. Nous sommes un acteur de référence dans le domaine de la mobilité et à ce titre nous devons améliorer notre efficacité énergétique. », déclare Vincent Delcourt, Responsable du Cluster Innovation et Recherche Energie de l’entreprise ferroviaire publique.

« La SNCF est le premier consommateur d’électricité en France et ceci nous a amené à fixer un objectif ambitieux : faire baisser notre consommation de 20% d’ici 2022. Il faut donc donner une place importante aux technologies innovantes. A la fois sur le court terme, mais aussi en développant des solutions en rupture sur du plus long terme. Dans ce dernier cas nous devons repenser, dans sa globalité, les systèmes d’alimentation énergétique des trains », explique ce responsable de la SNCF.

Les entreprises du BTP revoient également leur copie et tendent désormais à privilégier des scénarios qui mettent plus que jamais l’efficacité énergétique au premier plan de leur activité.

A quelques semaines de la COP 21, il est grand temps pour le tissu économique français de passer au vert et de faire preuve d’un volontarisme nécessaire pour contrer l’arrivée d’un futur qu’on nous annonce, de toutes parts, difficile sur le plan environnemental. Le 30 novembre débutera à Paris le bal des belles promesses et des bonnes intentions. Rendez-vous le 11 décembre, date qui clôturera la conférence, pour compter les absents sur le chantier de la refonte du modèle énergétique mondial.

Auteur : Melissa Petrucci, journaliste spécialisée en environnement

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