À l’initiative de l’association OSL basée en Guyane, « 7e continent » est la première mission française d’exploration de la « soupe de plastique » découverte dans le Pacifique. Deux expéditions américaines se sont rendues sur place en 2006 et 2009. Située dans des eaux peu concernées par la navigation marchande, la pêche et le tourisme, cette fameuse plaque de déchets semble se densifier de jour en jour. Natura Sciences, partenaire médiatique de l’évènement, suivra « en direct » l’expédition.

Alain dupont 7e continent

Alain Dupont montre fièrement la destination de l’expédition »7e continent ». © Norbert FALCO

4 personnes mutualisent leurs compétences en vue de l’expédition « 7e continent ». Patrick Deixonne, Président de l’association OSL et membre de la Société des Explorateurs Français, sera le navigateur et le responsable de l’expédition. Il sera secondé par Alain Dupont navigateur, plongeur et chargé de communication qui a bien voulu répondre à nos questions. Georges Grépin, coordonnateur scientifique, biologiste, chargé du programme scientifique (CNES/NOAA/ICRAM/NASA), s’occupera des aspects scientifiques. Sean Palamy, journaliste TV et vidéaste, sera  chargé de la couverture vidéo et son.

Pour une sensibilisation massive

L’expédition se veut avant tout pédagogique, notamment à travers la participation de nombreux collégiens et lycéens en France et aux Etats-Unis. Ceux-ci pourront s’impliquer grâce à l’exploitation de véritables données satellites fournies par le Centre national d’études spatiales (CNES) dans le cadre du projet Argonautica. Ce dernier permet aux élèves du primaire jusqu’au lycée de suivre chaque année des bouées et des balises expérimentales ainsi que des animaux marins équipés de balises Argos.

Une bouée dérivante a été élaborée par des élèves d’une école d’ingénieur (ICAM Toulouse). Sa mise à l’eau pourra être suivie en direct par visioconférence. Il s’agira de la première bouée de transmission de données lâchée dans le vortex du Pacifique nord. Jour après jour, la bouée fournira des données sur la pression atmosphérique, la vitesse du courant et la température de la mer et de l’air à des fins d’exploitation et de recherche. Le déplacement de cette bouée, sera également suivi via Argos, et permettra de comprendre le trajet des déchets à l’intérieur du vortex.

« L’objectif est de sensibiliser toutes les écoles nationales, voire européennes, par le biais de conférences et d’un film de format 13 minutes », précise Alain Dupont. Un documentaire de 52 minutes sera également filmé tout au long de l’expédition et sera diffusé lors de conférences et sur certaines chaînes de télévision. L’objectif est bien sûr de ramener un reportage le plus complet possible sur l’état des lieux.

La grande inconnue reste de vérifier si ce 7° continent est perceptible à l’image. Cette énorme « soupe de plastique » formée par de petites particules devient-elle de plus en plus dense ? Quelle est la situation à ce jour ? Des images sous-marine seront réalisées à différentes profondeurs ainsi qu’en surface.

L’aspect scientifique sera également important. Au cours de l’expédition, différents protocoles d’échantillonnage seront testés afin de quantifier au mieux les variations de densité des déchets plastiques. Ces prélèvements auront lieu à intervalles réguliers. Le but est de faire un prélèvement d’eau à différents endroits et profondeurs dans la zone du vortex afin de cartographier la pollution.

« La Guyane est au cœur de cette problématique car nous sommes un département de fleuves et de rivières avec une population croissante et pour la plupart pas du tout sensibilisée par les déchets, jetés dans les fleuves », estime Alain Dupont.

Concrètement, quel est le planning ?

L’équipage aura recours à « une Goélette de 15 m pour rester un peu dans l’esprit d’’expédition d’autrefois en voilier », précise le navigateur. Le départ sera lancé de San Diego, en Californie, le 2 mai pour un retour début juin. Le voilier sera équipé d’une balise Argos pour que les élèves et le grand public puissent localiser et suivre sa progression en temps réel.

Le trajet depuis San Diego devrait durer une semaine. Des bouées scientifiques de la National Oceanic and Atmospheric Administration  (NOAA) seront larguées et des échantillons seront collectés en plein océan. Une semaine sera consacrée aux travaux d’exploration scientifique sur zone dans le vortex océanique. Durant le trajet retour, du plancton et des micro-déchets plastiques seront également collectés.

L’expédition sera suivie par différents médias au cours des étapes importantes. Des conférences de presse seront également organisées au départ et à l’arrivée de l’’expédition. Natura Sciences retransmettra l’intégralité des points forts de l’expédition.

Une « soupe de plastique » ?

Communément nommée « Plaque de déchets du Pacifique nord », « septième continent » ou encore « New continent », cette plaque se forme actuellement entre les côtes d’Hawaï et de l’Amérique du Nord, à partir de millions de tonnes de détritus plastiques charriés par les courants océaniques. Curieusement, celle-ci ne se situe pas à proximité des côtes, mais en pleine mer, dans ce que l’on appelle une gyre océanique.

Une telle gyre se caractérise par des vents et des courants faibles où les courants tournent dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce phénomène crée un vortex qui fait tourbillonner les déchets qui « passent » par là. Ce tourbillon accumule depuis des années des déchets plastiques venus des côtes et des fleuves. Dans sa rotation et par la force centripète, il les entraîne et les ramène progressivement vers son centre.

Ce « continent » de déchets est constitué de macro déchets éparses (bouteilles vides, sacs, etc.) mais surtout de milliards de petits éléments pas plus grands qu’un confetti. C’est en filtrant l’eau que l’on découvre cette mixture composée de petits morceaux de plastique fractionnés. On retrouve également des granulés de plastique (larmes de sirène) qui sont utilisés comme matière intermédiaire pour fabriquer les objets en pastique.

Les estimations sur la taille de ce continent varient énormément car il n’est pas possible de photographier les microparticules par satellite. Il est souvent accordé que cette zone polluée du Pacifique ferait plus de 3 millions de kilomètres carrés, soit un tiers de l’Europe et plus de six fois la France. Son épaisseur irait jusqu’à 30 mètres. Cette « soupe » totaliserait un poids de 3,5 millions de tonnes et jusqu’à 750 000 débris par km².

5 gyres, 5 plaques…

Cette plaque n’est pas unique. Les 5 grandes gyres océaniques semblent receler des « soupes » semblables de plastiques. Celles-ci sont situées dans l’Atlantique Nord, l’Atlantique sud, le Pacifique Sud, l’Océan Indien et évidemment le Pacifique Nord.

Les mers sont également touchées par la pollution du plastique. L’expédition MED (Méditerranée en Danger) et Tara Méditerranée étudient la question dans la Mer Méditerranée. La première campagne a permis de déterminer par extrapolation qu’environ 500  tonnes de plastique répartis en 250 milliards de micro-fragments contaminent les écosystèmes de la mer Méditerranée…

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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