« La croissance », les politiques n’ont que ce mot à la bouche pour nous sortir de la crise. Mais la croissance classique ne reviendra pas. Voici en résumé ce que veut nous démontrer le nouveau documentaire de Marie-Monique Robin « Sacrée croissance! ».  Après « Le monde selon Monsanto », « Notre poison quotidien » et « Les moissons du futur », Marie-Monique Robin nous dévoile ainsi pendant 90 minutes à quoi pourrait ressembler le monde de demain. Ce documentaire sera diffusé sur Arte le 4 novembre à 20h45. 

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A Toronto, Fresh City Farms crée des potager urbains en bio. PHOTO//MR2FILMS

La crise que nous traversons est multiple. En réalité, il s’agit d’une crise économique (financière et monétaire), sociale (les inégalités, la pauvreté et le chômage progressent) et environnementale (énergétique, climatique, alimentaire, perte de la biodiversité)… Les 3 piliers du développement durable sont touchés, montrant que nous n’arrivons pas à changer de modèle. Dans cette perspective, comment la seule croissance économique pourrait nous en sortir? Comment imaginer une croissance illimitée, alors que les ressources naturelles de la planète sont limitées ? C’est à ces questions que « Sacrée croissance ! » tente de répondre, en mettant en lumière certaines alternatives éprouvées.

Ce documentaire s’intéresse notamment aux solutions alternatives pour sortir des crises alimentaires, énergétiques et monétaires. Portées par des entrepreneurs, des élus locaux et même des gouvernements, plusieurs expériences complémentaires fleurissent pour définir un nouveau modèle, prenant en compte les limites de la planète, les biens communs, le bonheur de la population et l’adaptation au changement climatique. Pendant deux ans, Marie-Monique Robin a voyagé en Europe, Amérique et Asie pour rencontrer ces pionniers, construisant le monde de demain.

L’agriculture urbaine pour la sécurité alimentaire ?

La population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’humains en 2050 ; 80 % vivront en ville. Pour nourrir cette population, l’agriculture conventionnelle consomme actuellement sept calories d’énergie fossile pour chaque calorie alimentaire qu’elle fournit. Dans ce cadre, l’agriculture urbaine est l’une des pistes étudiée pour redonner aux villes leur sécurité alimentaire et pour garder le lien à la terre. Selon l’ONU, 800 millions de personnes dans le monde pratiquent l’agriculture urbaine, essentiellement dans les pays du sud. Mais un véritable mouvement en faveur de l’agriculture urbaine se développe dans les villes du Nord.

Pourquoi ce type d’agriculture séduit-il tant ? Et bien, parce qu’il permet d’internaliser l’ensemble des coûts, réduire la dépendance au pétrole et aux pesticides, augmenter la sécurité alimentaire et développer les liens communautaires.

A Toronto, au Canada, « Sacrée croissance ! » suit l’entreprise sociale Fresh City Farms qui crée des potager urbains en bio. La ville a même créé 120 potagers urbains sur ses espaces publics. Une étude de l’Université de Toronto montre que cette ville de 6 millions d’habitants pourrait couvrir jusqu’à 30 % de ses besoins en fruits, légumes et petit élevage grâce à l’agriculture urbaine. A Rosario, en Argentine, 300 petits maraîchers débutants sont installés sur 22 hectares de terrains municipaux pour produire leurs fruits et légumes. Cela permet de lutter contre l’exclusion sociale en fertilisant d’anciennes décharges.

Les monnaies locales pour sortir de la crise monétaire et sociale ?

Parce que le changement passe par la relocalisation de l’économie et de l’emploi, plusieurs collectifs lancent des monnaies locales. Près de 2 000 monnaies locales circulent actuellement dans le monde. En 2013, une trentaine ont été créées ou étaient en cours de création dans les pays germanophones, et une vingtaine en France.

Ces monnaies permettent de favoriser la richesse localement puisqu’elles ne peuvent être utilisées que dans le quartier, la ville ou la région où elles ont été créées. Elles installent les échanges commerciaux à l’écart du système des taux d’intérêt, de l’endettement et de la spéculation. Etant déconnectées des grands flux globaux et de ressources, elles stabilisent l’économie. En cas de rupture du système plus large, elles permettent ainsi de continuer à acheter des aliments ou payer les travailleurs.

