Le 7 novembre, Gilles Bœuf, Président du Muséum National d’Histoire Naturelle, a reçu des mains du Prince Albert II de Monaco la Grande Médaille Albert 1er récompensant l’ensemble de sa carrière scientifique dans le domaine de l’océanographie. La cérémonie de remise des médailles avait lieu au Musée Océanographique de Monaco. A cette occasion, Gilles Bœuf a identifié cinq menaces majeures sur l’état de santé des océans.

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Gilles Bœuf reçoit la Grande Médaille Albert 1er des mains du Prince Albert II de Monaco. © M.Dagnino

« J’identifie aujourd’hui cinq menaces majeures qui pèsent sur les océans. D’abord la destruction des écosystèmes littoraux dont la Méditerranée est un exemple frappant avec la perte de nombreux territoires tout autour de cette mer. Ensuite il y a la pollution : 55 % des humains vivent aujourd’hui en bord de mer, la plupart des grandes villes sont sur la côte et on ne sait pas encore gérer cet afflux. Puis il y a la surexploitation des stocks : on a retiré entre 50 et 90 % des poissons pélagiques en quinze ans, ce n’est d’ailleurs pas tant le chiffre en valeur absolue qui m’inquiète mais l’accélération observée. Il nous faut prendre garde aussi à la dissémination des espèces invasives et enfin prendre en compte le réchauffement climatique qui va faire varier le niveau des eaux. » a-t-il alerté à l’occasion de la remise des médailles.

Un océan menacé de toutes parts

Les écosystèmes littoraux sont notamment menacés par l’avancée de l’Homme sur la mer, la pollution des côtes et le sable utilisé pour la construction. La pollution menace l’ensemble des écosystèmes, que cela soit à cause d’une absence d’épuration des eaux ou à cause de la pollution causée par les macrodéchets et les microfragments de plastiques.

La surpêche vide les océans et va chercher les poissons dans les profondeurs de plus en plus reculées. Selon la FAO, 20 % des stocks mondiaux sont surexploités et 8 % sont épuisés. 52 % connaissent un niveau d’exploitation proche du maximum soutenable, les 20 % des réserves restantes étant exploitées en dessous de leur potentiel. Si rien n’est fait, la plupart des espèces aujourd’hui consommées dans le monde auront disparu au milieu du siècle.

De nombreuses espèces sont aujourd’hui transportées quotidiennement  par les bateaux tout autour de la planète : les écosystèmes ne connaissent plus de frontières ! Des espèces deviennent alors invasives : ce sont toutes ces espèces exotiques qui, importées sur un territoire, menacent les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes.

Enfin, selon le dernier rapport du GIEC, l’élévation du niveau de la mer à l’horizon 2100 serait comprise entre 26 cm et 82 cm, avec des inégalités spatiales, en fonction des scénarios d’émissions. Dans le pire des cas, la hausse pourrait même atteindre 98 cm. Dans les cent premiers mètres, l’océan devrait se réchauffer d’environ 0,6°C à 2,0°C d’ici la fin du 21e siècle. À une profondeur de 1 000 mètres, il devrait se réchauffer d’environ 0,3°C à 0,6 °C. Quels seront alors les impacts sur les écosystèmes et les hommes vivant sur les côtes ?

Une biodiversité marine à protéger

Les océans sont emblématiques des changements environnementaux, bien que ces milieux soient encore mal connus. 91 % de leur biodiversité nous serait encore inconnue ! Une bonne partie de celle-ci risquerait bien de disparaître avant d’être découverte ! Cette disparition serait une grande perte pour l’Homme, ne serait-ce que pour les apports potentiels dans le domaine de la santé.

« De nombreuses autres découvertes fondamentales en médecine humaine ont été effectuées grâce à l’étude des invertébrés marins qui sont en train de disparaître. La perte de la biodiversité marine nous prive aussi de ressources pharmaceutiques : près de 25.000 molécules d’intérêts (immunosuppresseurs, antibiotiques…) proviennent des océans. » rappelle Gilles Bœuf.

Président du Muséum National d’Histoire Naturelle depuis 2009 et titulaire de la chaire de développement durable au Collège de France, Gilles Bœuf a tiré des océans de substantielles découvertes, utiles à l’aquaculture et à la médecine. Il a travaillé durant 20 ans sur la migration des saumons qui passent du milieu continental à l’océan. La cérémonie de remise de la Grande Médaille Albert 1er a également récompensé Andrew Bakun, Professeur de biologie marine à l’université de Miami qui s’impose comme un expert de premier plan dans le domaine des sciences de la mer, avec à son actif près de 50 années d’expérience dans des organismes nationaux et internationaux.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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