Selon le Rapport Planète Vivante 2014 du WWF, les espèces sauvages ont perdu, en moyenne, plus de la moitié de leurs populations en 40 ans à cause de nos modes de vie. En parallèle, l’empreinte écologique humaine continue sa progression. Face à cette situation insoutenable, le WWF exhorte les gouvernements à prendre leurs responsabilités pour inverser ces tendances avant qu’il ne soit trop tard.

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Est-il encore temps d’agir? Le rapport Planète Vivante 2014 se veut optimiste, mais exhorte les pays à agir rapidement en enclenchant la transition écologique et énergétique. © WWF

Le rapport Planète Vivante 2014 a suivi l’évolution de plus de 10 000 populations d’espèces vertébrées entre 1970 et 2010. Les résultats sont catégoriques : la biodiversité s’écroule. Les populations de poissons, d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles ont régressé en moyenne de 52 % depuis 1970. Ces pertes sont survenues pour l’essentiel dans les régions tropicales, l’Amérique latine connaissant une baisse de 83 %. Les espèces d’eau douce sont les plus touchées, avec une baisse de 76 %. Les espèces terrestres et marines ont quant à elles toutes deux chuté de 39 %.

« La perte et la dégradation de l’habitat, d’une part, l’exploitation subie à travers la chasse et la pêche, de l’autre, sont les premières causes de déclin », explique le rapport Planète Vivante. Le changement climatique devrait quant à lui avoir un impact croissant sur les populations à l’avenir. Enfin, les espèces invasives, la pollution et les maladies jouent également un rôle non négligeable qui devrait s’accentuer.

L’évolution de la biodiversité est pourtant inégale suivant les pays. Selon le WWF, la biodiversité des pays à haut revenu se porte bien, avec une augmentation de 10 % des populations. Les pays à revenu moyen assistent de leur côté au déclin de la leur, avec un recul de 18 %. Et pour les pays à bas revenu, la situation s’aggrave : ils sont confrontés pour leur part à une chute rapide et marquée de 58 % des populations animales. « Ce constat masque cependant l’érosion massive de la biodiversité subie par l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie avant 1970. Mais l’on peut aussi y voir le fait que les pays à haut revenu importent des ressources, externalisant ainsi vraisemblablement la perte de biodiversité et ses impacts dans les pays à faible revenu », note le WWF dans son rapport.

Quelle évolution de l’empreinte écologique?

Rappelons que l’empreinte écologique est un indicateur développé par le Global Footprint Network. Elle représente les surfaces productives de terre et de mer nécessaires pour fournir à une personne les ressources qu’elle utilise et pour absorber les déchets qu’elle produit : terres agricoles, pâturages, espaces bâtis, zones de pêche et forêts productives, surfaces forestières nécessaires pour absorber les émissions de dioxyde de carbone ne pouvant l’être par les océans. En face, la Terre nous offre sa biocapacité. Pour que le développement soit réellement durable, il faudrait que l’empreinte écologique mondiale soit inférieure à la biocapacité offerte par la Terre.

Biocapacité et empreinte écologique sont exprimées dans une unité commune appelée hectare global (hag). En 2010, l’empreinte écologique globale atteignait 18,1 milliards d’hag, soit 2,6 hag par habitant, alors que la biocapacité totale de la terre se montait à 12 milliards de hag, soit 1,7 hag par habitant. Dommage: l’empreinte écologique globale augmente plus rapidement que la biocapacité globale. L’élévation de la productivité de la Terre n’arrive pas à compenser les demandes de la population mondiale croissante.

Selon le rapport, la demande de ressources planétaires de l’humanité dépasse donc de plus de 50 % l’offre renouvelable de la nature. En d’autres termes, il nous faut 1,5 Terre pour produire les ressources correspondant à notre empreinte écologique du moment. A noter : l’empreinte carbone issue de la consommation des combustibles fossiles représente plus de la moitié de l’empreinte écologique globale totale.