« Sacrée croissance ! » montre l’exemple de la monnaie locale « Palmas », dans un ancien bidonville brésilien. Elle a permis d’inverser totalement la donne : alors que seulement 20 % des familles faisaient leurs achats en majorité dans le quartier en 1997, elles étaient 93 % en 2011 ! Plus de 240 entreprises ont vu le jour pour les besoins fondamentaux des 30 000 habitants du quartier. Marie-Monique Robin prend ensuite la route de Traunstein, ville de 20 000 habitants en Allemagne. Ceux-ci utilisent une monnaie régionale, avec 400 000 autres habitants.

Le PIB remplacé par le bonheur national brut ?

Le PIB mondial a doublé en 43 ans, entre 1870 et 1913 ; en 25 ans, entre 1973 et 1998 ; en 12 ans, entre 1998 et 2010. Mais depuis le début du 20e siècle, les émissions de CO2 ont aussi subi une croissance exponentielle. Malgré la progression du PIB qui ne se base que sur l’activité économique, les inégalités se creusent : l’indice de l’inégalité des revenus (gini) a progressé de 10% en moyenne entre le milieu des années 1980 et la fin des années 2000. Le risque de chômage et les inégalités progressent, et le sentiment de satisfaction stagne depuis les années 60 dans les pays où le pib dépasse 15 000 $/habitant. Dans ce même temps, le montant de la dette mondiale (hors dettes des ménages) s’est envolé : il atteignait 100 000 milliards de dollars en 2014 et a été multiplié par deux et demi depuis 2000.

Au final, le PIB est-il un bon indicateur de croissance? La croissance d’un indicateur basé uniquement sur la production de richesse peut-il nous aider à sortir de la multicrise que nous traversons? Les experts intervenant dans le film sont formels : cette croissance est terminée et ne reviendra pas. La fin de l’ère des énergies bon marché et la dépendance croissante à la dette en sont des signes frappant. L’augmentation du PIB ne dit rien sur la santé du patrimoine naturel et la bonne santé sociale. Alors que pouvons-nous faire? Simplement remplacer le PIB par l’indicateur du Bonheur Intérieur Brut (BIB  ) pour évaluer la croissance des pays. Le Bouthan l’a fait, Marie-Monique Robin nous montre comment ce pays va à l’encontre de la communauté internationale.

Vers la transition énergétique ?

Localement, les énergies renouvelables peuvent considérablement changer la donne. Outre l’exemple bien connu du Danemark qui mise sur le développement de l’énergie éolienne, saviez-vous que le Népal menait une politique volontariste pour développer la micro-hydro-électricité et les méthaniseurs ?

15% de l’électricité consommée au Népal provient de micro-turbines. Grâce au soutien de l’agence de promotion des énergies alternatives, 300 000 panneaux solaires ont été installés ainsi que 300 000 méthaniseurs individuels dans les fermes du pays. Par digestion, le fumier permet de produire du méthane qui est utilisé dans les cuisines. Marie-Monique Robin dresse un panorama de ce chantier.

Sacrée Croissance sera diffusé sur Arte le 4 novembre à 20h45. Il est aussi disponible en livre et en DVD sur Amazon.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • Kasdi Luisita

    Bonjour, est ce que vous avez besoin d’aide ? je peux participer ?

  • matthieucombe

    Bonjour, merci pour votre intérêt, pour nous aider, vous pouvez rédiger des articles (http://www.natura-sciences.com/devenez-redacteurs-environnement), parler de nous (http://www.natura-sciences.com/soutien) ou faire un don (http://bit.ly/1DPSeKe)

  • romain

    Bonjour,
    Article très intéressant !!! Merci !!
    Par contre il aurait été bien d’eviter de finir avec un joli lien Amazon… (une entreprise qui exploite ses salariés, feinte pour payer le moins de charges possibles, qui au niveau impact écologique est treees loin d’être exemplaire et tue le commerce de proximité)
    Vous pouvez bien évidemment préciser que le livre est en vente dans toutes les librairies de proximités (en stock ou sur commande) que c’est pas plus cher ni beaucoup plus long que par amazon et que favoriser le commerce de proximité c’est pas forcement l’idéal mais tout de même plus responsable !!