L’Institut océanographique cherche des solutions efficaces pour réduire les attaques de requins. Le décès d’Alexandre Naussac, bodyboader et ancien vigie requin le 21 février à la Réunion, ravive les questions liées aux requins sur l’île. Chaque accident renforce la panique ambiante. Mais, au final, les requins ne sont « pas si menaçants, menacés, utiles ». Natura Sciences fait la lumière sur ces prédateurs.

attaque de requins

Plongeur nageant avec un requin © Pascal Kobeh

La dernière attaque de requins a eu lieu le 21 février dans l’embouchure de la Rivière du Mat, sur la commune de Saint-André. Bien loin des zones sécurisées ou surveillées à l’ouest. Depuis 2013, les activités les plus exposées au risque requin sont pourtant interdites « dans la bande des 300 mètres du littoral […], sauf dans le lagon et dans les espaces aménagés et les zones surveillées définies par arrêté municipal », rappelle la préfecture de la région dans un communiqué. « Cet accident est intervenu alors que les activités nautiques et de baignade étaient interdites dans cette zone », précise-t-elle. Des panneaux signalant cette interdiction jalonnent le paysage côtier. Les surfeurs s’y aventurant le font donc à leurs risques et périls.

Il y a de plus en plus d’attaques de requins, c’est un fait. Ces attaques augmentent car beaucoup plus d’hommes fréquentent l’eau. Les statistiques montrent que les hommes les plus touchés sont ceux qui restent à la surface de l’eau. Notamment les surfeurs et planchistes. On dénombrait entre 150 et 250 attaques par an dans les décennies allant de 1950 à 1990, mais 500 dans les années 1990. A la Réunion, c’est la vingtième attaque depuis 2011. Huit ont été mortelles. Plus de la moitié concernent des surfeurs ou des bodyboardeurs.

Favoriser la recherche pour réduire les attaques de requins

« Depuis deux ans, La Réunion est pleinement rentrée dans une gestion active du risque et nous saluons la mise en place de solutions efficaces, que ce soit les vigies requins ou les filets de séparation, qui est à notre sens la voie la plus pertinente », salue l’Institut océanographique dans un communiqué du 22 février.

Mais cet accident ravive les questions liées aux requins sur l’île. « Plutôt que d’enflammer une vaine guerre contre les requins et des tensions sociales », l’Institut océanographique propose « qu’il accélère la sécurisation de sites et le développement de nouvelles techniques de protection ». Ceci passe par une meilleure compréhension du comportement des requins, ainsi que par la sécurisation permanente ou temporaire de sites de pratique. Mais également par l’information et l’alerte du public, l’encadrement de la pratique en fonction des conditions météorologiques et l’observation des requins.

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Des attaques de requins faibles par rapport à d’autres animaux

Le requin n’est pas le tueur sanguinaire que l’on aimerait nous décrire. Par exemple, le cône est un petit coquillage qui tue 20 personnes par an via le venin injecté par son dard. On n’en parle pratiquement jamais. C’est sûr qu’un film sur un coquillage tueur remplirait moins facilement les salles obscures. Les chiffres sont troublants. Les méduses causent plus de 50 décès par an. Les abeilles tuent 400 personnes, les éléphants 600, les serpents 1 000, les crocodiles 2 000 et les scorpions plus de 3000. Peu de groupes demandent leur massacre. Ma peur de se faire croquer par un requin vient du fait que l’homme est réduit au rang de gibier. Son attaquant est invisible et peut l’attaquer en permanence par en-dessous.

Dans les reportages et les films, le requin d’eau profonde semble être un chasseur insatiable. En réalité, il passe très peu de temps à chasser. Par exemple, le requin blanc mange tous les 2-3 jours. Il est en constant mouvement pour la simple raison qu’il est obligé de nager pour faire circuler l’eau dans ses bronchies et ainsi respirer. S’il est immobilisé, il s’asphyxie. Cette particularité fait que le requin est capable de dormir ou « demi-dormir » en nageant. « Le requin est capable de dormir une moitié de cerveau après l’autre », rappelle Robert Calcagno, directeur de l’Institut océanographique.

