Météo-France, le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) et la Ville de Paris dévoilent les résultats du projet Epicea (Etude pluridisciplinaire des impacts du changement climatique à l’échelle de l’agglomération parisienne). Ce projet apporte des éléments scientifiques pour l’étude de différents scénarios d’adaptation au changement climatique à l’échelle de l’agglomération parisienne d’ici 2100.

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Intensité de l’îlot de chaleur urbain dans le scénario « complet » (moyenne des
températures de l’air à 2 m à 4h, 5h et 6 h locales pour les 5 nuits de la canicule). PROJET EPICEA

Comment limiter la formation des îlots de chaleur ? Vous savez, ce phénomène dû à la géométrie des villes, l’imperméabilisation des surfaces, l’absence de verdure, qui fait que les écarts de température entre la ville et les banlieues ou campagnes environnantes peuvent rapidement atteindre plusieurs degrés ?

Les simulations testées dans le cadre du projet Epicea permettent d’explorer des pistes et d’étudier le potentiel de différentes solutions d’adaptation au changement climatique. « Ce type d’études n’est qu’un élément parmi d’autres dans un processus de prise de décision, qui, outre les performances escomptées des solutions envisagées, doit également prendre en compte leurs coûts d’investissement et de maintenance, l’acceptabilité par les autorités et les usagers de la ville ainsi que les incidences de ces mesures d’adaptation sur d’autres facteurs sociétaux », préviennent d’emblée Météo France et le CSTB.

Quels scénarios de changement climatique ?

Deux scénarios d’émission de gaz à effet de serre (A2 et A1) ont permis de faire des projections climatiques avec le modèle ArpègeClimat de Météo-France. Ces scénarios font partie des scénarios de concentration de gaz à effet de serre élaborés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). A2 est associé aux concentrations de gaz à effet de serre les plus élevées et A1B est un scénario intermédiaire, plus optimiste.

Quel changement climatique à prévoir ?

Selon le niveau d’urbanisation, c’est-à-dire suivant que l’on se situe en centre ville, en banlieue ou en campagne, nous devrions connaître une hausse de températures située entre 2 et 4°C d’ici 2100. Les scientifiques observent une tendance sensible vers des hivers plus doux et des étés beaucoup plus chauds qu’aujourd’hui.

Les projections climatiques confirment queles pics de chaleurs et les canicules, comme celle de 2003, devraient être beaucoup plus courants qu’aujourd’hui d’ici la fin du siècle.  Les températures maximales supérieures à +30°C seront en forte expansion, tandis que les températures inférieures à -5°C seront en forte régression.

Quels scénarios d’adaptation étudiés dans Epicea ?

Grâce à des simulations, les chercheurs ont pu rejouer les évènements de la canicule de 2003. A partir de ces simulations, ils ont pu faire varier différents paramètres pour voir ce qu’il se serait passé si différentes techniques d’adaptation avaient été mises en place au préalable. Ces simulations sont d’une grande utilité pour préparer l’adaptation future à ces canicules plus fréquentes.

Avec un recouvrement des façades et des toitures par des matériaux très réfléchissants et fortement émissifs, l’impact simulé sur les températures dans Paris intra muros est relativement important. 1°C de moins est observé en moyenne sur toute la durée de la canicule avec 3°C de moins au maximum à un instant  donné dans le centre densément construit par rapport à la situation de référence.

En recouvrant l’ensemble des terres nues dans Paris intra muros par de la végétation basse (de type herbe) et  la moitié des  chaussées de largeur supérieure à 15 mètres et   en imposant un arrosage suffisant pour permettre l’évapotranspiration, les chercheurs montrent un impact très important en journée : jusqu’à 3 à 5°C à un instant donné !  Et ce, d’autant plus que le taux de végétation est élevé.

Les chercheurs montrent également que le fait d’humidifier l’ensemble des chaussées de la capitale, en journée, par ruissellement d’eau provenant du réseau d’eau non potable de la ville conduit à une diminution de l’intensité de l’îlot de chaleur urbain assez faible, inférieure à 0,5°C en moyenne sur toute la durée de l’épisode, avec des baisses instantanées comprises entre 1 et 2°C. L’impact de cet arrosage est toutefois beaucoup plus sensible en journée que la nuit.

En combinant l’ensemble des trois premiers scénarios, la diminution d’intensité de l’îlot de chaleur urbain atteint 1 à 2 °C en moyenne sur l’ensemble de l’épisode, avec des baisses maximales pouvant atteindre 6°C  en fin de matinée ou en fin d’après-midi.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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