Le premier volume du 5e rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) était attendu : il confirme la réalité du réchauffement climatique et fournit des éléments scientifiques permettant d’évaluer la dynamique du climat passé, présent et futur. Quels seront donc les bouleversements climatiques à venir ?

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Selon le GIEC, neiges et glaces de toutes sortes à travers le monde fondent de plus en plus vite. PHOTO// DR NASA Goddard

Ce premier volume du cinquième rapport du GIEC confirme incontestablement l’influence humaine dans l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre et dans le réchauffement de la température moyenne à la surface du globe. Mais cela ne s’arrêt pas là : l’Homme est aussi responsable des modifications du cycle global de l’eau, de la fonte des glaces, de la baisse de la couverture neigeuse, de l’élévation du niveau moyen des océans et de l’augmentation du nombre de certains phénomènes climatiques extrêmes. Les auteurs estiment à 95 % la probabilité que l’influence humaine est la principale cause du réchauffement observé depuis le milieu du 20e siècle. Cette probabilité était estimée à 90 % dans le précédent rapport paru en 2007.

Le rapport complet du Groupe de travail I comprend 2 500 pages. Il s’appuie sur des millions d’observations et plus de 2 millions de gigaoctets de données numériques obtenues par des simulations de modèles climatiques. Plus de 9 200 publications scientifiques sont citées, plus des trois quarts ont été publiés depuis la dernière évaluation du GIEC en 2007. Les projections du changement climatique sont basées sur une nouvelle série de quatre scénarios de concentrations futures de gaz à effet de serre, d’aérosols, couvrant un large éventail de futurs possibles. Le Groupe de travail I a évalué le changement climatique à l’échelle mondiale et à l’échelle régionale pour le début, le milieu et la fin du 21e siècle.

Des gaz à effet de serre qui s’accumulent

Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (CH4) et d’oxyde nitreux (N2O) ont toutes augmentées depuis 1750 en raison de l’activité humaine. Elles ont atteint des niveaux sans précédent depuis au moins 800 000 ans. La vitesse d’augmentation de ces concentrations atmosphériques au cours du siècle dernier n’a pas de précédent depuis 22 000 ans.

En 2011, les concentrations de ces gaz à effet de serre étaient respectivement de 391 parties par million (ppm), 1803 parties par billion (ppb) et 324 ppb, dépassant les niveaux préindustriels d’environ 40 %, 150 % et 20 %. L’océan a absorbé environ 30 % du dioxyde de carbone anthropogénique émis, provoquant l’acidification des océans à un niveau probablement au plus fort depuis des millions d’années.

Un thermomètre qui se réchauffe

Selon le premier volume du cinquième rapport du GIEC, les trois dernières décennies ont été de plus en plus chaudeset la décennie 2001-2010 a été la plus chaude depuis 1850.

En fonction des scénarios d’émissions, les modèles climatiques prévoient une hausse des températures comprise entre 0,3°C et 4,8°C pour la période 2081-2100, par rapport à la période 1986-2005. En cas de doublement des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, les experts prévoient une hausse des températures comprise entre 1,5°C et 4,5°C. Seul le scénario d’émissions le plus sobre permettrait d’avoir au moins 50 % de chances de ne pas dépasser un réchauffement de 2°C, plafond au-delà duquel la « machine » climatique pourrait s’emballer.

Des glaces qui fondent

Neiges et glaces de toutes sortes à travers le monde fondent de plus en plus vite. Les glaciers de montagne ont très probablement perdu 226 milliards de tonnes (Gt) par an entre 1971 et 1992, et très probablement 275 Gt par an entre 1993 et 2009. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland s’est très probablement accélérée, passant de 34 Gt par an entre 1992 et 2001 à 215 Gt par an entre 2002 et 2011. Dans le scénario d’émissions le plus pessimiste, il n’est pas exclu que la banquise arctique disparaisse totalement en été à partir de 2050.

La perte de glace de l’inlandsis de l’Antarctique connait une accélération comparable : elle est probablement passée de 30 Gt par an au cours de la période 1992-2001 à 147 Gt par an au cours de la période 2002-2011.

