Malgré sa relative rareté et la chute de ses effectifs dans six des 35 pays où elle est présente, la loutre à joues blanches du Cap est encore bien répandue, avec des populations apparemment assez stables. Elle est donc classée dans la catégorie « préoccupation mineure » sur la Liste rouge de l’UICN.

Loutre à joues blanches du Cap

Loutre à joues blanches du Cap

À condition de disposer de rives à végétation dense ou de rochers en surplomb, et dans la mesure où l’eau n’est pas polluée, la loutre à joues blanches du Cap, Aonyx capensi, s’accommode parfois de plans d’eau créés par l’homme : étangs artificiels, étangs d’aquaculture, aires de stockage de l’eau, canaux et bassins de traitement des eaux usées. En revanche, elle ne subsiste pas dans les régions d’agriculture intensive.

Comme pour toutes les loutres, la principale menace est la dégradation de l’habitat : urbanisation, activités agricoles et industrielles, assèchement des zones humides, pollution, extractions d’eau, enlèvement de la couverture végétale des rives. Le drainage des marécages et des terres inondées à des fins agricoles et l’utilisation des pesticides nuisent gravement aux loutres.

D’autres menaces mettent en danger certaines populations de loutres à joues blanches, notamment en Afrique occidentale : exploitation du bois, extraction du pétrole, pêche à la dynamite et au poison, canalisation, rejet d’eaux usées, minage des bancs de sable, construction de remblais, envahissement des régions côtières par les touristes, brûlage artificiel,…

Dans les régions périurbaines, beaucoup de loutres à joues blanches sont tuées par les véhicules automobiles. L’espèce est parfois persécutée par l’homme parce que les pêcheurs voient en elle un concurrent (souvent à tort) et parce qu’on l’accuse parfois (à tort ou à raison) de s’en prendre aux volailles domestiques.

La loutre à joues blanches du Cap est inscrite en annexe 2 de la CITES, et bénéficie d’une protection partielle dans tous les États africains sauf le Ghana. Néanmoins de nombreuses populations locales la chassent, peu pour sa viande mais pour sa fourrure qui décore ceintures et chapeaux. Fourrure, pénis, tête et cordes vocales de cette loutre sont utilisés dans nombre de médecines traditionnelles pour soigner les problèmes sexuels, les convulsions, les brûlures, les douleurs cervicales, la tuberculose et les otites. La chasse s’effectue au moyen de pièges posés pendant la saison des pluies. Cette méthode pourrait éradiquer l’espèce de régions entières.

Où observer une loutre à joues blanches du Cap ?

Il s’agit d’une grande loutre de 70 à 90 cm de long, dépourvue de griffes et dont seuls les doigts des membres postérieurs sont dotés de palmures. Elle pèse de 12 à 18 kg, exceptionnellement jusqu’à 21 kg. Sa fourrure douce et veloutée, de couleur brun foncé, est plus pâle sur la moitié inférieure du visage et du cou.

On retrouve l’espèce dans une grande partie de l’Afrique au sud du Sahara, sauf les forêts denses et les déserts. Elle habite les savanes le long des cours d’eau tranquilles et des lacs, les eaux salées dans les mangroves et le long des côtes rocheuses ; elle s’aventure même dans les bras de mer de l’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau).

Comment vit une loutre à joues blanches du Cap ?

Beaucoup moins aquatique et plus sociable que les autres loutres, elle parcourt de longues distances sur la terre ferme. Partiellement diurne, elle aime se chauffer au soleil sur les rochers ou les bancs de sable. La loutre à joues blanches du Cap vit seule, en couple ou en petits groupes familiaux. Son cri est un sifflement strident.

Très joueuse comme toutes les loutres, elle aime s’amuser avec des cailloux ou des bâtons. Sa grande dextérité manuelle et ses mâchoires particulièrement puissantes dotées de molaires élargies traduisent un régime alimentaire varié : essentiellement crabes et moules mais aussi poissons, grenouilles, petits mammifères, oiseaux aquatiques et vers. Notons que la loutre à joues blanches est capable d’utiliser des objets durs pour ouvrir des moules.

Après deux mois de gestation, la femelle met au monde de deux à cinq petits dans un terrier ou un abri situé entre des racines d’arbres ou dans un épais fourré. Cette loutre ne semble pas creuser de terriers elle-même. La maturité sexuelle est atteinte à un an, la longévité peut dépasser 14 ans.

Auteur : Michel Louis, pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)


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