Une semaine que le Mois sans tabac a commencé. Les ex-fumeurs sentent déjà les bienfaits sur leur santé, la Terre sent une baisse de sa pollution! Car si le tabagisme détruit la santé, la culture du tabac demande son lot de pesticides et provoque la déforestation. Les mégots polluent, les déchets de l’industrie sont considérables.

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Les mégots représentent 845 000 tonnes de déchets chaque année, soit le poids de plus de 140 000 éléphants ! © Natura Sciences

Paris, 14h10, Place de la République – Il pleut. Un passant jette nonchalamment son mégot dans le caniveau, avant de s’engouffrer dans les couloirs du métro. Ce mégot contient nicotine, phénols et métaux lourds. Quelques minutes suffiront à la pluie pour l’emporter dans les profondeurs des égouts parisiens où il relarguera ses produits chimiques dans l’eau et le sol. Dans le meilleur des cas, il sera capté par les opérations de dégrillage en station d’épuration et incinéré. Dans le pire des cas, il rejoindra la mer où il polluera l’eau et son écosystème. Il pourra également s’additionner aux mégots enterrés par les touristes sur les plages du littoral.

Les mégots, pollueurs invisibles de tous les jours.

Jeter un mégot sur les trottoirs parisien est passible d’une amende de 68 euros. Mais cela n’empêche pas les mégots de finir un peu n’importe où. Jetés par terre, ils sont emportés par les eaux pluviales ou le vent. Ils finissent leur vie au pied des arbres, ancrés dans la terre, dans les égouts ou les rivières. Par respect, peu de gens jettent encore leurs détritus dans la rue ou la nature. Alors pourquoi les fumeurs continuent-ils à disséminer leurs mégots partout ? « Parce qu’un mégot, ça pue », répondront-ils, ou encore « ce n’est pas de ma faute s’il n’y a pas de poubelle! ».

La réalité est bien là : un mégot contient tellement de saletés qu’il ne peut être que répugnant. Le plus polluant dans un mégot provient des produits issus de la combustion de la cigarette et qui restent dans le filtre. Lorsque l’on sait que la fumée de cigarette constitue un mélange de gaz et de particules contenant plus de 4000 substances chimiques, dont au moins 250 sont nocives et plus de 50 sont cancérigènes, il est facile d’imaginer la pollution microscopique relâchée par un mégot.

Un filtre est formé d’acétate de cellulose non biodégradable mais photodégradable. Sous l’action des ultraviolets, il se décomposera en petits morceaux. Mais les polluants qu’il contient ne disparaissent pas toujours, ils sont essentiellement dilués dans l’eau et les sols. Un mégot fait tache pendant longtemps : une cigarette avec filtre met 1 à 3 ans pour se décomposer. Un paquet de cigarette jeté négligemment mettra quant à lui 6 mois pour disparaître.

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Un danger pour la forêt

Les cigarettes mal éteintes sont à l’origine de plusieurs feux de forêts chaque année. Selon les statistiques incendie dans les Bouches du Rhône, 16 % des départs d’incendies sont dus aux mégots jetés par les conducteurs de voitures et près de 14 % par les promeneurs qui éteignent mal leurs mégots. Mais le principal problème reste la déforestation.

Selon une étude réalisée en 1999, 200 000 hectares de forêts et de terrains boisés sont coupés chaque année à cause de la culture du tabac. [1] Cela représente près de 5 % de la déforestation totale dans les pays en développement où existent des plantations de tabac.Et encore, c’est sans compter les autres utilisations du bois liées au tabac. En effet, il faut ajouter à ces 200 000 hectares les quantités considérables de bois nécessaires au séchage. Dans beaucoup de pays en développement, le bois sert de combustible pour sécher les feuilles de tabac et construire des séchoirs à l’air chaud ou à l’air naturel. Le séchage à l’air chaud dure une semaine et nécessite environ 20 kg de bois pour sécher 1 kg de tabac. Il constitue le principal mode de séchage du tabac avec environ 6 tonnes traitées sur 10.

Dans la partie septentrionale de l’Afrique, c’est plus de 140 000 hectares de terrains boisés indigènes qui disparaissent chaque année pour servir de combustible pour le séchage du tabac, ce qui correspond à 12 % de la déforestation annuelle totale dans la région.[2]

Une culture peu regardante de l’environnement

La culture du tabac est pratiquée dans plus de 125 pays. Environ trois quart de la production provient de pays en développement. En plus des pesticidesle traitement du tabac implique des dangers pour les travailleurs sous-payés.

