Dirigée par Patrick Deixonne, l’expédition 7e continent est partie le 23 mai 2013 vers le gyre du Pacifique Nord pour étudier le « continent » de plastique qui s’y forme. Après 6 jours de navigation, l’équipage est entré dans le courant du gyre et a pu y faire une partie de ses mesures. De retour, il devrait atteindre la terre ferme aujourd’hui. Qu’a fait l’équipage ? Patrick Deixonne résume l’aventure.

expédition 7e continent

L’expédition 7e continent est de retour après 15 jours de navigation. © Expédition 7e continent

« Le septième continent existe bel et bien ! On ne peut certes pas marcher dessus, mais la pollution est bien là » s’exclame Patrick Deixonne. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la zone n’est pas désertique. « À notre grand étonnement, nous croisons plusieurs bateaux, dont des porte-conteneurs et des pétroliers. » confie-t-il.

Tout au long de son trajet, l’équipage a dénombré plusieurs macro-déchets : bouées, chaussures, reste de pêche et bien d’autres choses non identifiables ! « Le fond du gyre doit être une vraie poubelle. Ce serait très intéressant d’aller y faire quelques images. » affirme Patrick Deixonne.

Trois stations de prélèvements avaient été retenues afin de comparer l’évolution de la pollution à l’approche de la plaque de déchets, en son sein et en son cœur. À présent, il va falloir attendre l’analyse des échantillons et l’exploitation des résultats et des images pour en apprendre plus. « Vont-elles [les images] être à la hauteur ? Vont-elles déclencher l’intérêt de la communauté scientifique ? Vont-elles permettre de mieux sensibiliser le grand public ? », tout un tas de questions que se pose l’équipage.

Mesurer la pollution de l’eau et des poissons

Les plastiques ont une caractéristique peu connue : ils piègent, accumulent, transportent et relarguent les polluants organiques persistants. Dans une zone polluée par des milliards de micro-fragments de plastiques et de macro-déchets, cette pollution devrait donc être importante ! Pour la quantifier, des capteurs fournis par le laboratoire des Interactions Moléculaires et Réactivité Chimique et Photochimique (IMRCP) de Toulouse ont été utilisés. Ces capteurs concentrent rapidement les polluants, ce qui permet ensuite de les doser en laboratoire après extraction.

Ces organogels poreux ont aussi été utilisés pour analyser les polluants présents dans les grands poissons (qui accumulent également les polluants). Ces capteurs fonctionnent comme une éponge à polluant. D’ailleurs, en clin d’œil à Bob l’éponge, l’équipage les a surnommés « bobies ».

Une bouée gyroplastic, un filet « Manta » et des « bobies »

Pour le projet, une bouée dérivante, la Gyroplastic, a été élaborée par des élèves ingénieurs de l’ICAM Toulouse.  Elle comprenait des capteurs de fluorimétrie, de luminosité, de températures et de conductimétrie à 1 m, 15 m et 30 m de profondeur pour caractériser la colonne d’eau lors des trois stations retenues. À la dernière station d’échantillonnage, l’équipage a appris que la bouée Gyroplastic n’a émis aucun signal depuis le début de l’aventure ! La colonne d’eau des stations ne pourra donc pas être caractérisée. C’est un sacré coup dur pour l’expédition !

Les micro-fragments et le plancton présents à la surface de l’eau ont été échantillonnés avec un filet à plancton « Manta » petit modèle (50 cm x 20 cm d’embouchure et 300 micron de maille). Le filet Manta a été mis à l’eau tous les jours pour collecter un maximum d’échantillons de micro-fragments de plastique. En revanche, la bouée gyroplastic (celle qui n’a pas fonctionné !) et les bobies n’ont été utilisés qu’aux 3 stations de prélèvements.

Comment se déroule l’échantillonnage à une station de prélèvement? « Nous commençons par les « Bobies », qui doivent rester 2 heures dans l’eau, ensuite nous mettons la Gyroplastic et nous finissons par le filet Manta et le filet à plancton conique! » résume Patrick Deixonne.

Au cœur du gyre, la pollution fait rage ! L’équipage y a dénombré des macro-déchets un peu partout et a récupéré beaucoup de micro-fragments de plastique dans le filet Manta. « En 3 heures, nous avons croisé 5 bouées, 2 bouteilles et 2 morceaux de polystyrène […] Nous pourrions tourner en rond pendant des heures et ramasser un nombre hallucinant de déchets flottants éparpillés ici et là. » note Patrick Deixonne.

Durant toute l’expédition, Soizic Lardeux a fait des images en surface et sous-marines pour ramener un témoignage et sensibiliser le monde à cette problématique. Le travail a été très difficile, car les déchets sont dispersés sur toute la zone. « Nous comprenons maintenant pourquoi il est si difficile de rapporter un témoignage visuel de cette catastrophe. » confie Patrick Deixonne.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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