La hyène tachetée est encore assez bien représentée en Afrique. On recense plus de 10 000 individus matures. Mais cette relative abondance est entièrement due aux zones protégées ! En dehors de celles-ci, les effectifs se sont littéralement effondrés, notamment en Afrique occidentale. Les seuls pays où la hyène tachetée est encore prospère sont l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Botswana, la Namibie et le nord-est de l’Afrique du Sud.

hyène tachetée

Hyène tachetée dans la savane. © Patrick Triplet

Grâce aux parcs nationaux et aux réserves, l’avenir de l’espèce ne pose pas d’inquiétudes sur le court-terme. C’est pourquoi l’espèce est considérée comme « préoccupation mineure » sur la Liste rouge de l’UICN qui recommande toutefois que la hyène tachetée bénéficie de programmes de conservation et d’une meilleure protection.

L’espèce est présente dans presque toute l’Afrique au sud du Sahara, à part la forêt équatoriale et l’extrême sud. Elle peut vivre dans tous types de savanes, forêts claires, lisière des forêts, régions semi-désertiques et montagnes, du niveau de la mer à 4 000 m d’altitude.

Une hyène qui s’adapte à la présence de l’Homme

Si elles ne sont pas persécutées, les hyènes tachetées s’adaptent parfois à la proximité des activités humaines, se nourrissant de charognes et de déchets aux alentours des villes et des villages. Dans de nombreux pays, elles souffrent de la raréfaction de leurs proies due à la chasse et à la perte d’habitat. Il s’en suit une augmentation du stress et de la mortalité juvénile. Hors des aires protégées les persécutions par l’homme (abattage au fusil, piégeage, empoisonnement) constituent la principale cause de mortalité. Elles sont parfois très intenses dans les régions agricoles où les hyènes sont accusées, à tort ou à raison, de s’attaquer au bétail.

De ce fait, les hyènes tachetées sont en net recul en Afrique occidentale, même dans les zones protégées. Or le rétablissement d’une population de hyènes après une persécution intensive peut prendre des décennies. Les hyènes tachetées ne deviennent des prédateurs du bétail que lorsque leurs proies naturelles ont été exterminées et remplacées par des ranchs d’élevage.  En ce qui concerne les attaques, un minimum de précautions permet d’en atténuer considérablement l’impact, notamment en installant des enclos de protection. Il est extrêmement rare que les hyènes tachetées s’attaquent spontanément aux êtres humains.

Mais une espèce considérée comme nuisible…

En Éthiopie, la hyène tachetée a le statut légal d’animal nuisible. En dehors des zones protégées, la plupart des pays autorise les propriétaires terriens à détruire les hyènes tachetées comme bon leur semble. Les pièges en tuent chaque année 400 en Tanzanie.

Plusieurs pays autorisent la « chasse sportive » à la hyène sur la base de quotas. Enfin, les hyènes tachetées sont chassées à des fins médicinales traditionnelles sur l’ensemble de leur aire de répartition, et comme ressources alimentaires dans certains pays (Côte d’Ivoire, Cameroun, Sénégal).

Une espèce discrète, mais bruyante !

Principalement crépusculaire et nocturne, la hyène tachetée passe la journée  cachée dans les fourrés ou les hautes herbes, dans une crevasse de rocher ou dans des terriers d’Oryctérope. Il arrive qu’elle creuse elle-même de vastes terriers. Assez sédentaire quand les proies sont abondantes, elle peut aussi suivre les grands troupeaux lors de leurs migrations annuelles.

Elle vit seule, en couple ou en petits groupes. Plusieurs groupes se réunissent parfois pour la chasse. Il est alors possible d’observer jusqu’à 30 individus, mais les conflits éclatent aussitôt la chasse terminée. Assez bruyante, la hyène tachetée pousse toute une gamme de cris allant des gloussements affectueux au célèbre ricanement en passant par un hurlement qui commence sur un ton rauque et finit par un cri aigu et perçant.

Un charognard redoutable

L’odorat est très développé, les hyènes se reconnaissent mutuellement grâce à l’odeur forte dégagée par leurs glandes anales. L’ouïe et la vue sont également bien développées ; les hyènes repèrent les rassemblements de vautours pour situer la position d’une charogne. C’est un charognard partiel : la hyène suit à distance les lions en chasse, les obligent parfois à abandonner leur proie quand elles sont en grand nombre mais, plus souvent, attendent prudemment que les félins soient repus. Mais ce sont aussi de grands prédateurs : elles tuent les jeunes animaux, y compris lionceaux ou éléphanteaux, et s’attaquent à des zèbres et à des gnous adultes, formant alors de véritables meutes et poursuivant leur victime à la vitesse de 65 km/h.

Leurs énormes mâchoires sont capables de broyer les plus gros os pour en extraire la moelle. Au moment des accouplements, les hyènes se rassemblent en groupes importants et se livrent à un véritable concert de ricanements et hurlements. Notons que la hyène n’est pas hermaphrodite, cette croyance répandue étant due au fait que les organes génitaux de la femelle ressemblent d’une façon incroyable à ceux du mâle. Après 105 à 120 jours de gestation, la femelle met au monde un ou deux petits (rarement trois ou quatre) qui pèsent chacun de 1 kg à 1,6 kg et qui deviennent indépendants à 18 mois. Ils sont noirâtres à la naissance, et s’éclaircissent en grandissant. L’éducation des jeunes est entièrement assumée par les femelles, qui les protègent des mâles grâce à leur taille plus imposante. La maturité sexuelle est atteinte entre deux et trois ans. La longévité peut atteindre 20 ans dans la nature, 30 ans et plus en captivité.

Auteur : Michel Louis, pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait), adapté par Matthieu Combe


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