La Fondation Léa Nature, basée à La Rochelle, lance une pétition pour mobiliser l’opinion publique face à la pollution des océans par les sacs plastiques.

sacs plastique la rochelle

Les sacs plastiques et autres déchets plastique se dégradent en microplastiques dans l’eau. PHOTO//Expédition 7e Continent – Vinci Sato

Nos mers étouffent sous les déchets de sacs plastiques ! C’est pourquoi, en avril dernier, Charles Kloboukoff, président et fondateur de Léa Nature basée à La Rochelle, lançait un défi au maire et président de l’agglomération de la ville portuaire, Jean-François Fountaine. Le projet : une pétition de 10.000 signatures afin de stopper la distribution de sacs plastiques à usage unique. Et faire ainsi de La Rochelle la première ville française à renoncer à ce type d’emballage polluant. Car si un sac plastique est fabriqué en 1 seconde, il n’est utilisé que 20 minutes et met 450 ans à se dégrader. Et, trop souvent, dans nos océans.

En effet, chaque seconde, 200 kg de déchets finissent à la mer, selon Rise above plastics. Soit 17.000 tonnes de déchets par jour ! 60 à 90% d’entre eux sont des plastiques dont la majorité finira par couler dans les fonds océaniques ; le reste se morcellera en micro-fragments et flottera en surface. « C’est un problème mondial, explique Isabelle Autissier, présidente du WWF, le Fond mondial pour la nature. Dans nos océans, il y a des endroits poubelles peuplés de micro-plastiques. Ils sont disséminés partout y compris en Antarctique ». Ces déchets se retrouvent concentrés en plusieurs zones par la force des courants marins. A l’heure actuelle, on dénombre au moins sept ‘continents’ ! L’un d’entre eux situé dans le Nord-Est du Pacifique, entre la Californie et Hawaï, s’étendrait sur 3,5 millions de km2 soit 6 fois la surface de la France.

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Dauphins, tortues, baleines… assassinés par nos déchets plastiques

Pendant leurs années de dérive, ces plastiques peuvent déplacer de nombreuses espèces invasives. Ils se dégradent aussi au fil du temps en fines particules sous les effets du soleil et de la mer, pouvant ainsi relâcher des polluants toxiques pour l’ensemble de la chaîne alimentaire : PCB (polychlorobiphényles), POP (polluants organiques persistants), métaux lourds…

Entre 2010 et 2013, l’Expédition « Méditerranée en danger » étudiait la dangerosité des micro-plastiques qui menacent la biodiversité marine. Le constat est accablant. Ces déchets provoquent la mortalité de nombreuses espèces aquatiques (poissons, tortues, crustacés…), des mammifères marins et des oiseaux. Une enquête réalisée par le Programme de Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur le fulmar, un oiseau marin, révèle que 95% des oiseaux de mer, dans la région de la mer du Nord, contiennent du plastique dans leur estomac. 1 million d’oiseaux marins, 100.000 phoques, lions de mer, baleines, dauphins et autres mammifères marins sont tués par des débris marins chaque année dans le monde, selon les données de Rise above plastics. « Certaines espèces se retrouvent enchevêtrées dans ces déchets plastiques et se noient, déplore Cristina Barreau, en charge de la problématique Déchets Aquatiques à la Fondation Surfrider. D’autres confondent les sacs plastiques avec leur nourriture, les avalent et s’étouffent ». C’est le cas des tortues de mer qui prennent ces déchets pour des méduses, l’un de leurs mets préférés. Au total, près de 260 espèces sont menacées par le plastique en provenance du continent.

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Des citoyens sensibilisés et prêts au changement à La Rochelle

Si la pollution est si alarmante dans nos océans, c’est que le plastique a pris une place importante dans notre quotidien. Chez les commerçants de proximité, dans les grandes surfaces pour emballer poissons, fruits et légumes… Il demeure incontournable. Et pourtant. « Il y a 40 ans, nous utilisions le cabas, remarque Cristina Barreau. Un outil qui redevient à la mode car la majorité de la population est sensibilisée et donc prête au changement ». Cabas, paniers, sacs payants… les solutions de substitutions ne manquent pas.

A La Rochelle, suite à la pétition lancée par la Fondation Léa Nature, le quotidien Sud Ouest a organisé un sondage sur le marché de la ville portuaire. « Plus de 75% des gens ont répondu qu’ils étaient contre l’utilisation de sacs plastiques, se réjouit Mireille Lizot de la Fondation Léa Nature. J’ai l’impression que plus le sujet est local et plus les gens se sentent concernés. Ici, chacun peut constater par lui-même qu’un sac plastique abandonné vole de la ville jusqu’à la plage pour finir dans la mer ». Une problématique à laquelle le maire Jean-François Fountaine est sensible puisqu’il a répondu favorablement à l’appel de la fondation en avril dernier. « Nous sommes une ville avec un grand littoral, souligne celui-ci. Par conséquent, la propreté et la qualité des océans est, à nos yeux, primordial. Pour autant, une solution de substitution à l’usage des sacs plastiques ne peut se faire en un jour. C’est un travail d’information et de concertation avec les acteurs locaux, des commerçants à la grande distribution ».

L’Assemblée nationale avait voté en octobre 2014 l’interdiction des sacs plastiques à usage unique à partir de janvier 2016. Toutefois, en mars dernier, le Sénat accordait un sursis d’un an aux sacs plastiques réservés aux fruits et légumes. Un aménagement en faveur de la grande distribution qui fait bondir Isabelle Autissier : « Aujourd’hui, les professionnels peuvent utiliser des plastiques biosourcés ou biodégradables moins toxiques même s’ils coûtent plus chers que les sacs plastiques traditionnels. Il faut cesser de ne rien faire et réagir. Nous sommes dans une civilisation où les populations sont obligées de limiter leur empreinte. Faute de quoi, nous irons droit à la catastrophe. Changeons nos habitudes, adaptons-nous ». L’adoption définitive du texte devrait avoir lieu d’ici à la fin de cette année. En attendant, le site de la Fondation Léa Nature accumule les signatures. A la mi-mai, 7267 personnes ont déjà signé la pétition contre l’usage des sacs plastiques.

Auteur : Valérie Auribault, contribution volontaire

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