Il est également fort probable que les températures du pergélisol ont augmenté dans la plupart des régions depuis le début des années 1980. Le réchauffement observé était de 3°C dans certaines régions du nord de l’Alaska entre 1980 et 2000 et jusqu’à 2 ° C dans certaines régions du Nord de la Russie entre 1971 et 2010. Dans cette dernière région, une réduction considérable de l’épaisseur du pergélisol et de sa superficie a été observée sur la période 1975-2005. La fonte du permafrost a commencé.

Un niveau de la mer qui monte

Le rapport constate avec une grande certitude que l’océan accumule la majorité du surplus d’énergie fourni au système climatique dans le cadre du réchauffement actuel. L’océan accapare plus de 90 % de l’énergie accumulée entre 1971 et 2010. À l’avenir, la chaleur pénètrera les océans en profondeur et perturbera la circulation océanique. Dans les cent premiers mètres, l’océan devrait se réchauffer d’environ 0,6°C à 2,0°C d’ici la fin du 21e siècle. À une profondeur de 1 000 mètres, il devrait se réchauffer d’environ 0,3°C à 0,6 °C.

« Comme l’océan se réchauffe, et les glaciers et des calottes glaciaires se réduisent, le niveau moyen global de la mer continuera d’augmenter, mais à un rythme plus rapide que celui que nous avons connu au cours des 40 dernières années », affirme Qin Dahe, climatologue et coprésident du Groupe de Travail I. Selon le rapport, le taux d’élévation du niveau de la mer depuis le milieu du 19e siècle a été plus important que le taux moyen observé au cours des deux millénaires précédents. Entre 1901 et 2010, le niveau moyen de la mer a augmenté de 19 cm.

Le précédent rapport de 2007 ne prenait pas en compte les pertes de glace du Groenland et de l’Antarctique et prévoyait une élévation moyenne du niveau de la mer comprise entre 18 cm et 59 cm dans la période 2081-2100 comparée à 1986-2005. Les nouvelles simulations prennent en compte ces contributions, ce qui donne une élévation plus élevée, comprise entre 26 cm et 82 cm, avec des inégalités spatiales, en fonction des scénarios d’émissions. Dans le pire des cas, elle pourrait même atteindre 98 cm.

Des événements climatiques de plus en plus extrêmes ?

 « Les vagues de chaleur sont très susceptibles de se produire plus souvent et plus longtemps. Alors que la Terre se réchauffe, nous nous attendons à voir les régions humides actuelles recevoir plus de précipitations, et les régions arides en recevoir moins, bien qu’il y aura des exceptions », affirme le climatologue Thomas Stocker, co-président du groupe de travail I.

Face à ces annonces, on est en droit de se demander si le GIEC est alarmiste. « C’est tout l’inverse », estiment les auteurs d’une étude publiée en Février dernier dans la revue scientifique Global Environmental Change. Selon les auteurs, le Groupe de Travail I du GIEC a toujours sous-estimé les effets du réchauffement et fait des estimations prudentes. Leurs diagnostics sont confirmés et renforcés au fur et à mesure des nouveaux rapports. Les prévisions de ce nouveau rapport ne devraient donc pas échapper à la règle.

Et le soleil dans tout ça ?

Le rapport précise que les changements dans l’intensité des rayonnements solaires n’ont pas contribué à l’augmentation de la température moyenne globale à la surface au cours de la période allant de 1986 à 2008. Pour dire cela, ils se sont basés sur des mesures directes par satellite de l’irradiation solaire. Il est toutefois possible que le cycle solaire de 11 ans influe sur les fluctuations climatiques décennales dans certaines régions. Aucune association robuste entre les changements dans les rayons cosmiques et la couverture nuageuse n’a été identifiée. Ces conclusions ne devraient pas satisfaire les climato-sceptiques.

Les contributions du Groupe de travail II et III seront respectivement publiées en Mars et Avril 2014. Le rapport de synthèse sera publié en Octobre 2014. Vous pouvez télécharger la première partie sur www.climatechange2013.org ou www.ipcc.ch.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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