L’écologie peut-elle encore trouver sa place dans la campagne ? Quels sont les engagements des deux candidats au niveau environnemental ?, Nicolas Sarkozy est à l’origine du Grenelle de l’environnement. En fait, où en sommes-nous dans ce Grenelle ? Face au président-candidat, que propose François Hollande ? Les réflexions suivantes se basent sur les programmes officiels, les engagements pris par François Hollande lors du congrès de France Nature Environnement et le bilan du Grenelle de l’environnement initié par Nicolas Sarkozy en 2007.

françois hollande et nicolas sarkozy

Quels sont les engagements de Nicolas Sarkozy et François Hollande au niveau environnemental ?

Eva Joly était la plus « verte » des candidates. Avec un accord préalable sur le nucléaire conclu avec le PS, elle a pourtant fait sortir l’écologie de la course à la présidentielle. Son score de 2,3 % témoigne d’un rendez-vous raté alors que les problématiques environnementales n’ont jamais autant été aussi importantes. Sa position pour « l’écologie, l’Europe, et la république exemplaire » n’a pas convaincu.

Sa campagne s’est très vite essoufflée. La raison ? Selon certains analystes, un parti européen n’aurait pas sa place dans une élection nationale. De pus, l’accord préalable avec le PS sur le nucléaire a été mal accueilli chez beaucoup de partisans. Enfin, sa personnalité n’a pas réussi à rassembler et elle n’a pas réussi à imposer le débat environnemental dans la campagne. Les médias se sont souvent limités à parler de ses lunettes et de son accent. La course était perdue d’avance.

Où en est-on dans le Grenelle de l’environnement ?

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a constaté l’essoufflement progressif du Grenelle de l’environnement. Dans un rapport publié en février dernier, le CESE propose de relancer le processus en développant un modèle de développement durable. Celui-ci reposerait sur une économie moins carbonée, limitant le changement climatique et préservant la biodiversité. [1] Cette relance qui s’appuierait sur la concertation avec les citoyens et la société civile, serait, selon le CESE, une réponse forte à la crise économique, pour créer des emplois et favoriser la compétitivité de la France. Le prochain président aura pour défi de relancer cette dynamique. Qu’en sera-t-il ? C’est à cette question que les deux candidats doivent répondre dans l’entre deux tours. On peut d’ores et déjà deviner la position de Nicolas Sarkozy qui a lentement abandonné ce processus de concertation et qui ne parle pas du bilan du Grenelle dans sa campagne.

« Les modifications successives du périmètre du ministère du Développement durable, qui n’est plus que partiellement responsable de la politique énergétique et dont le ministre n’a plus rang de ministre d’État, ont également nui à la continuité de l’action publique », souligne le rapport. Il faut ajouter à cela qu’il n’y a même plus de ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement depuis l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. La ministre Nathalie Kosciusko-Morizet étant devenue son porte-parole de campagne depuis février, le Président sortant n’a pas jugé bon d’en nommer un en attendant les élections… Aurait-il envisagé le même destin pour le ministre de la défense ?

« Au cours de cette très longue période (mai-2009 à fin 2011), comparée à celle de la première phase, les pratiques de lobbying ont connu une nette recrudescence », poursuit le rapport. « Les logiques de discussions bilatérales, en « face à face », ont de nouveau prouvé leur efficacité quand il s’est agi d’affaiblir ou de remettre en cause des mesures. À l’échelon national, la « gouvernance à cinq » n’est plus un instrument de pilotage global des politiques concernées », précise-t-il. Ainsi, le Grenelle de l’environnement, qui permettait un dialogue avec toute la société civile a perdu sa spécificité et, par là-même, toute sa force et son efficacité.

Le rapport souligne enfin que l’évolution négative de l’engagement du gouvernement font douter de la volonté réelle de l’État de mettre en application l’article 1 de la loi Grenelle I selon lequel « pour les décisions publiques susceptibles d’avoir une incidence significative sur l’environnement, les procédures de décision seront révisées pour privilégier les solutions respectueuses de l’environnement, en apportant la preuve qu’une décision alternative plus favorable à l’environnement est impossible à un coût raisonnable ». Sans commentaires.

Quel bilan faire du Grenelle ?

Beaucoup d’objectifs du Grenelle de l’environnement sont loin d’être atteints. Le rapport du CESE souligne que « Dans certains secteurs, comme le fret ferroviaire, l’abandon de l’engagement du Grenelle ne peut qu’être constaté. L’engagement 37 en effet comportait l’augmentation de la part du fret ferroviaire de 25 % d’ici 2012 par rapport à 2006. Selon la commission des transports la part du fret non routier est passée de 12,6 % en 2008 à 11,3 % en 2010 ». D’autres mesures, parfois très emblématiques, ont aussi été abrogées alors qu’elles venaient d’être adoptées.

