L’Elan en route vers San Diego.

Les plastiques dérivants sont un danger permanent : les cordes, les filets abandonnés, les lignes de pêche et les sacs en plastique peuvent facilement s’enrouler autour des hélices, coincer le gouvernail, ou bloquer le système de refroidissement du moteur, mettant parfois le bateau en grand danger.

C’est exactement ce qui est arrivé au bateau de l’expédition « Septième Continent », l’Elan, pendant sa remontée de la côte de Baja California. Cette remontée, contre vents et courants dans une mer dure, est familièrement appelée « la raclée » (The bash) et tous les marins l’abordent avec précaution. Mais le plus grand danger s’est révélé être celui des plastiques dérivants. Dès le départ, mi-avril, le bateau a failli casser son moteur, par suite du blocage du système de refroidissement par du plastique. Cela a eu pour conséquence des dégâts au moteur, un long délai pour trouver les pièces de rechange et une réparation coûteuse.

En conséquence de ce retard, le capitaine de l’Elan a dû appareiller pour une navigation en solo malgré des prévisions météo peu favorables, en vue de nous retrouver à temps à San Diego. Lors de cette remontée nous avons été en grand danger de perdre le bateau, à cause d’un amas de plastique dérivant formé de cordes et de filet. Ce plastique s’est pris dans l’hélice et dans le safran au cours d’une nuit de mauvais temps. Le gouvernail a été cassé et la barre à roue hydraulique endommagée, tout comme la chaîne de commande de la barre. Le bateau a été remorqué à l’abri par la marine mexicaine car il n’était plus manœuvrable et dérivait vers les rochers. Plus tard, malgré une révision soigneuse du système de propulsion, les six boulons reliant le moteur à l’arbre de transmission se sont brisés en mer à cause des contraintes mécaniques subies précédemment lorsque l’hélice a été bloquée par le plastique. Le bateau a pu continuer à la voile pour s’abriter dans un petit port de pêche, Cabo San Lucas. Ancré dans un fort courant, l’ancre a dérapé et le bateau sans moteur et non manœuvrable a été poussé contre un appontement en béton par de fortes vagues. Il a été endommagé et des pécheurs mexicains l’ont aidé à sortir de cette situation dangereuse. Un bateau récent en polyester, moins solide que l’Elan, aurait probablement été fortement endommagé ou coulé.

L’équipe de l’expédition, au courant de la situation a quitté San Diego, où elle attendait d’embarquer, amenant des pièces de rechange. Le bateau a été rapidement réparé. Le moteur a été révisé, les filtres changés, le gréement vérifié et mis en ordre, et le bateau a mis à la voile vers San Diego après avoir complété le plein de gasoil. Une navigation au moteur et à la voile, fatigante pour l’équipage, auprès dans une mer dure, vent debout, avec une barre peu précise et un autopilote en panne, autre conséquence des dégâts au système de barre dus à la rencontre avec les débris de plastique. Une panne irréparable en mer a bloqué définitivement notre moteur, sur une mer d’huile, sans vent, à six miles des côtes. L’absence de vent, le courant poussant vers la côte, une barre hydraulique endommagée, des fonds trop profonds pour ancrer, une forte houle et la nuit proche : nous étions en danger de perdre le bateau à la côte, en pleine nuit.

La Marine Mexicaine nous a remorqués jusqu’à Ensenada. Le bateau a été remis en état avant de remonter vers San Diego où il est arrivé le 17 juin. Ces remorquages semblent assez courants. De retour a San Diego, en lisant « The Log », la gazette des marinas locales (The Log. Kudos to the Mexican Navy) nous découvrons l’aventure du « Lazy Days » un yatch de 49 pieds : celui-ci, remontant par mer forte et vent de face a été pris dans un amas de 150 mètres de filets et cordes dérivants (poly-lines) à 35 miles de la côte. Les deux propulseurs bloqués, le bateau a été secouru par la marine Mexicaine. Des dégâts importants ont été constatés après la mise au sec à Ensenada : pâles d’hélices tordues, coupe orins cassés etc.

Une leçon à retenir

De nos jours, le plus grand danger pour un voilier ou pour un yacht à moteur, naviguant au moteur le long de la côte de Baja California peut être la rencontre avec des débris plastiques dérivants. La rencontre avec des plastiques dérivants a causé une grande perte de temps, des dégâts importants et coûteux sur le bateau et a retardé le départ de l’expédition d’un mois. Sans l’aide de la Marine mexicaine, le risque de perdre le bateau aurait été réel. Le coût pour l’expédition a été d’environ 8 000 dollars, sans compter les réparations sur le bateau.

Auteurs : Patrick Deixonne et Georges Grépin

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