Les Français sont les 4e plus grands consommateurs de médicaments au monde ! La contamination de la nature et à posteriori des humains par les résidus médicamenteux croît sans cette. Cette contamination provient de la consommation ambulatoire, de celle des établissements de santé, mais aussi des médicaments non utilisés et jetés dans l’évier, les toilettes ou à la poubelle… au lieu d’être ramenés à la pharmacie pour recyclage. D’autres sources s’ajoutent : l’élevage et la pisciculture, les boues de stations d’épuration, les rejets de l’industrie…

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Les médicaments non utilisés ou non métabolisés polluent l’environnement et impactent notre santé. PHOTO//Michael Coghlan

On observe un vrai problème de contamination de la nature par l’usage des médicaments.  « Les problèmes de la présence de résidus médicamenteux sont les mêmes partout dans le monde, à des degrés divers en fonction des capacités d’accès aux soins des populations et de l’intensité de l’élevage industriel et de la pisciculture », rapporte l’Académie Nationale de Pharmacie, dans son rapport Médicament et environnement.

Grâce aux progrès de l’analyse physico-chimique, la présence de ces traces de substances médicamenteuses et de leurs dérivés est largement établie à l’échelle mondiale, en particulier dans les eaux superficielles et souterraines et dans les eaux utilisées en épandage agricole. Un problème qui est d’autant plus ennuyeux que les chercheurs ont relevé un certain nombre de lacunes dans la connaissance des transferts et des effets de la contamination des substances médicamenteuses sur l’environnement. Sans parler des soucis de mélanges malencontreux avec d’autres produits polluants, comme les phytosanitaires, les détergents, les hydrocarbures, ou encore les métaux.

Des résidus de médicaments retrouvés partout

Les travaux d’analyse montrent que les concentrations retrouvées dans l’environnement varient dans une gamme allant du nanogramme par litre dans les eaux superficielles douces ou marines, les eaux souterraines et les eaux destinées à la consommation humaine, jusqu’au microgramme, voire à plusieurs centaines de microgrammes par litre dans les effluents et les eaux résiduaires. Certains médicaments sont présents dans l’environnement à des concentrations parfois identiques à celles des produits phytosanitaires ou des hydrocarbures.

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Il existe différentes sources d’émission : rejets de substances médicamenteuses et de leurs dérivés des établissements de soins, des élevages industriels animaux et piscicoles, dans les urines et les fécès de la population humaine, des animaux de compagnie ou aux épandages des boues de stations d’épurations. On trouve aussi des sources d’émissions ponctuelles liées aux rejets de l’industrie chimique fine, de l’industrie pharmaceutique.

Après absorption par l’organisme humain, les médicaments peuvent être excrétés, inchangés ou métabolisés par des enzymes, dans les fèces et/ou dans les urines. Les poissons traités éliminent directement les médicaments non métabolisés dans le milieu aquatique. Pour ce qui est des animaux d’élevage (porcs, bœufs, chevaux, moutons…), ils éliminent ces composés soit directement sur les sols des prairies, soit dans les étables où ils se retrouvent dans le fumier et les lisiers dans lesquels se poursuivent des réactions de transformation. Ces fumiers et lisiers sont généralement destinés à amender les cultures et les métabolites peuvent alors entrer dans les chaînes alimentaires. Selon la nature hydrophile ou hydrophobe des substances éliminées par les animaux, les pluies peuvent en entraîner et en disperser une partie vers les eaux souterraines ou les eaux de surface.

Surconsommation et traitements injustifiés : les deux mamelles du pire

Chez l’homme, nous sommes en présence d’un phénomène systémique et pervers, dans lequel chaque élément renforce sa cause et son effet : les maladies d’abondance liées à notre mode de vie entraînent obésité, diabète, hypertension artérielle, maladies cardio-vasculaires, cancers, stress de la vie trépidante, insomnie, etc., qui eux-mêmes entraînent une surconsommation de médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, anticancéreux, anesthésiques, antibiotiques, produits de diagnostic et produits radioactifs), entraînant à leur tour une sur contamination de la nature. Qui a des impacts sur ce que l’on mange et notre santé en général, conséquences contre lesquelles il faut encore prendre plus de médicaments…Cercle infernal.

