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Megaron Txucarramae (au milieu) montre l’emplacement du futur village dans la zone transfrontalière. A gauche : Raoni. A droite : Gert-Peter Bruch. © Natura Sciences

« Nous avons été reçus par le président [ François Hollande], par beaucoup de personnes importantes et je trouve que l’on a été entendu. Ils ont reçu notre message, nos inquiétudes », estime Raoni Metuktire, chef de la tribu Kayapos, à l’issue de son voyage en France et dans le reste de l’Europe.

Au cours de son voyage en Europe, le chef Raoni a pu partager son inquiétude sur l’avenir de la forêt, du fleuve Xingú, dans l’État du Pará au Brésil, et à propos de la construction du barrage hydroélectrique Belo Monte. « La préservation de la forêt est quelque chose d’important pour le futur et les prochaines générations », martèle-t-il. Le leader veut partager un message de paix et de tolérance. « Je suis ici à nouveau pour vous faire passer ce message, cette inquiétude, afin de voir si ensemble on peut réussir à se respecter mutuellement », affirme-t-il.

Mais le chef Raoni fatigue. Son combat, il le porte depuis 25 ans et l’heure de passer le flambeau est arrivé. « Je suis fatigué, je fatigue, ce voyage c’est mon ultime voyage », confesse-t-il. Trois de ses neveux, dont Megaron  Txucarrame, qui l’accompagne dans ce voyage, vont continuer ce travail et ce combat.

Pour une rencontre rapide avec Dilma Rousseff

Au-delà du peuple Kayapo, « Tous les peuples indiens sont inquiets », affirme Raoni. « Le but de tout ça est de renouer le dialogue avec le gouvernement brésilien qui claque la porte un petit peu à toutes les populations indigènes d’Amazonie », précise Gert-Peter Bruch, Président de Planète Amazone, à l’origine de cette campagne européenne «Urgence Amazonie». De nombreux projets, comme la révision du code forestier et du code minier sont pris à l’encontre des populations indigènes. « Certains leaders sont assassinés », d’autres se suicident, explique ce militant.

Raoni a demandé à François Hollande de s’entretenir avec Dilma Rousseff à propos du barrage et de lui demander d’agir en faveur de l’arrêt de la déforestation. « Le Président François Hollande a donné sa parole », précise le cacique des Kayapos. Le président du conseil européen, José-Manuel Barroso a accepté de faire de même.

 « C’est une campagne très politique », affirme Gert-Peter Bruch. « Le but est de leur redonner une tribune au niveau internationale qu’ils n’ont pas au Brésil », poursuit-il. Nous participons tous au quotidien par notre consommation à la déforestation et donc aux violations des populations indigènes. Cela passe par le soja importé pour notre bétail ou encore l’importation de bois illégal. Les dirigeants politiques doivent agir pour « ne pas avoir un double langage : d’un côté dire que l’on défend les droits de l’Homme et les populations indigènes et de l’autre côté participer à cette déforestation », estime le Président de Planète Amazone.

Un village pour protéger la zone frontalière

Pendant que les coupes illégales se rapprochent des territoires indiens, Gert-Peter Bruch annonce la construction d’un village dans le territoire menacé de Kapot-Ninhore. Ce village, intégralement financé grâce à la générosité des donateurs français durant ce voyage, permettra de surveiller et protéger cette zone frontalière.

En cas de non aboutissement des négociations, la prochaine étape pourrait être de porter ce combat à l’ONU, de façon à faire valoir leurs droits de vivre à leur manière et selon leurs coutumes.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

Pour en savoir plus et pour soutenir l’action de Raoni, rendez-vous sur www.raoni.com


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