Inviter l’écologie dans la campagne électorale – tel était l’objectif affiché de l’Appel des 3 000 de France Nature Environnement qui s’est déroulé samedi 28 janvier à l’ Espace Paris Est Montreuil. François Hollande (PS), Eva Joly (Europe Ecologie les Verts), Corinne Lepage (Cap21), Dominique de Villepin (République solidaire), Jean-Luc Mélanchon (Front de gauche), Hervé Morin (Nouveau Centre) et François Bayrou (MoDem) ont exposé leurs engagements en matière environnementale. Qu’en retenir ?

François Bayrou a ouvert la succession despromesses de foi au pupitre de France NatureEnvironnement © Natura Sciences

François Bayrou a ouvert la succession despromesses de foi au pupitre de France NatureEnvironnement © Natura Sciences

L’ensemble des candidats appelle à lutter contre l’imperméabilisation des sols. Ils reconnaissent également la nécessité d’instaurer la formation à l’environnement et l’écologie dans l’Education nationale. Tous, excepté François Bayrou, s’engagent à protéger les lanceurs d’alerte et en finir avec leur criminalisation systématique. Ils s’accordent également pour dire qu’il faut développer une vision basée sur le long-terme et non plus uniquement sur le court-terme.

François Hollande, Corinne Lepage et François Hollande s’engagent sur le développement d’une fiscalité écologique. Hervé Morin rappelle alors que les éco-participation ne doivent pas peser sur le pouvoir d’achat des ménages.

Différents points de vue sur le nucléaire

Différentes familles s’affrontent sur la question du nucléaire. Eva Joly et Corinne Lepage soutiennent une sortie du nucléaire échelonnée conformément au scénario Negawatt. Jean-Luc Mélenchon, Hervé Morin et Dominique De Villepin soutiennent l’idée d’un référendum. Pour Jean-Luc Mélanchon, « soit une centrale est dangereuse et il faut toutes les fermer, soit elle ne l’est pas et ne pose pas de problème ». Il critique par cette pointe la position de François Hollande qui défend une diminution de la part d’électricité issue du nucléaire de 75 à 50 % à l’horizon 2025. Ce dernier préfère d’ailleurs un grand débat national au référendum qui se déroulerait sur six mois à un an si nécessaire. Pour François Bayrou, la question ne doit pas porter uniquement sur le nucléaire, mais plutôt sur la décarbonisation de l’activité humaine.

Assurer la transition énergétique

Les candidats avancent plusieurs idées pour initier la transition énergétique. Hervé Morin et François Hollande proposent un forfait énergétique de base pour les besoins essentiels, puis des prix progressifs en fonction de la hausse de la consommation. François Hollande s’engage également à stabiliser les règles concernant les prix de rachat de l’électricité issue des énergies renouvelables, afin de permettre leur vrai développement. Renégocier tous les mois les prix de rachat comme cela a été le cas les derniers mois avec le photovoltaïque n’est pas envisageable. Il s’engage à mettre aux normes un million de logements d’ici la fin de son quinquennat s’il est élu.

Une relocalisation nécessaire

Les candidats s’accordent également sur la nécessité de relocaliser la production et favoriser le « made in France ». Les circuits courts doivent redevenir une priorité. Jean-Luc Mélenchon appelle à une réindustrialisation nationale pour produire mieux. Il insiste, par exemple, sur la bonne gestion forestière et la nécessité de garder des papeteries en France. Hervé Morin rappelle les surcoûts liés aux normes industrielles qui n’existent pas dans les pays émergeants tels que l’Inde. Si la production est plus chère en France, elle se fera dans un plus grand respect de l’environnement. Dominique De Villepin appelle ainsi à un système de production qui élèverait la qualité des produits. François Hollande souhaite plus d’éco-conception, de durabilité et une plus grande proximité entre production et consommation.

Certains candidats vont plus loin que les autres…

François Hollande veut ouvrir un dialogue environnemental au même niveau que le dialogue social. Il établira un Agenda national, mais aussi des agendas locaux dotés d’objectifs clairs, pourvus des moyens nécessaires et d’indicateurs pour un bon suivi des performances. Il voit dans l’écologie la solution pour sortir de la crise. Il s’engage à respecter les Objectifs du Grenelle de l’environnement qui sont pour l’instant loin d’être atteints. La préservation de la biodiversité sera également l’une de ses priorités. Il s’engage à un examen systématique de toutes les dispositions financières défavorables à l’environnement. En agriculture, il veut se battre pour que les aides ne soient plus accordées en fonction des rendements, mais en fonction de critères agro-environnementaux. La réforme de la PAC sera l’occasion de porter cette voix. Il s’engage sur le développement du bio, la réduction des pesticides et l’interdiction des OGM en plein champs.

Corine Lepage veut encadrer les lobbies et éviter les conflits d’intérêts. Elle soutient la création d’un tribunal pénal environnemental international pour juger les grands scandales environnementaux. Elle veut instaurer un contrôleur du développement soutenable dans chaque ministère. Elle propose de faire entrer les océans, la mer, la consommation, l’agriculture et la santé dans le ministère de l’écologie.

Eva Joly souhaite également l’encadrement des lobbies. Elle instaurera un moratoire sur les OGM et est la seule à avoir proposé un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste en cas d’élection. Elle modifiera le code civil et animal pour empêcher les mauvais traitements sur les animaux d’élevage. Elle vise un plan de sortie des pesticides en une génération et une diminution de 50 % le temps d’un mandat.

L’Appel des 3 000

La fédération France Nature Environnement est le porte-parole pour 3 000 associations protectrices de la nature et de l’environnement. Avec l’Appel des 3000, elle veut engager les candidats à l’élection présidentielle dans la voix du débat environnemental. Trois chantiers prioritaires sont retenus : le développement d’une alimentation proche de nous et de qualité, l’arrêt du gaspillage des milieux naturels et la sortie des précarités énergétiques. Différents engagements sont proposés pour engager un véritable dialogue environnemental et se doter de moyens économiques pour financer ces chantiers, sans creuser la dette de l’Etat.

 

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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