Les chercheurs commencent à s’intéresser à la question. Outre la recherche visant à trouver des solutions de rechange à la culture du tabac, le programme de Recherche pour la lutte mondiale contre le tabac (RMCT) s’intéresse aux conditions de travail et aux effets de la culture du tabac sur la santé des ouvriers qui travaillent sur les grandes exploitations agricoles.

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Des déchets considérables, au royaume du suremballage

D’après une étude parue dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health, [3] les mégots représentent 845 000 tonnes de déchets chaque année, soit le poids de plus de 140 000 éléphants !

En 1995, l’industrie mondiale du tabac a généré environ 2,3 millions de tonnes de déchets industriels et 209 000 tonnes de déchets chimiques d’après une étude menée par les chercheurs Novotny et Zhao. [4] Ce chiffre ne comprend pas les emballages de cigarettes, les briquets, les allumettes et autres produits dérivés. Si la fabrication des cigarettes nécessite beaucoup de papier, son emballage réclame également le sien! Il y a plus. Le paquet contient du papier d’aluminium autour des cigarettes. Et le tout est enrobé d’un film plastique. Bienvenue au royaume du suremballage !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

 Références :

[1] Geist HJ. Global assessment of deforestation related to tobacco farming. Tobacco Control, 1999, 8:18–28.

 [2] Geist HJ. How tobacco farming contributes to tropical deforestation. In: ,Abedian et al. eds. The Economics of Tobacco Control: Towards an Optimal Policy Mix. Cape Town, Applied Fiscal Research Centre, 1998.

 [3] Novotny TE, Zhao F. Consumption and production waste: another externality of tobacco use. Tobacco Control, 1999, 8:75–80.

[4] T.E. Novotny & al., 2009. Cigarettes Butts and the Case for an Environmental Policy on Hazardous Cigarette Waste. Int. J. Environ. Res. Public Health, 6(5).


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  • Labat

    très intéressant. Adhérente d’Europe Ecologie-Les Verts, je suis candidate aux législatives et je fume. J’ai une boîte étanche dans laquelle je mets mes mégots quand il n’y a pas de poubelle. Je n’achète que des cigarettes entièrement fabriquées en France et sans agents de saveur. Mais je sais que je suis conne. Le seul souci c’est qu’il s’agit d’une addiction que j’ai contracté bien avant d’être écolo et dont il m’est très difficile de me débarrasser. En même temps, j’ai arrêté : la voiture, le sèche linge, le micro onde, les produits alimentaires exotiques (même venant d’Europe), le portable et pas mal d’autres choses : donc quand tous les autres en seront au même point que moi, je culpabiliserai au sujet de mon addiction. C »est un peu le souci de ce genre d’article : il attaque une pratique individuelle, ce qui est bien plus facile que de s’attaquer au reste qui a à avoir avec l’organisation générale de notre économie.

  • Le début de l’article est intentionnellement provocant. Il ne s’agit pas de stigmatiser les écolos et les fumeurs mais simplement de faire réagir et s’interroger sur les impacts environnementaux du tabagisme plutôt que sur les aspects sanitaires déjà bien documentés.

    Après en ce qui concerne les pratiques individuelles, je suis d’accord avec vous. Mais l’un des grands slogans actuel n’est-il pas « agir local pour agir global »? 🙂 Bien que le prix du tabac ne cesse d’augmenter, les fumeurs sont toujours nombreux. Il s’agit effectivement bien d’une addiction qu’il est très difficile de combattre au niveau individuel. Cependant, ce n’est pas à cause de « l’organisation générale de l’économie » que les gens continuent à fumer mais bien à cause du « lavage de cerveau » qu’ils subissent. Peut-être avez-vous lu d’ailleurs « La méthode simple pour arrêter de fumer » d’Allen Carr qui est, à mon avis, une très bonne analyse du tabagisme ?

  • Steve

    Bonjour, pour ceux qui sont toujours accros au tabac, il existe aussi des cigarettes biodégradables comme les Gauloises, ou même maintenant des tubes à cigarette biodégradables, sur le site TCE par exemple..