TF1 organisait le 20 mars le premier grand débat de la Présidentielle 2017. Sur le plateau, les 5 principaux candidats ont regretté l’absence des 6 autres. Education, sécurité, immigration, laïcité, institutions et environnement étaient au programme. Pour une fois, la question écologique a été abordée à plusieurs reprises. Alors, quels programmes pour l’écologie?

grand débat présidentielle tf1 écologie

Marine Le Pen, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron se sont affrontés sur TF1 lors du « Grand débat de la Présidentielle » le 20 mars. PHOTO//TF1

Quel Président voulez-vous être?

Dès le début du débat, les candidats marquent leur différence sur la question environnementale. Jean-Luc Mélenchon assure : « Je serai le président écologiste dont on a besoin pour relever les défis de notre époque: le défi climatique et le danger qui pèse sur l’écosystème. Donc nous sortirons du nucléaire, nous passerons à 100% d’énergie renouvelable et nous en finirons avec l’agriculture chimique. » Benoît Hamon prévient qu’il sera un Président « honnête et juste ». « Honnête cela suppose d’être libre et indépendant par rapport à l’argent et aux lobbies ». « Honnête, cela suppose d’assumer les grandes transitions: l’impact de la révolution numérique sur le travail, le réchauffement climatique, un modèle économique épuisé », défend-il.

Emmanuel Macron parle pour sa part uniquement de risques liés à la « transformation climatique et environnementale ». De son côté, Marine Le Pen est animée par une vision protectionniste. Elle prévient que « la France a le droit de choisir d’aider prioritairement ses entreprises nationales ou ses agriculteurs ». Enfin, François Fillon ne fait aucune référence aux questions écologiques dans son discours d’introduction.

Pour un référendum populaire

C’était une promesse non tenue de Nicolas Sarkozy, rappelle Marine Le Pen. Il faut redonner la souveraineté au peuple. Elle propose d’instaurer le référendum d’initiative populaire. Avec cette idée, « 500.000 français peuvent susciter l’organisation d’un référendum pour proposer le vote d’une loi ou même proposer que l’on revienne sur une loi », résume-t-elle. Benoît Hamon propose de son côté un « 49.3 citoyen ». « A partir de 450.000 signataires d’une pétition, un thème doit être évoqué par le Parlement ou le cas échéant, un texte voté par l’Assemblée Nationale doit être validé et confirmé par un référendum », détaille-t-il.

Quelle place pour le nucléaire?

La France a fait le choix de l’énergie nucléaire il y a 50 ans. Hamon souhaite sortir du nucléaire d’ici 25 ans. « Je souhaite que nous fermions les réacteurs nucléaires qui arrivent en fin de vie, je souhaite que nous diminuions la part du nucléaire dans le mix énergétique, que nous développions les énergies renouvelables. […] C’est la garantie de l’indépendance et de la souveraineté énergétique », propose-t-il. Le prolongement de la durée de vie des 58 réacteurs nucléaires français coûterait 100 milliards d’euros, selon la Cour des Comptes. Hamon propose plutôt d’investir dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie.

Mélenchon rejoint Hamon sur ce point. « On n’a jamais dit qu’on allait appuyer sur un bouton et arrêter le nucléaire : ce qui est irrationnel est de croire que ça va continuer comme ça sans problème », assure le candidat. « Dans le prochain mandat, il y a 18 réacteurs qui vont atteindre le bout de leurs 40 ans », rappelle-t-il. Et sur les 100 milliards nécessaires pour recaréner l’ensemble des 58 réacteurs, « je préfère prendre 50 sur cette somme pour énergies renouvelables ».

Fillon veut « réconcilier la croissance et la protection de l’environnement » pour respecter les engagements pris à la COP21 en matières d’émissions de gaz à effet de serre. Pour lui, notre énergie nucléaire est « moderner et sûre ». Il veut prolonger la durée de vie des centrales. Il propose de développer la filière française des énergies renouvelables, « axer l’effort sur les économies d’énergie, la gestion intelligente de l’énergie », favoriser l’autoconsommation et mettre en place « rapidement » un prix de la tonne de carbone à 30 euros.

Macron veut réduire notre dépendance au nucléaire « de manière économiquement censée » et développer les énergies renouvelables. Il fait sien l’engagement de diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% en 2025, conformément à la loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Lire aussiPrésidentielle 2017: Quelle place pour les énergies renouvelables?

Pollution de l’air et agriculture

Macron veut rapprocher la fiscalité du diesel et de l’essence sur le quinquennat. Il prolongera le bonus écologique pour l’achat d’un véhicule neuf « propre » en remplacement d’un vieux diesel. Il veut simplifier les aides pour la rénovation énergétique des logements. Sa priorité sera la rénovation d’un million de « passoires énergétiques ». De son côté, Hamon constate que les maladies chroniques peuvent être évitées grâce à des politiques environnementales. Des politiques qui s’attacheraient à avoir un air de qualité et interdire les perturbateurs endocriniens.

Le Pen n’agira pas sur le diesel, afin de protéger les familles modestes. Il faut changer de système, car « il n’y a pas plus anti-écologique que le modèle ultra-libéral », assure-t-elle. « Je suis pour les circuits-courts, pour produire au plus près, consommer les produits de l’agriculture française », défend-elle. Les produits alimentaires importés ne respectent pas les normes imposées à nos agriculteurs. « Il y a un vrai problème de santé publique dans cette absence de contrôle », prévient-elle. Enfin, Mélenchon propose de « tourner la page de l’agriculture chimique et passer à l’agriculture paysanne ». Ce qui donnerait du travail à 400.000 personnes.

Au fil de l’eau du Grand Débat de la Présidentielle 2017…

Au cours des débats, quelques idées sortent. Ainsi, Mélenchon voudrait développer la cantine gratuite dans toutes les écoles. Il souhaite « arrêter les traités commerciaux qui favorisent le réchauffement climatique ». Plus encore, il souhaite inscrire dans la Constitution la « règle verte ». Celle-ci consisterait à ne jamais prendre à la nature plus qu’elle ne peut reconstituer. « C’est un défi technique extraordinaire », s’exalte-t-il.

Sur la question des réfugiés, Benoît Hamon rappelle que demain la question sera beaucoup plus grave. Le réchauffement climatique pourrait engendrer jusqu’à 1 milliard de réfugiés dans le monde. Il attaque Emmanuel Macron sur le supposé financement de sa campagne par des lobbies pharmaceutiques et pétroliers. Il craint que Macron soit « tenu, lié, par ceux qui ont financé votre campagne » au moment de faire des lois sur les perturbateurs endocriniens ou le diesel. « Je prends l’engagement de n’être tenu par personne », assure Macron.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


La rédaction vous conseille aussi :