L’ADEME, en concertation avec les éco-organismes, améliore constamment le dispositif de reprise des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Aujourd’hui, la reprise d’un ancien appareil est systématique pour l’achat d’un nouveau. Jean-Charles Caudron, expert à l’ADEME, nous explique la marche à suivre pour s’assurer du bon retraitement de ses DEEE et éviter qu’ils ne se retrouvent dans un atelier de retraitement de fortune d’un pays en développement.

Des enfants traînent parmi un champs de DEEE laissés à l’abandon en Afrique © Ateliers du bocage

« En 2010, 1,61 million de tonnes d’équipements ont été mises sur le marché en France, soit une augmentation de 5 %. Ces tonnages représentent 641 millions d’équipements pour 2010 contre 580 millions en 2009, soit une hausse de 10 %. Cette même année, 433 935 tonnes de DEEE ménagés ont été déclarées collectées », précise la Plaquette Repères Equipements électriques et électroniques de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

Le tonnage d’équipement mis sur le marché chaque année et le tonnage d’équipements ménagers récoltés et traités sont donc connus. En revanche, les spécialistes buttent de façon récurrente pour estimer la quantité réelle de DEEE ménagers jetés chaque année. Bien que ce gisement ne soit pas clairement défini aujourd’hui, il est estimé entre 16 et 20 kg de DEEE par habitant chaque année.

Différentes attitudes à bannir pour booster le recyclage

Aujourd’hui, on récupère en France environ 7 kg de DEEE par an et par habitant. L’objectif des éco-organismes ménagers est d’atteindre un recyclage de 10 kg de DEEE par habitant en 2014. Pourquoi récolte-t-on encore si peu de DEEE ? Plusieurs raisons sont avancées par Jean-Charles Caudron, chef adjoint du Service Filières Responsabilité élargie du producteur (REP) et Recyclage à l’ADEME, pour l’expliquer.

Tout d’abord, on observe un effet de stockage chez les gens. « Il peut s’agir du réfrigérateur au sous-sol qui pourrait servir lors d’un futur déménagement ou qui sert d’armoire de stockage, des téléphones portables dans le tiroir », précise-t-il. « Les petits équipements sont également plus facilement mis à la poubelle grise par les ménages », ajoute-t-il. Ainsi, les particuliers jettent souvent les petits équipements tels que les grille-pains, les lecteurs mp3, les petits jouets électroniques, les câbles électriques et les câbles informatiques dans la poubelle de tous les jours. En 2005, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) estimait que les nord-américains stockaient en moyenne 2 à 3 ordinateurs obsolètes dans leur garage ou dans leur placard. Il estimait également que les trois quarts des machines vendues aux Etats-Unis étaient stockées, attendant d’être réutilisées, recyclées ou jetées.

Il arrive également que certains équipements soient directement placés dans la benne de ferraille des déchetteries et ne soient pas retriés par la suite, d’où l’importance de bien trier les DEEE en amont. Un autre point faible du système actuel réside dans le fait que certains DEEE partent à travers la collecte des encombrants et ne sont pas forcément retriés par la suite par les artisans qui les récupèrent.

Tout distributeur a l’obligation de récupérer un appareil électronique en échange de l’ancien. [1] Cela est valable quelle que soit la taille de l’appareil : machine à laver, réfrigérateur, lave-linge, etc. Pour le petit électroménager, la récupération va encore plus loin car certains distributeurs mettent en place des bacs à l’entrée de leurs magasins. Vous pouvez y placer téléphones portables, lecteurs mp3, bouilloire, grille-pains, etc.

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Des DEEE exportés en Afrique ?

En tant que déchets dangereux, les DEEE nécessitent une certaine dépollution de leurs substances toxiques. Ils nécessitent notamment le retraitement des produits réfrigérants, des métaux lourds présents dans de nombreux appareils, des retardateurs de flammes bromés (PBB, PBDE) et des poudres luminescentes des écrans.

L’exportation des DEEE est soumise aux dispositions d’un amendement à la Convention de Bâle. Depuis 1997, il interdit l’exportation des déchets dangereux des pays membres de l’OCDE vers des pays non membres. Ainsi, l’exportation de DEEE est interdite mais il n’est pas interdit d’exporter des produits d’occasion qui fonctionnent encore. Bien évidemment, ces valorisations se font souvent dans les pays en développement.  Les pays développés peuvent ainsi se débarasser de leurs appareils usés et se débarrasser du problème posé par leur élimination.

