Pour l’ONU, les engagements nationaux pris lors de l’Accord de Paris ne limiteront pas la hausse des températures à 2°C d’ici 2100. L’écart est beaucoup trop important entre les besoins et les perspectives de réduction des émissions actées. L’organisation appelle à accélérer l’action à court-terme et accroître le niveau d’ambition à long terme.

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L’ONU estime que l’action climatique doit être largement renforcée d’ici 2020 pour espérer limiter le réchauffement climatique. PHOTO//Wikimedia Commons

En 2030, le monde émettrait encore 52,8 gigatonnes équivalent CO2 (GtCO2) si les contributions nationales (NDC) actuellement actées étaient respectées. Et en fin de siècle, les températures augmenteraient de 3°C par rapport à l’ère préindustrielle. C’est beaucoup trop. Car pour atteindre l’objectif des 2°C, les émissions ne devraient pas excéder 42 Gt en 2030. Et s’il fallait réellement rester sous la barre des 1,5°C, elles ne devraient pas dépasser 36 Gt. La situation est « catastrophique », estime Erik Solheim, directeur de l’ONU Environnement à l’occasion de la parution d’un nouveau rapport.

Une lutte contre le réchauffement climatique difficile

Les contributions des pays ayant pris part à la COP21 ne représentent qu’un tiers de la réduction des émissions nécessaires d’ici 2030. L’organisation des nations unies demande donc aux pays revoir leur copie rapidement, avant 2020. Au total, l’écart à combler est en effet situé entre 11 et 17 Gt. Le graphique est frappant :

Le monde est tout juste parvenu à faire stagner les émissions mondiales de CO2 entre 2014 et 2016. Mais pour faire baisser les émissions qui sont à 51,9 GtCO2 en 2016 à 42 GtCO2, voire 36 GtCO2 en 2030, il va bien falloir perdre entre 10 et 16 GtCO2 en 19 ans. Rien n’est gagné.« Une accélération de la croissance économique mondiale pourrait facilement remettre faire repartir à la hausse les émissions de CO2 », prévient l’ONU. Et d’autres gaz à effet de serre, tels que le méthane, continuent à être de plus en plus rejetés.

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Miser sur certains secteurs pour faciliter la lutte

L’ONU propose de déployer rapidement des solutions éprouvées dans six secteurs clés. À savoir l’agriculture, les bâtiments, l’énergie, la foresterie, l’industrie et les transports. Les experts identifient des réductions pouvant atteindre 36 GtCO2. De quoi largement atteindre les objectifs. Les investissements seraient inférieurs à 100 dollars la tonne de CO2 évitée.

Pour orienter encore davantage les décideurs vers les actions les plus efficaces, l’ONU propose de concentrer l’action seulement dans quelques domaines : énergie solaire et éolienne, reboisement, efficacité énergétique, transports économes et fin de la déforestation. Il serait ainsi possible de faire baisser les émissions jusqu’à 22 GtCO2e. « Toutes ces mesures peuvent être réalisées à des coûts modestes ou même négatifs, et dans la plupart des cas il y a des politiques éprouvées qui peuvent être répliquées », juge l’ONU. L’organisation propose aussi de faire jouer une plus grande part aux acteurs sous-nationaux et non étatiques. A savoir les régions, les gouvernements locaux et les entreprises. Particulièrement, les 100 entreprises les plus polluantes représenteraient environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

L’ONU veut assurer une sortie progressive du charbon

Il n’y aura pas de limitation encadrée du réchauffement climatique sans une sortie progressive du charbon. L’ONU estime qu’il y a 6.683 centrales à charbon en activité dans le monde. Si elles sont opérées jusqu’à leur fin de vie sans système de capture et de stockage de CO2, elles émettront un total de 190 GtCO2e. Et avec les centrales en projet ou en cours de construction, on atteindrait 150 GtCO2e supplémentaires. Pour un total de 340 GtCO2e. En comparaison, le budget restant pour espérer rester sous les 2°C est d’environ 1.000 GtCO2e et de 300 GtCO2e pour rester sous les 1,5°C, estime l’ONU. L’organisation prône donc la fermeture progressive des centrales à charbon et leur remplacement par des énergies renouvelables. Enfin, l’ONU note que le respect des engagements de l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal pour mettre fin aux hydrofluorocarbures permettrait de diminuer les émissions de 0,7 GtCO2e en 2030.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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