En 2012, la malchance avait finalement eu raison de l’expédition 7e continent. Après des pannes multiples, l’équipage était finalement  parti avec un nouveau bateau. Mais à cause du mal de mer aigu de Georges Grépin, l’expédition avait due être annulée. Natura Sciences avait suivi avec passion le début de l’expédition, alors on se réengage cette année !

expédition 7e continent

Patrick Deixonne, Claire Pusinéri et Soizic Lardeux, le nouvel équipage de l’expédition 7e continent

Un an après une tentative avortée, l’expédition 7e continent repart avec une équipe modifiée en direction de la soupe de plastique du Pacifique Nord, couramment appelée « Grande plaque de déchets du Pacifique Nord ». De l’ancien équipage, on retrouve Patrick Deixonne en chef de mission. Cette année, Alain Dupont et Georges Grépin sont chargés de communication, respectivement en métropole et en Guyane. Du côté des nouveaux arrivants dans l’aventure,  l’expédition accueille Claire Pusinéri, biologiste marine, et Soizic Lardeux,  photographe et monteuse vidéo.

Le départ se fera le 15 mai 2013 de Guyane en avion dans un premier temps pour rejoindre San Diego en Californie où se trouve le navire. L’expédition prendra la mer le 20 mai pour 2 000 miles nautiques, soit environ 3 700 km.

Qu’attendre de l’expédition 7e continent cette année ?

Les objectifs de l’expédition sont globalement les mêmes que l’année dernière. L’expédition se veut avant tout pédagogique, notamment à travers la participation de nombreux étudiants en France et aux Etats-Unis. Ceux-ci pourront s’impliquer grâce à l’exploitation de véritables données satellites fournies par le Centre national d’études spatiales (CNES) dans le cadre du projet Argonautica. Le bateau sera équipé d’une balise Argos suivre sa progression.

Une nouvelle bouée dérivante, la Gyroplastic, a été élaborée par des élèves d’une école d’ingénieur (ICAM Toulouse).  Ces élèves ont aussi travaillé sur l’élaboration d’un capteur spécifique « plastique », qui est intégré à la bouée. En différenciant les micro-déchets plastiques du plancton, il sera possible de calculer la concentration des fragments dans les zones de prélèvement. 3 autres bouées dérivantes du programme de suivi des océans Oceansites seront lancées au fil de la mission.

Comme la soupe de plastique a une épaisseur de 30 mètres, les paramètres environnementaux (température, luminosité, salinité, présence de phytoplancton et de plastique) des 30 premiers mètres de la colonne d’eau seront déterminés par les instruments de la bouée Gyroplastic. La bouée sera mise à l’eau environ 1h par jour. Les données collectées seront directement transmises au CNES via Argos.

L’idée est également de faire des photos et des vidéos en surface et à différentes profondeurs pour ramener un témoignage. D’autres études seront menées en parallèle : quantification et caractérisation des macro-déchets et de la grande faune marine rencontrée sur le parcours, analyse des polluants présents dans les grands poissons et dans l’eau grâce à des échantillonneurs passifs (capteurs qui concentrent la pollution et donnent une pollution moyenne sur un temps donné).

Une « soupe de plastique » ?

Communément nommée « Plaque de déchets du Pacifique nord », « septième continent » ou encore « New continent », cette plaque se forme actuellement entre les côtes d’Hawaï et de l’Amérique du Nord, à partir de millions de tonnes de détritus plastiques charriés par les courants océaniques. Curieusement, celle-ci ne se situe pas à proximité des côtes, mais en pleine mer, dans ce que l’on appelle un gyre océanique.

Un tel gyre se caractérise par des vents et des courants faibles où les courants tournent dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce phénomène crée un vortex qui fait tourbillonner les déchets qui « passent » par là. Ce tourbillon accumule depuis des années des déchets plastiques venus des côtes et des fleuves. Dans sa rotation et par la force centripète, il les entraîne et les ramène progressivement vers son centre.

Ce « continent » de déchets est constitué de macro déchets éparses (bouteilles vides, sacs, etc.) mais surtout de milliards de petits éléments pas plus grands qu’un confetti. C’est en filtrant l’eau que l’on découvre cette mixture composée de petits morceaux de plastique fractionnés. On retrouve également des granulés de plastique (larmes de sirène) qui sont utilisés comme matière intermédiaire pour fabriquer les objets en pastique.

Les estimations sur la taille de ce continent varient énormément car il n’est pas possible de photographier les microparticules par satellite. Il est souvent accordé que cette zone polluée du Pacifique ferait plus de 3 millions de kilomètres carrés, soit un tiers de l’Europe et plus de six fois la France. Son épaisseur irait jusqu’à 30 mètres. Cette « soupe » totaliserait un poids de 3,5 millions de tonnes et jusqu’à 750 000 débris par km².

5 gyres, 5 plaques…

Cette plaque n’est pas unique. Les 5 grands gyres océaniques semblent receler des « soupes » semblables de plastiques. Celles-ci sont situées dans l’Atlantique Nord, l’Atlantique sud, le Pacifique Sud, l’Océan Indien et évidemment le Pacifique Nord.

Les mers sont également touchées par la pollution du plastique. L’expédition MED (Méditerranée en Danger) étudie la question dans la Mer Méditerranée. La première campagne a permis de déterminer par extrapolation qu’environ 500  tonnes de plastique répartis en 250 milliards de micro-fragments contaminent les écosystèmes de la mer Méditerranée…

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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