Cet état de « dépassement global » signifie, par exemple, que le rythme auquel nous exploitons les forêts, pompons l’eau douce et rejetons du CO2 dépasse celui auquel les arbres repoussent, les aquifères se reconstituent et la nature séquestre nos émissions. La pollution et les déchets s’accumulent donc dans l’air, l’eau et les sols, les stocks de ressources s’appauvrissent.

« La population mondiale devant atteindre 9,6 milliards d’habitants en 2050 et 11 milliards en 2100, la biocapacité disponible pour chacun de nous va continuer à régresser, alors même qu’il sera de plus en plus difficile d’accroître la biocapacité totale dans un monde marqué par la dégradation des sols, la pénurie d’eau douce, et la montée du coût de l’énergie », alerte le rapport.

Quels pays sont les plus polluants?

Tous les pays n’ont pas la même empreinte écologique. À titre d’exemple, si tous les habitants du globe avaient la même empreinte que celle d’un habitant moyen du Qatar, nous aurions besoin de 4,8 planètes. Si chacun adoptait le mode de vie d’un Américain moyen, il nous faudrait 3,9 planètes. Pour un habitant de Slovaquie ou de Corée du Sud, le chiffre s’élève respectivement à 2 et 2,5 planètes, tandis qu’en Afrique du Sud et en Argentine, il atteindrait 1,4 et 1,5 planète.
Les 10 pays présentant l’empreinte écologique par habitant la plus forte sont, dans l’ordre, le Koweït, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Danemark, la Belgique, Trinité-et-Tobago, Singapour, les Etats-Unis, Bahreïn et la Suède. Mais en multipliant la population d’un pays par l’empreinte écologique individuelle, les impacts globaux se creusent. Ainsi, l’empreinte écologique globale de cinq pays – Chine, Etats-Unis, Inde, Brésil, Russie – compose la moitié environ du total mondial.

A eux seuls, la Chine (19 %) et les États-Unis (13,7 %) pèsent pour 33 % de l’empreinte écologique totale du globe. Bien que la Chine ne se classe que 75e en termes d’empreinte par habitant, il détient la plus vaste empreinte totale de la planète du fait de sa population. A l’opposé, la population des États-Unis avoisine le quart de celle de la Chine, mais son niveau de consommation par tête supérieur. De même, en multipliant sa population avec l’empreinte écologique individuelle, l’Inde bondit de la 126e place du classement de l’empreinte par habitant au 3e rang du classement de l’empreinte totale, le Brésil de la 53e place au 4e rang, et la Russie de la 42e place au 5e rang.

Peut-ton encore contrer la perte de la biodiversité et diminuer notre empreinte écologique?

« Le dépassement écologique, c’est LE défi du 21e siècle », prévient Mathis Wackernagel, Président et co-fondateur de Global Footprint Network. « Près des trois quarts de la population mondiale vit dans des pays présentant à la fois des déficits écologiques et de faibles revenus. Les contraintes de ressources font que nous devons avant tout chercher comment améliorer le bien-être humain autrement que par la simple croissance. » Le découplage entre empreinte et développement apparaît comme une priorité mondiale fondamentale : l’enjeu est de trouver comment réduire la consommation de ressources en améliorant le développement humain.

Les solutions pour contrer cette perte de la biodiversité et diminuer notre empreinte écologique seraient pourtant accessibles. Le WWF propose ainsi de préserver le capital naturel, développer les aires protégées, produire mieux, consommer plus raisonnablement, réorienter les flux financiers, instaurer une gouvernance équitable des ressources et conclure un accord mondial pour le climat pour s’orienter vers une économie faiblement carbonée et diminuer ainsi le recours aux énergies fossiles. Les voix s’élèvent au moment où la conférence du Bourget fin 2015 (COP21) sera la dernière chance d’aboutir à un accord climatique contraignant pour limiter la hausse des températures mondiales à moins de 2°C d’ici la fin du siècle. Faute de quoi, l’enrayement de la biodiversité et la hausse des pollutions deviendraient probablement incontrôlables.

Aller plus loin:

Résumé du rapport Planète Vivante 2014, 36 pages

Rapport complet Planète Vivante 2014, 180 pages

Auteur : Hugo Lebout, journaliste du webzine Natura-sciences.com

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