Évidemment, la situation est très inégale en fonction des modes de vie, du développement socio-économique, de l’accès des populations aux soins et des réglementations de chaque pays. Malheureusement la France est souvent en tête en termes de surconsommation de médicaments. L’Hexagone est le 4e consommateur mondial de médicaments et compte 3,8 millions de consommateurs réguliers de médicaments anxiolytiques et psychotropes, dont la moitié en surconsommation. Notre surconsommation d’antibiotiques dépasse de 40 % la moyenne européenne. Et près de 20 à 30 % de ces surconsommateurs seraient en situation de dépendance.

On ne compte plus les prescriptions abusives d’antibiotiques ou de benzodiazépines. Plusieurs auteurs pointent une inflation de prescriptions abusives : examens de diagnostic et de dépistage inutiles, interventions chirurgicales et traitements médicamenteux injustifiés. Avec autant de rejets inutiles. Selon les médecins eux-mêmes, 30 % des actes ou des examens médicaux seraient injustifiés (enquête de la Fédération hospitalière de France, juillet 2012). 50 % des médicaments ne seraient pas prescrits comme il faut.

Quel impact réel sur notre santé ?

Souvent considéré comme un problème émergent, les effets divers de cette contamination (toxicité, perturbation endocrinienne, cancérogénicité, mutagénicité) et qui peuvent être à l’origine de problèmes de santé et de « déséquilibres » naturels, sont encore très mal compris. Ce sera ici, la féminisation artificielle de poissons ou de coquillages, des perturbations dans les cycles reproductifs chez les animaux, là, des effets parfois létaux chez les plantes ou les champignons. Et l’induction de maladies, de cancers, de troubles du comportement ou de risque d’antibiorésistance à une échelle dangereuse chez l’homme.

Selon les données de la littérature actuelle, le rendement moyen d’élimination des médicaments est d’environ 60 %. Mais que deviennent les 40 % restants ? De fait, on estime que 7,5 % de tous les médicaments rejetés dans les eaux se retrouveraient dans le milieu terrestre. Ce qui est considérable.

Il faudrait aussi prendre en compte les nanopollutions qui pourraient nous toucher à travers les aliments nourris d’eau contaminée, voire à partir de l’eau potable. Car, même à l’échelle du nanogramme, personne ne connaît l’impact de cette contamination homéopathique à grande échelle des eaux recyclées que nous buvons au robinet. Comme le rappelle le Centre d’Information sur l’eau, les progrès constants des techniques de mesure permettent aujourd’hui de « repérer des doses de micropolluants indécelables auparavant ». Et personne ne connaît leurs effets. Dans l’attente d’en savoir plus, la meilleure solution n’est-elle pas la précaution ?

Les médecines alternatives : quasi zéro impact sur la planète !

Si la médecine conventionnelle a prouvé largement son efficacité depuis plusieurs décennies, elle est aussi source de problèmes et d’insatisfactions comme nous venons de le voir. Pour Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste attaché des hôpitaux de Paris et spécialiste en hygiène alimentaire, on pourrait se passer de nombreux médicaments, en commençant par une modification profonde de notre façon de nous nourrir, grâce à l’apport de la diététique. Des économies sur les dépenses de santé publique en vue ? Selon le professeur Sicard, président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique, on pourrait réaliser de 5 à 10 milliards d’euros par an d’économies sur les actes médicaux inutiles.

Comme le disent les Anglo-saxons, « Less is more » (« En faire moins est mieux »). Faire des économies sur nos portefeuilles, mais aussi réduire notre impact environnemental, comment faire ? En nous sensibilisant à nous soigner autrement. En devenant acteur de notre santé. Car le gros avantage des médecines alternatives et complémentaires face aux médicaments est d’avoir un très faible impact sur la planète et peu ou pas d’effets secondaires sur la personne.

On le sait, un médecin qui écoute est souvent plus utile qu’un médecin qui prescrit et son empreinte écologique est moindre. Un patient qui souhaite être partie prenante de son mieux-être au lieu d’avaler mécaniquement une pilule aura forcément moins d’impact sur l’environnement. Choisir de faire de la Sophrologie et de l’Hypnothérapie au lieu de se jeter sur les antidépresseurs, faire des séances d’ostéopathie au lieu de se gaver d’antidouleurs n’est jamais innocent. Sans doute un tout petit impact à l’échelle personnelle, mais mis bout à bout, c’est déjà un début…

Auteur : Jean-Rémi Deléage, lemag.therapeutes.com

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