Le statut de conservation de la girafe, Giraffa camelopardalis, en Afrique de l’Ouest et centrale est à « faible risque, dépendant des mesures de conservation ». 

la girafe tête

Girafe de la sous-espèce Antiquorum. © Pierre Poilecot

La girafe présente une aire de distribution assez vaste mais morcelée. Plusieurs sous-espèces ont été définies en fonction de la coloration de la robe. Au sein des aires protégées francophones existent deux sous-espèces : Giraffa camelopardalis peralta et Giraffa camelopardalis antiquorum. Il faut cependant préciser que la distribution de la sous-espèce Giraffa camelopardalis peralta, autrefois répandue du Mali au Cameroun, est actuellement restreinte au Niger (population la plus occidentale du continent) et au Cameroun. La sous-espèce Giraffa camelopardalis antiquorrum est bien représentée plus à l’est avec malgré tout des risques liés au braconnage et aux conflits armés en Afrique centrale. On la retrouve au Tchad, au Soudan et dans le nord de la République centrafricaine.

En Afrique de l’Ouest, le Niger est le dernier pays à abriter une population de girafes qui se maintient dans la région de Kouré et du Dallol Bosso Nord, à environ 100 km de la capitale Niamey. Ces animaux vivent en milieu naturel, en l’absence de tout prédateur, mais dans un environnement où la présence humaine est forte. Ils y côtoient ainsi aussi bien les populations humaines que les animaux domestiques (bétail). La réduction des habitats utilisés par les girafes et le braconnage ont conduit à la mise en œuvre, en 1996, d’un projet de développement visant à leur protection et à la sensibilisation des communautés locales à la conservation de cette espèce. Les actions entreprises et les mesures de sensibilisation au travers de l’Association de Sauvegarde des girafes du Niger (ASGN) ont rapidement permis une augmentation de la population de girafes qui est passée de 50 individus au début du projet à plus de 150 en 2006. Elles ont également conduit à faciliter le partage de l’espace entre l’homme, le bétail et cet ongulé. Malgré cela, la survie de la girafe au Niger demeure encore fragile et sa conservation sur le long terme ne pourra être assurée que dans le cadre d’un développement socio-économique intégré prenant en compte la gestion et la valorisation des ressources naturelles, en collaboration avec les communautés locales.

Comment vit une girafe ?

La girafe est principalement distribuée dans les habitats ouverts des savanes sèches soudano-sahéliennes, en particulier dans les régions riches en Acacia spp. et Combretum spp. Elle pénètre cependant dans les savanes arborées à boisées et dans les forêts claires. Grégaire, non territorial et sédentaire sur un vaste territoire, cet ongulé forme des troupeaux très fluctuants, comptant jusqu’à 40 individus mais de 1 à 12 en moyenne. La structure sociale est composée d’un ou plusieurs mâles, de femelles avec leurs petits et d’individus subadultes. Le troupeau est dominé par le plus grand mâle et guidé par une femelle. Les vieux mâles vivent solitaires et sont très mobiles, à la recherche de femelles en chaleur.

La gestation dure en moyenne 440 jours et conduit à la naissance d’un seul petit (rarement deux). Agés de quelques semaines, ils sont regroupés en nurseries surveillées par une femelle de façon à éviter les prédateurs. La girafe est un herbivore diurne, exclusivement brouteur. Elle peut consommer des graminées, en faible proportion, au moment de leur repousse. Bien que la girafe ait la possibilité de brouter à une hauteur supérieure à tous les autres animaux (jusqu’à 6 m), il s’avère qu’elle prélève très fréquemment (50 % du temps) les parties de plantes distribuées dans la strate avoisinant les deux mètres entrant ainsi en compétition avec d’autres espèces.

Son régime alimentaire inclut près de 50 espèces et varie en fonction des saisons. En saison sèche, les girafes consomment également des rameaux et des feuilles desséchées. Les Légumineuses, et en particulier des Acacia, constituent une bonne part de sa diète. Ses lèvres préhensiles et sa longue langue lui permettent de prélever des rameaux, feuilles et fruits sur les espèces épineuses.

Un mâle adulte peut manger jusqu’à 60 kg de nourriture en une journée. Les femelles sont généralement plus sélectives et choisissent les parties de plantes à plus haute valeur nutritive. Des observations ont été faites sur des girafes consommant des nids d’oiseaux avec les œufs et les oisillons ou de la viande sur des carcasses d’antilopes. Cet herbivore boit tous les 2-3 jours si l’eau est disponible et peut ingurgiter jusqu’à 40 L d’eau. Cependant, la girafe peut rester plusieurs jours sans s’abreuver si elle trouve un complément aqueux dans son alimentation, en particulier dans les jeunes feuilles surtout si elles sont couvertes de rosée. Cet herbivore boit dans une position particulière, les pattes antérieures très écartées, en forme de V, et est alors vulnérable vis-à-vis des prédateurs. Les jeunes sont la proie des Lions principalement et il existe une forte mortalité atteignant plus de 50 % au cours de la première année. En milieu naturel, la longévité de la girafe est d’environ 25-30 ans.

Quelles sont les particularités physiques des girafes ?

La girafe est le plus grand animal terrestre. Sa hauteur moyenne est de 490-520 cm pour le mâle et 230-350 cm pour la femelle. Le poids du mâle avoisinne les 1 000 kg… Du fait de sa taille et son poids, elle se classe parmi les mégaherbivores, au même titre que l’éléphant, le rhinocéros et l’hippopotame. Cet herbivore, ne pouvant être confondu avec aucun autre animal, est caractérisé par une robe formée de taches géométriques, plus ou moins bien dessinées et de grandeur variable, variant du brun châtain au brun foncé (parfois proches du noir), séparées par un réseau de lignes, de couleur fauve à blanc, également variables de forme et de taille. Ces dessins, dus aux changements de la couleur du poil, qui est court et régulier, sont uniques au niveau individuel et disparaissent au niveau des genoux et des jarrets. Le dessous du corps et l’intérieur des membres est clair, voire blanc. Les vieux mâles ont souvent une robe très foncée. Une crinière de poils courts, raides et brun noir s’étend de la nuque au garrot. La queue, longue, est terminée par un toupet de longs poils noirs.

Le cou est très long et porte une tête allongée, fine qui présente le même contraste de couleur que la robe avec des taches plus ou moins nettes. Le museau est long et se termine par des lèvres mobiles. La langue, longue et très mobile, permet à cet herbivore de saisir délicatement les parties de plantes qu’il sélectionne. Les yeux sont grands et bordés de longs cils noirs. Les oreilles sont relativement grandes avec l’intérieur clair. Les membres sont très longs, robustes et terminées par des sabots larges. Comme l’éléphant, la girafe marche « l’amble », avançant ensemble les deux membres d’un même côté.

Le mâle et la femelle portent une paire de cornes frontales courtes (4-20 cm de long), épaisses et recouverte de poils et de peau. Une protubérance frontale, constituant une troisième corne, est parfois présente chez les individus les plus âgés.

La femelle est plus petite que le mâle, avec une robe généralement plus claire et des cornes moins développées. La girafe a une vue et une ouïe excellentes mais aurait un odorat beaucoup moins développé. Généralement silencieuse, elle peut émettre des souffles, des grognements et des mugissements. Les crottes sont globuleuses allongées (forme de balle de fusil) de couleur noirâtre, de 20-30 mm de long, arrondies à une extrémité et pointues à l’autre. Elles sont généralement disséminées sur le sol du fait des grandes enjambées de l’animal.

Auteur : Pierre Poilecot pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)


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