Par exemple, beaucoup d’entreprises n’achètent pas leurs produits informatiques. Elles les louent simplement, puis les remplacent. Les produits d’occasion peuvent alors être exportés, notamment en Afrique. Ce matériel fonctionne lorsqu’il quitte son pays d’origine mais finit rapidement en déchets après son arrivée. « On ne peut nier que certaines personnes profitent du système pour exporter des déchets », reconnaît M. Caudron. Près de la moitié des 20 à 50 millions de tonnes de DEEE produits dans le monde finissent donc dans les pays du Sud, notamment en Asie et en Afrique selon le PNUE. [2]

Dans ces pays, les produits encore en état sont réparés et vendus. Les produits défectueux entrent dans les filières de démantèlement des appareils. Ils sont en parti brûlés pour récupérer les métaux qui seront recyclés. Par exemple, les câbles sont brûlés pour récupérer le cuivre ; le plastique l’est pour réduire le volume final des déchets. Les restes sont jetés dans des décharges illégales.

En plein air, ce brûlage est une source majeure d’exposition des travailleurs à des vapeurs toxiques de métaux lourds et de dioxines. Les enfants travaillent souvent dans ces postes de fortune. Suite à la parution du rapport de l’ONU, DEEE ? Où en sommes-nous en Afrique ?, le PNUE précise dans un communiqué « Les enquêteurs ont constaté que l’emploi d’enfants est courant dans les entreprises de récupération de ferraille d’Afrique de l’Ouest. Les activités de ramassage et de démontage sont effectuées par des enfants âgés d’au moins 12 ans, mais des enfants de cinq ans seulement sont parfois recrutés pour des travaux légers, y compris le démontage de petites pièces et le tri de des matériaux ». [3] Bien évidemment, les travailleurs ont peu souvent le droit à des équipements de protection. Les gaz, les solutions acides, les fumées toxiques et les cendres contaminent ces hommes et enfants ainsi que leur environnement.

Le rapport précise que la plupart des équipements électriques et électroniques (EEE) importés sont usagés ou non fonctionnels « Au Ghana, en 2009, les enquêteurs ont constaté qu’environ 70 % de toutes les importations d’EEE se composaient d’EEE usagés ; 30 % des équipements d’occasion importés étaient estimés ne pas fonctionner (et être par conséquent des déchets électroniques), soit une production d’environ 40 000 tonnes de déchets électroniques en 2010 », précise le communiqué.

Un certain travail est tout de même fait en Afrique pour former les industriels à recycler sur place dans de bonnes conditions. Cela se fait notamment à travers les Ateliers du Bocage et leurs projets « Clic Vert » qui ouvrent des centres de traitement respectant les principes du développement durable et y développent des modèles d’économie solidaire et durable.

Comment éviter la route des DEEE vers les pays en développement ?

Lorsque le particulier met ses DEEE en déchèterie, on peut quasiment garantir qu’il n’y aura aucun export illégal de déchets. En effet, les filières sont très bien gérées grâce aux éco-organismes. Plus de 99,9 % des DEEE ménagers récoltés en 2010 ont ainsi été traités en France selon l’ADEME. Le petit pourcentage restant correspond aux lampes qui ont été traitées en Belgique.

En revanche, s’il confie son DEEE à un ferrailleur, il n’a aucune garantie que celui-ci le dépolluera dans les règles de l’art. Également, lors des encombrants, si les appareils ne sont pas repris par la collectivité, mais sont ramassés par un artisan qui est seulement intéressé par une partie de l’appareil, rien ne garantit le retraitement des autres parties. Par exemple, les revendeurs de métaux ne s’occupent pas toujours de dépollution. « C’est comme pour le vol de câbles en cuivre. Sans gaine, le cuivre a de la valeur, alors les revendeurs enlèvent et brûlent le plastique », précise M. Caudron. « Cela se fait rarement dans des usines aux normes » ironise-t-il.

Où finissent les DEEE non triés ?

Aujourd’hui, les appareils jetés dans les poubelles d’ordures ménagères sont directement incinérés avec les ordures ménagères ou enterrés dans les lieux de stockage. D’où l’importance de rapporter ces objets en déchèterie ou en grande surface ! Dans ce cas et à condition de ne pas les confier aux encombrants, vous avez l’assurance qu’ils seront recyclés dans les normes et ne termineront pas dans un atelier de fortune d’un pays en développement.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

 Notes et références

[1] Décret no 2005-829 du 20 juillet 2005 relatif à la composition des équipements électriques et électroniques et à l’élimination des déchets issus de ces équipements.

[2] Rapport PNUE : Déchets électroniques, la face cachée de l’ascension des technologies de l’information et de la communications, 2005, p. 1.

[3] PNUE. La consommation intérieure est le principalfacteur contribuant à l’augmentation des déchetsélectroniques en Afrique . 10 février 2012


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