IFAW continue sa guerre contre le trafic d’animaux sauvages et de leurs parties sur Internet. Prisé des cybercriminels pour son anonymat, Internet met en péril la survie de nombreuses espèces menacées. Il génèrerait un chiffre d’affaires de plusieurs millions d’euros dans le monde entier. C’est la vérité troublante dévoilée par le rapport d’IFAW Recherché, mort ou vif : le commerce en ligne d’animaux sauvages dévoilé, publié ce jour.

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Quelques exemples d’annonces répertoriées par IFAW pour son rapport sur le commerce d’animaux sauvages

IFAW, en partenariat avec CEEweb for Biodiversity, a passé au crible cette année les annonces de 280 sites de commerce en ligne dans 16 pays, pendant 6 semaines. IFAW a ainsi dénombré 33 006 animaux sauvages, parties d’animaux et produits dérivés d’espèces menacées, mis en vente dans 9 482 annonces, pour une valeur estimée d’au moins 7,8 millions d’euros. Il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg, sur des sites de commerce en ligne publics, où les produits sont librement mis en vente.

54 % des annonces concernaient des animaux vivants et 46 % des parties d’animaux ou des produits dérivés. Parmi les produits dérivés mis en vente, l’enquête recense 32 % d’objets fabriqués en ivoire ou présumés en ivoire et 26 % de produits dérivés de reptiles, notamment de tortues marines et terrestres. Le commerce de l’ivoire est toujours florissant : plus de 100 000 éléphants ont été abattus par des braconniers au cours des trois dernières années et que plus de 1 000 rhinocéros ont été tués en Afrique du Sud en 2013 pour alimenter ce trafic.

La France échappe-t-elle à ce commerce illicite ?

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Infographie résumant les principales conclusions de l’étude sur le commerce d’animaux sauvages sur Internet. © IFAW

Sur les 9 482 annonces analysées en France,  les enquêteurs ont dénombré 17 sites de vente en ligne et recensé 1 192 annonces d’espèces inscrites aux Annexes I et II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) pour une valeur de près d’un million d’euros. À quelques exceptions près, le commerce d’espèces inscrites à l’Annexe I de la CITES est interdit. Le commerce des espèces inscrites à l’Annexe II est autorisé, mais fortement réglementé. Toute opération de commerce ou de transfert international d’un de ces animaux ou de produits dérivés nécessite un permis d’exportation délivré par les autorités du pays exportateur et, dans certains cas, un permis d’importation doit être délivré par le pays destinataire.

Un tiers de ces annonces proposait de l’ivoire authentique ou présumé, les autres annonces proposant, quant à elles, des tortues, des oiseaux exotiques, des félins, des serpents, des chouettes ou encore des loups. Trois sites s’illustrent particulièrement dans ce commerce : leboncoin.fr (346 annonces), naturabuy.fr(336 annonces) et marche.fr (185 annonces).

Il est à noter que même s’il était impossible de déterminer l’illégalité de toutes ces annonces à partir des informations dont disposaient les enquêteurs, l’une des annonces signalées aux autorités françaises pour enquête approfondie a conduit à la saisie de quatre défenses d’éléphant et au paiement d’une amende pour l’infracteur.

Des réglementations insuffisantes

« Cette nouvelle enquête démontre encore une fois que les réglementations nationales et internationales conçues pour contrôler le commerce d’espèces sauvages – antérieures à l’apparition d’Internet – ne sont pas adaptées pour traiter les problèmes spécifiques liés au commerce en ligne d’espèces sauvages et de leurs produits dérivés » juge Céline Sissler-Bienvenu, directrice d’IFAW France et Afrique francophone.

Parmi les 280 sites de vente en ligne passés au crible, certains ne demandent pas aux annonceurs de prouver que leur commerce est conforme aux lois nationales ; d’autres passent tout simplement sous silence leurs conditions d’utilisation, tenant ainsi les internautes dans l’ignorance. Certains sites ont néanmoins décidé d’agir avec réussite pour respecter ces réglementations, il y a quelques années.« Leur application stricte telle que s’y emploie eBay.fr au quotidien depuis 2009 porte ses fruits et contribue à réduire l’ampleur de ce commerce en ligne » précise-t-elle.

Comment eBay,fr a réagi au trafic d’ivoire

En 2008, eBay était encore le premier site de vente d’ivoire en France avec 192 annonces. Il a réagit en interdisant la vente d’objets à base d’ivoire dès 2009. Cette démarche a eu un effet notable, les enquêteurs n’ayant référencé en 2014 que sept annonces suspectes portant sur des bijoux et des statues présumés en ivoire.

« eBay ne tolère pas la vente illégale d’animaux sauvages et de leurs produits dérivés sur son site. De plus, les politiques d’eBay relatives à la vente d’ivoire sont plus strictes que les lois en vigueur et interdisent généralement tous les produits en ivoire. » explique Wolfgang Weber, directeur d’eBay. « Nous agissons sur la base d’informations fournies par IFAW et d’autres organisations et avons ainsi pu mettre en place de nouvelles mesures visant à empêcher la vente d’articles suspicieux sur le site. Dans de très nombreux cas, nous réussissons même à retirer les articles en question avant qu’une transaction n’ait lieu et prenons ensuite les mesures qui s’imposent contre le vendeur. Les personnes qui mettent en vente ce genre d’articles tentent intentionnellement de contourner les contrôles en place, en donnant aux articles des noms de code par exemple. En dépit de ces stratagèmes, nous avons réussi à réduire de manière considérable le nombre d’articles effectivement vendus. Et afin de mieux combattre ce problème, nous allons appliquer des sanctions plus sévères à l’encontre des vendeurs qui violent délibérément nos règles. » résume-t-il.

Comment lutter davantage contre ce trafic d’animaux sauvages?

Certains sites de e-commerce font déjà des efforts : utilisation des informations fournies par IFAW, mise en place de programmes d’application de la loi et coopération accrue avec les autorités. Mais cela ne suffit pas. « Il est clair que les sites de vente en ligne devraient contribuer à protéger les espèces sauvages en voie d’extinction, notamment en travaillant main dans la main avec les services de police et de douanes afin d’arrêter les cybercriminels mais aussi en interdisant la vente de produits dérivés d’espèces menacées et en sensibilisant impérativement leur clientèle au problème du braconnage et aux lois prohibant le trafic de faune sauvage », précise Tania McCrea-Steele, responsable des campagnes et du respect de l’application des lois pour IFAW et meneuse de cette enquête.

« De leur côté, les gouvernements devraient renforcer la législation sur la criminalité faunique en ligne et procurer aux organes répressifs et judiciaires les moyens nécessaires à l’arrestation et la poursuite en justice des cybercriminels », défend Tania McCrea-Steele

Le trafic d’espèces sauvages met en péril la survie de nombreuses espèces sauvages, mais menace également la sécurité intérieure et internationale ainsi que le développement économique et social des pays touchés par ce fléau. Le trafic d’animaux sauvages compte parmi les crimes les plus développés dans le monde aux côtés de la traite d’êtres humains, du trafic de drogue et de la vente illégale d’armes. Le commerce illégal d’espèces sauvages génère environ quatorze milliards d’euros par an, selon IFAW.

Sources :

Auteur : Hugo Lebout, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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