Concernant l’agriculture, les objectifs sont loin d’être atteints. Le plan Ecophyto 2018 vise à réduire si possible de 50 % l’utilisation de pesticides en dix ans. Selon le premier bilan d’étape, les usages ne sont pas à la baisse et ont plutôt augmenté. Pour l’agriculture biologique, les résultats sont également mauvais. L’objectif était d’atteindre 6 % de la surface agricole utile en 2012. Nous en sommes à moins de 4 %. Le soutien à la filière a diminué et le crédit d’impôt accordé aux entreprises agricoles relevant du mode de production biologique a été divisé par deux par la loi des finances de 2010.

Quels sont les nouveaux engagements de Nicolas Sarkozy ?

Malgré un bilan mitigé, Nicolas Sarkozy affirme dans son programme vouloir promouvoir le développement durable. Sous cet objectif, il confirme le choix du nucléaire… Il veut également négocier la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, afin de mobiliser la communauté internationale autour des enjeux du développement durable. Il confirme la volonté d’atteindre l’objectif de 23 % de notre consommation finale en énergies renouvelables en 2020. Enfin, il dit vouloir développer toutes les filières industrielles en lien avec le développement durable.

Son programme demande d’achever la rénovation urbaine en lançant un second plan de 18 milliards d’euros. Les crédits seront concentrés notamment sur les copropriétés dégradées et l’outre-mer.

Quels engagements pour François Hollande ?

Devant les militants de France Nature Environnement, François Hollande s’est engagé à respecter les Objectifs du Grenelle de l’environnement qui sont pour l’instant loin d’être atteints. Il s’engage également à une diminution de la part d’électricité issue du nucléaire de 75 à 50 % à l’horizon 2025. Il préfère un grand débat national au référendum qui se déroulerait sur six mois à un an si nécessaire.

Le candidat PS avance plusieurs idées pour initier la transition énergétique. Il propose un forfait énergétique de base pour les besoins essentiels (électricité, gaz, eau) puis des prix progressifs en fonction de la hausse de la consommation. Cette tarification permettrait de faire sortir de la précarité énergétique 8 millions de Français. Il s’engage également à stabiliser les règles concernant les prix de rachat de l’électricité issue des énergies renouvelables, afin de permettre leur vrai développement. Renégocier tous les mois les prix de rachat comme cela a été le cas les derniers mois avec le photovoltaïque n’est pas envisageable selon François Hollande. Il s’engage à mettre aux normes l’isolation thermique d’un million de logements par an.

François Hollande se dit vouloir ouvrir un dialogue environnemental au même niveau que le dialogue social. Il établira un Agenda national, mais aussi des agendas locaux dotés d’objectifs clairs, pourvus des moyens nécessaires et d’indicateurs pour un bon suivi des performances s’il est élu. Il déclare vouloir faire de la préservation de la biodiversité l’une de ses priorités, mais ne donne aucun objectif clair. Il s’engage à un examen systématique de toutes les dispositions financières défavorables à l’environnement. En agriculture, il veut se battre pour que les aides ne soient plus accordées en fonction des rendements, mais en fonction de critères agro-environnementaux. La réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) sera l’occasion de porter cette voix. Il s’engage sur le développement du bio, la réduction des pesticides et l’interdiction des OGM en plein champs.  Enfin, ilsouhaite plus d’éco-conception, de durabilité et une plus grande proximité entre production et consommation.

Alors, Hollande ou Sarkozy ?

Les deux candidats ne parlent presque que d’énergie. On aurait aimé qu’ils débattent également d’économie verte, de biodiversité, d’artificialisation des sols, de surpêche, de taxe carbone… On aurait également aimé qu’ils chiffrent davantage leurs objectifs. Malgré tout et sans pour autant être un écologiste effréné, François Hollande semble tout de même l’emporter du point de vue environnemental.

Cette victoire est aussi justifiée par l’essoufflement du Grenelle de l’environnement, des tacles tels que « l’environnement, ça commence à bien faire ! » lancés par Nicolas Sarkozy et le fait qu’il n’ait pas jugé bon de renommer un ministre de l’environnement avant l’élection. Lors du Salon de l’agriculture, il avait également souhaité « résoudre le problème extrêmement agaçant des normes, des contrôles » qui pèsent sur les agriculteurs. Ces faits semblent bel et bien témoigner de son intérêt limité pour la question.

Vous voulez encore en savoir plus ? France Nature Environnement passe au crible les engagements pour l’environnement des deux candidats : démocratie, économie, agriculture, biodiversité, énergie, rien ne leur a échappé !

Huit ONG de défense de l’environnement invitent aujourd’hui François Hollande et Nicolas Sarkozy à présenter leurs propositions et répondre à leurs questions sur la crise écologique lors d’une émission de télévision sur I-Télé.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • Samuel

    « En agriculture, il veut se battre pour que les aides ne soient plus accordées en fonction des rendements, mais en fonction de critères agro-environnementaux » : 90% des aides de la PAC actuelle ne sont plus accordées selon les rendements mais selon des « références historiques » à l’hectare. L’enjeu de la réforme de la PAC n’est pas de mettre fin aux aides à la production mais de mieux distribuer ces aides au revenu et de prendre en compte des critères d’emplois et d’environnement. A cet égard, la PAC n’est pas un sujet très clivant entre Hollande et Sarkozy.