Des l’huile dans nos cosmétiques et des ailerons dans les soupes chinoises

Le requin est pêché depuis longtemps pour sa peau, son foie et ses ailerons. Sa peau était utilisée comme du papier de verre au XIXe siècle. Son foie est utilisé pour faire de l’huile de foie, des comprimés et des cosmétiques. À partir de foies de requins profonds, les professionnels extraient le squalane. C’est une substance hydratante utilisée pour la formulation de crèmes cosmétiques. Une étude de l’association BLOOM estime qu’environ 90 % de la production mondiale d’huile de foie de requin est destinée à la production de squalane pour le secteur cosmétique, ce qui correspond à la capture de plus de 2,7 millions de requins profonds chaque année. « Même si un virage très net a été pris par les entreprises occidentales en faveur du squalane végétal, le secteur cosmétique à l’échelle mondiale reste largement approvisionné par le squalane animal » commente Romain Chabrol, auteur de l’étude.

Mais c’est la soupe d’ailerons de requins qui est responsable de la plus grande partie des 50 millions de requins tués chaque année. Cette pêche devenue industrielle a précipité le déclin des populations des requins profonds en quelques années. Cette chute est supérieure à 95 % pour certaines espèces. En comparant les prises de pêche dans les zones les plus denses, les scientifiques montrent que l’on retrouve des densités de requins de 10 à 20 fois plus faibles qu’avant la pêche industrielle. Que se passera-t-il si les requins disparaissent ? Les scientifiques ne peuvent pas encore répondre clairement à la question. Ce qui est sûr, c’est que toute la chaîne alimentaire sera modifiée. Dans de nombreuses régions, des études montrent que ces chaînes sont déjà bouleversées. Les chaînes alimentaires en mer sont extrêmement complexes et sont équilibrées par le le haut, grâce aux superprédateurs.

Ce massacre est particulièrement dangereux car les requins sont des animaux fragiles. Ils existent depuis 400 millions d’années et n’ayant pas de prédateurs, ils se reproduisent peu. En 2013, l’Europe a voté l’interdiction du « shark finning » en Europe. Mais ce massacre perdure dans les autres mers et océans du monde…

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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  • Christophe

    Il faut savoir que dans ces 150 à 250 attaques annuelle, figure toutes rencontres homme-requin n’ayant pas nécessairement débouché sur une blessure. Un requin s »approchant d’un nageur sera considéré comme « attaque », même si il s’agit d’un simple fait de curiosité.

  • jenimini

    Je ne suis pas d’accord, ce ne sont pas « les surfeurs de La Réunion » qui ont demandé leur massacre mais la Fédération Française de Surf qui s’est auto-érigée en porte-parole des surfeurs. La plupart des surfeurs sont des profonds amoureux de l’océan et sons totalement contre le massacre des requins. Ils ne faut pas faire d’amalgame!

    Tiré du dossier de presse Sea Sheperd: (http://seashepherd.fr/news-and-media/news-20130605-01-fr.html)
    « Depuis les débuts de la crise requin, la Fédération Française de Surf n’a eu de cesse de réclamer des battues de requins . Rappelons pour commencer que dans cette affaire, la Fédération Française de Surf (FFS) ne représente qu’une minorité de surfeurs et qu’elle n’a aucune légitimité pour s’ériger en porte parole de la communauté du surf, tout juste peut être de l’industrie du surf. Industrie dont les valeurs s’inscrivent à des années lumière de l’esprit originel du He’ enalu qui veut que celui qui surfe la vague s’adapte à l’océan – et non le contraire. Loin de constituer « un terrain de jeu » pour reprendre les termes d’un Jean Luc Arrasus, président de la FFS « en colère » qui exige « l’élimination des requins en surnombre », l’esprit originel du surf considère l’océan tel qu’il est: un milieu sauvage, indomptable qui enseigne l’humilité et le partage. Très loin donc de l’approche hédoniste et consumériste d’une « industrie de la vague », qui se voit soudainement privée d’un de ses lieux favoris de compétitions et qui ne peut de fait, considérer les requins potentiellement dangereux que comme des gêneurs, des squatteurs illégitimes « d’un terrain de jeu » qui est leur chasse gardée. »