Un rapide sondage effectué dans la rue vous le montrera tout de suite : une bonne partie de la population croit que François Hollande a l’intention de réformer le système financier en coupant les banques en deux, voire même qu’il l’a déjà fait. Ceci est, bien sûr, faux.

séparation banques François Hollande

Les banques seront-elles un jour coupées en deux ?

À l’origine de cette croyance populaire, il faut revenir au discours du Bourget du candidat François Hollande (22 janvier 2012), en pleine campagne présidentielle, où il s’était exclamé : « Mon véritable adversaire, (…) c’est le monde de la finance ». Avait suivi son laïus sur la séparation des activités bancaires. Mais une fois n’est pas coutume, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…

Ainsi, un an et demi plus tard, force est de constater que rien n’a été changé dans le système financier. Et que la « loi de séparation et de régulation des activités bancaires » votée par le Parlement les 17 et 18 juillet 2013 ne sépare rien et ne régule pas grand-chose.

Le principe de la séparation des banques

Pourtant, une séparation stricte des banques, telle que Roosevelt l’avait définie en 1933 aux Etats-Unis (le Glass-Steagall Act, abrogé en 1999)[1] et de Gaulle en 1945 en France (loi 45-15 du 2 décembre 1945, abrogée en 1984 par le trio Mitterrand- Mauroy-Delors), permettrait de remettre à plat le système financier : nous vivons effectivement une grave crise économique qui ne peut aller qu’en empirant tant que ce type de mesure n’aura pas été prise. Les risques pris par les spéculateurs sur des marchés financiers totalement débridés est en effet un danger pour l’ensemble du système.[2]

La séparation serait donc réinstituée entre banques de dépôt-crédit d’un côté, chargées de collecter l’épargne des ménages et des entreprises et de la leur réallouer sous forme de crédits ; et de l’autre côté, banques d’affaires, chargées de la tenue de marché, c’est-à-dire des activités les plus risquées.  Les banques de dépôt-crédit verraient leur activité protégée et favorisée par l’Etat, tandis qu’on laisserait couler tranquillement les banques d’affaires si elles étaient amenées à avoir des pertes massives… ce qui est largement le cas aujourd’hui.

Ainsi, si les banques d’affaires et leurs clients veulent aller spéculer sur tout et n’importe quoi, la chose sera encore possible – le but de ce type de réforme n’est pas d’interdire le casino – mais les pertes se feront à leurs dépens et en toute connaissance de cause. Tout le problème est qu’aujourd’hui les « banques universelles » tiennent en otage l’épargne : lorsque leurs pertes sont trop grosses, elles viennent quémander à l’Etat des renflouements, en prenant prétexte que si elles coulent, l’épargne des honnêtes citoyens se retrouvera dans le fond avec elles. [3]

Ainsi couper les banques en deux aura pour effet principal de dissuader les spéculateurs en ne leur donnant plus accès à l’épargne.

Former un lobby citoyen contre le lobby bancaire

Bien évidemment, dès lors que vous amenez ce type d’idée, vous pouvez être sûrs de ne pas plaire au puissant lobby bancaire. La loi préparée par notre ministre des Finances Pierre Moscovici s’est donc vue particulièrement affadie par rapport aux grandes déclarations de Hollande au Bourget. Les ministres et leurs conseillers, les députés et sénateurs, ont effectivement laissé défiler dans leurs bureaux une ribambelle de dirigeants de banques voulant éviter une vraie réforme.[4]

Alors certes, la loi est déjà passée. Mais la bataille de la réforme bancaire n’est pas finie : il revient à chaque citoyen de se former sérieusement sur la question, Internet regorgeant de plus en plus de documents à ce sujet. Sans une population beaucoup plus alerte et active politiquement, il n’y a pas de raison que nos dirigeants changent de direction. Aller voir son député, son conseil municipal, son conseiller général, et le mettre sérieusement en garde contre ces dérives économiques en montrant l’alternative, devrait être le premier travail de chaque citoyen. L’exemple des Etats-Unis, où trois projets de loi pour revenir au Glass-Steagall Act ont été déposés au Congrès, devrait nous inspirer.

Car si nous passons notre temps à renflouer des banques d’affaires qui ont perdu au casino avec notre argent (que ce soit notre argent de déposant ou notre argent de contribuable), il est tout à fait normal de voir se réduire les budgets publics alloués à l’environnement[5], à l’éducation, à la santé, ou tout simplement pour que les entreprises se comportent de façon écologiquement responsable. C’est ainsi toute la question de l’avenir de notre société et du monde qu’on laisse aux générations futures, qui est posée par le phénomène économique. Face au lobby bancaire, il nous revient de mettre en place un lobby citoyen.

Auteur : Théodore Rottier, militant Solidarité & Progrès, contribution volontaire



[1] Bill Clinton, alors sous la pression de l’affaire Lewinsky, avait abrogé cette loi en 1999, se soumettant à la volonté de Lawrence Summers, son Secrétaire au Trésor. On sait que par la suite Summers traînera dans les mêmes milieux d’affaires auxquels il avait ouvert la porte en mettant fin à la séparation des banques. Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, Obama milite tous azimuts pour que Summers soit nommé à la tête de la Réserve fédérale américaine en automne prochain.

[2] C’est aujourd’hui bel et bien l’ensemble du système financier qui est en faillite, les engagements pris par les spéculateurs sur des marchés fictifs à haut risque étant bien plus importants que les engagements liés à l’économie réelle.

[3] Les renflouements envers la Grèce sont typiques de ces pratiques : les Etats européens mettent au pot pour renflouer les budgets de l’Etat grec. Mais cet argent finit le plus souvent directement dans les bilans des banques à qui la Grèce doit des intérêts – particulièrement si ce sont des intérêts usuriers, pratique courante sur le marché des obligations d’Etat.

[4] Les banquiers ne s’en cachent pas. L’auteur de l’article s’étant placé non loin de l’Assemblée nationale le jour du vote de la loi pour interpeler les députés, un des passants se retourna vers lui en lui montrant avec un sourire entendu le logo du Crédit Agricole qu’il arborait sur son porte-documents.

[5] L’argument de certaines personnes qui consiste à dire qu’elles n’ont pas à s’intéresser à l’économie car elles en font déjà suffisamment dans le domaine de l’écologie ne tient ici plus. En effet, mettre en place des mesures écologiques relève d’un budget conséquent, qu’on ne trouvera jamais dans le cadre du système économique actuel. Tout bon écologiste devrait donc dire : « Sauvons la planète en coupant les banques en deux ! »

La rédaction vous conseille aussi :