Des arêtes dans nos assiettes est une enquête de Jean-Pascal Bublex et Mathieu Sarfati sur la filière du poisson aux Etats-Unis et en France, où les fraudes à l’étiquetage sont monnaie courante. 

fraude étiquetage poisson

1 poisson consommé sur 3 ne proviendrait pas réellement de l’espèce affichée…

En février 2013, l’ONG américaine Oceana publiait un rapport explosif. Elle y révélait qu’aux Etats-Unis, un tiers des poissons vendus étaient mal étiquetés. Cela signifie qu’une fois sur trois, les Américains ne mangent pas le poisson qu’ils pensent !

Pour parvenir à ces résultats, l’ONG a mené des tests ADN sur 1200 échantillons de 32 espèces différentes, dans 21 états et sondé près de 700 grossistes. La fraude est bel et bien généralisée : grossistes, poissonniers, chefs cuisiniers, tous les maillons de la chaîne ont intérêt à tricher pour augmenter leurs bénéfices.

Point de départ : Boston

Le problème est connu depuis longtemps. Mathieu Sarfati et Jean-Pascal Bublec sont allés à la rencontre des lanceurs d’alerte et ont enquêté sur le terrain auprès des grossistes, poissonniers et cuisiniers. L’enquête commence aux Etats-Unis, à Boston, où les fruits de mer et le poisson sont devenus incontournables. Il y a un an, deux journalistes d’un quotidien local, le Boston Globe, révélaient comment des espèces très chères de poissons étaient remplacées à l’insu du consommateur par espèces similaires moins « nobles » et beaucoup moins chères ou comment les revendeurs trompaient les clients sur l’origine des poissons. Ainsi, pour les personnes qui voudraient s’assurer que leur poisson ne provient pas d’une zone de pêche surexploitée, mais au contraire, d’une pêcherie durable, il faudra repasser plus tard.

La moitié des espèces testées dans le cadre de leur enquête ne correspondaient pas à celles commandées par les clients. Par exemple, le cabillaud de l’Atlantique était remplacé par du cabillaud du Pacifique, voire par une espèce totalement différente. Une fois cuisinés, un consommateur lambda ne fait pas la différence entre différents filets de poisson blanc. La tromperie est donc très dure à identifier. C’est le rôle des agents de la répression des fraudes. Mais ils ne sont que 20 inspecteurs mandatés pour surveiller les étals et les tables de toute la côte est des Etats-Unis, alors qu’il y a 20 000 restaurants, ne serait-ce que dans la ville de New-York !

New-York : gare aux sushi bars !

L’enquête se poursuit à New York, où Jennifer Jacquet est professeur à l’université. Elle a réalisé, elle aussi, une vaste enquête en 2008 mettant à jour le même scénario. Son étude n’avait eu aucune retombée médiatique à l’époque et les autorités n’avaient pas réagi.

Elle explique que les substitutions sont fréquences dans les sushi bars où 3 fois sur 4, les poissons ne seraient pas les bons. Mêmes les plus grands établissements peuvent être concernés. Jean-Georges Vongerichten, chef français installé à New York depuis 25 ans, possède et dirige l’un des restaurants les plus côtés de la ville. Il connaît le phénomène, et dit être régulièrement victime de tentatives d’arnaques à l’espèce… Mais à la grande plaque tournante de poissons du Fulton Market, l’équivalent à New York du marché de Rungis, les grossistes minimisent les faits et prétendent respecter les règles du business. Des règles bien minces… et peu de contrôles !

Et en France ?

En 2010, le magazine 60 millions de consommateurs avait relevé une fraude similaire sur quelques échantillons de poissons. Depuis le scandale sur la viande de cheval, la filière du poisson a elle aussi été placée sous surveillance. En suivant en Charente-Maritime, les inspecteurs de la répression des fraudes sur le terrain et en remontant la filière du poisson, les deux réalisateurs tentent de comprendre qui fraude. Ils réalisent leurs propres tests sur les marchés, dans des grandes surfaces et découvrent finalement que, comme aux Etats-Unis, les fraudes à l’étiquetage sont monnaie courante.

En France, 67 agents de la répression des fraudes travaillent sur le département de Charente-Maritime. Ils contrôlent annuellement entre 450 et 480 établissements sur les 2000 établissements que compte le département. Globalement, ils relèvent un tiers d’anomalies importantes. En 2012, ils ont dressé 24 procès verbaux sur 120 contrôles menés auprès de grossistes et poissonniers du département,

L’aquaculture est souvent présentée comme une bonne solution. En France, les réalisateurs se sont rendus dans une ferme aquacole qui déclare respecter la qualité du poisson et l’environnement. Ce n’est pourtant as le cas partout. L’ONG norvégienne Green Warriors accuse les éleveurs de saumon norvégiens de vendre des saumons malades, photographies à l’appui.

En 2014, le saumon génétiquement modifié sera autorisé aux Etats-Unis. Premier du genre, il atteint son poids adulte en 18 mois au lieu de 36. Sera-t-il étiqueté comme tel ?

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Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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