C’est le départ aujourd’hui pour la nouvelle campagne scientifique d’Expédition MED jusqu’au 19 août. Cette année, l’équipe part en voilier du port italien de Fiumicino. Elle naviguera sur la Méditerranée pour étudier la platisphère. Bruno Dumontet, Président d’Expédition MED, nous présente l’expédition.

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Expédition MED va faire des prélèvements de microplastiques et étudier la platisphère pendant deux mois. PHOTO//Expédition MED 2015

Linda Amaral-Zettler et Erik Zettler sont des biologistes lanceurs d’alerte. Ils ont découvert la platisphère en 2003 dans l’Océan Atlantique. Et ils embarqueront sur le voilier « Le Ainez » pour cette nouvelle expédition. Mais qu’est-ce que cette platisphère? Cela fait référence à l’invasion des plastiques flottant en mer par une faune diverse de microorganismes. La chose est troublante : les communautés vivant sur ces « récifs » ne sont pas les mêmes que dans l’eau environnante. Le couple Zettler a déjà identifié plus de 1.000 bactéries qui profitent du plastique pour proliférer dans le Pacifique et l’Atlantique.

Tous les déchets plastiques, qu’il s’agisse de macro-déchets ou de microplastiques sont colonisés par les microorganismes. Et ils sont nombreux! Lors de sa première campagne, l’expédition MED a estimé à 500 tonnes, pour 250 milliards de micro-fragments, la quantité de plastique flottant dans cette mer. Ces fragments constituent « autant d’embarcations potentielles pour les bactéries », s’alarme l’association.

« L’idée, c’est d’aller voir quelles sont les bactéries que l’on retrouve sur les plastiques en Méditerranée, il n’y a encore aucune étude sur cette question », prévient Bruno Dumontet, Président d’Expédition MED. L’objectif est de recenser les espèces de microorganismes qui colonisent les microplastiques et étudier les mécanismes en jeu dans l’agrégation et le transport d’espèces. L’équipage sera épaulé par une trentaine d’écovolontaires, tout au long de l’expédition. Ils assisteront les scientifiques, participeront aux manoeuvres du bateau et aux quarts de nuits.

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Des radeaux pour les microorganismes

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Dans les filets Manta, on retrouve des microplastiques, mais aussi des insectes et du plancton volant! PHOTO//Expédition MED 2015

Une fois colonisés par divers microorganismes, les microplastiques continuent leur chemin dans la mer et les océans. Ils servent de radeau à cette faune qui peut être envahissante pour les écosystèmes marins et pathogènes pour l’homme. Ces radeaux permettraient la dispersion, la dissémination et le développement de certaines espèces. En devenant des espèces envahissantes dans des régions non originelles, cela perturberait les fragiles équilibres marins et terrestres.

Les chercheurs s’intéresseront tout particulièrement aux bactéries du genre « vibrio ». Celles-ci sont présentes dans l’océan et leur version la plus connue est vectrice du choléra et d’autres maladies gastro-intestinales chez l’homme. Elle peut aussi s’attaquer au système digestif des poissons.

Il n’y a pas que les microorganismes qui profitent du plastique pour proliférer. C’est aussi le cas des insectes et du plancton volant. La campagne permettra d’identifier les espèces exotiques envahissantes et le rôle des déchets plastiques dans leur dispersion. « Lors de nos précédentes expéditions, nous avons parfois trouvé des quantités astronomiques d’insectes dans nos filets Manta », nous informe Bruno Dumontet. « Nous allons étudier si ces insectes invasifs pourraient profiter du réchauffement climatique pour utiliser ces débris comme radeau et remonter vers le nord », complète-t-il.

Les échantillons seront congelés à bord à -18°C. Ils seront ensuite envoyé pour analyse aux Pays-Bas, à l’Institut Royal NIOZ. En plus de l’identification des microorganismes, les chercheurs feront une analyse quantitative du nombre de microfragments et identifieront les plastiques. Les insectes seront conservés dans de l’alcool et dispatchés dans différents laboratoires en fonction des spécialités pour les identifier.

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Expédition MED: une expédition scientifique dans toute la Méditerranée!

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Programme de l’expédition MED 2017. PHOTO//Expedition MED

La campagne sillonnera la Méditerranée Occidentale et Orientale pour échantillonner des zones au large de côtés densément peuplées. Mais aussi des zones plus éloignées et peu étudiées. L’échantillonnage des microplastiques se fera classiquement par filet Manta. Les macro-plastiques récupérés seront quant à eux découpés pour pouvoir caractériser les communautés de microorganismes constituant les biofilms à la surface des fragments de plastique. Ce travail impliquera l’extraction de l’ADN et de l’ARN, ainsi que des analyses au miccroscope à balayage électronique.

Ces échantillons permettront aussi une comparaison avec les communautés microbiennes étudiées dans d’autres mers et océan. Les différentes études constribueront à mieux comprendre la structure et le fonctionnement des communautés de la Platisphère.

Inventer un filet Manta simple

La campagne sera aussi l’occasion d’imaginer un filet Manta simple qui sera mis à disposition des navigateurs et plaisanciers pour faire des prélèvements de microplastiques. « L’idée est de constituer un kit avec un vrai filet Manta doté d’une architecture simple, ainsi qu’un mode de conservation d’échantillons simple, car tout le monde n’a pas un congélateur à bord », simplifie Bruno Dumontet. Un tel système permettrait de lancer un programme de sciences participatives et multiplier les prélèvements.

Enfin, rappelons que les scientifiques savent depuis longtemps que les plastiques ont une autre mauvaise idée: ils ont le pouvoir de contrer les polluants organiques persistants (entre autres PCB, certains pesticides, HAP…). Ainsi, il est courant de trouver un bout de plastique qui renferme des teneurs en polluants de cent à plusieurs milliers de fois celle observée dans l’eau ingurgitée. Une fois les plastiques ingurgités, les polluants adsorbés s’accumulent dans les graisses. Les microplastiques facilitent ainsi l’entrée des produits cancérogènes dans la chaîne alimentaire.Une publication de l’expédition MED et de l’Université de Marseille devrait paraître sur la question d’ici la fin de l’année.

Découvrez Expedition MED et la Platisphère en vidéo


Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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