«Survivre au péril plastique», le nouveau livre de Matthieu Combe, fondateur de Natura Sciences, paraît aujourd’hui aux éditions Rue de l’Echiquier. L’ouvrage dresse un panorama de la pollution plastique mondiale, en explique les causes et les conséquences dans l’air, l’eau et les sols, avant de s’attaquer aux solutions à tous les niveaux. Entretien.

survivre au péril plastique

Survivre au péril plastique, le nouveau livre de Matthieu Combe paraît le 21 mars.

Chaymaa Deb : Votre nouveau livre est très complet sur toute la chaîne du plastique, comment avez-vous procédé?

Matthieu Combe : Il faut mieux comprendre la pollution plastique pour mieux agir à la source. J’ai donc voulu comprendre comment le plastique est développé, produit, comment il est transformé et recyclé. J’ai également exploré les impacts sur les animaux dans les océans et les effets connus et suspectés sur la santé humaine. Au cours de mon enquête, je me suis entretenu avec des fabricants, des plasturgistes, des marques et des recycleurs. J’ai aussi rencontré des professionnels des eaux usées, des associations, des chercheurs et des politiques. C’est plus de 40 rencontres, une vingtaine de témoignages d’acteurs le long de la chaîne de vie du plastique. J’ai également visité des centres de recherche, des centres de tri, des décharges, des usines de fabrication et de transformation, des stations d’épuration… L’idée était de confronter les défis industriels et techniques avec les grands enjeux liés à la pollution et les attentes des citoyens.

C.D. : Effectivement, le «plastic bashing» se développe de plus en plus, qu’en pensez-vous?

M.C. : Le grand public redoute toujours plus le plastique, souvent à raison, parfois à tort. Les discours se multiplient pour bannir les plastiques superflus et réduire l’usage unique. Il y a des invitations à déplastifier sa vie, se libérer du plastique. Il me semble toutefois qu’il y a un certain décalage entre l’apparente prise de conscience dans le grand public et les solutions les plus souvent mises en avant. En France, en s’équipant d’un mug et d’un cabas ou en achetant en vrac, on réduira un peu le poids de nos poubelles, le nombre de plastiques incinérés ou mis en décharge, mais on ne diminuera pas la pollution océanique. Soyons toutefois clairs ! Ces nouveaux modes de consommation sont une bonne chose et font partie de la solution puisque chaque français jette en moyenne 10 kg de plastiques par semaine ! Simplement, ils ne suffisent pas.

C.D. : Quelles sont les causes principales de la pollution plastique océanique?

M.C. : En France, nous avons de la chance, la majorité des déchets se retrouvent dans une poubelle. Au bout du compte, le recyclage ne concerne que 22% des plastiques. 34% sont mis en décharge et 44% sont valorisés énergétiquement. Toutefois, ces chiffres ne prennent pas en compte les taux de rejets sauvages et il reste un enjeu ici à relever. Il y aurait en effet quelques 36 000 décharges sauvages sur le territoire. Tout rejet sauvage peut finir dans une rivière, puis dans la mer.

Le plus grand enjeu pour mettre fin à la pollution océanique réside dans la collecte à 100% des plastiques en fin de vie dans tous les pays du monde. C’est la première condition pour pouvoir imaginer un jour les recycler à 100%. Mais on en est loin. Selon l’OCDE, 2 milliards de personnes n’ont pas accès à la collecte des déchets. Dans plusieurs pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du sud, entre 60% et 90% des déchets sont mal gérés. Les déchets s’y retrouvent majoritairement dans des décharges à ciel ouvert ou sauvages. Le recyclage y est assuré par un secteur informel et se déroule dans des installations sommaires. Les conditions sanitaires et de sécurité sont très mauvaises. Seuls quelques plastiques sont récupérés. Le reste s’accumule dans les villes, la nature, les décharges, et les océans.

Le deuxième enjeu capital porte sur la gestion des eaux. Selon l’ONU-Eau, 80% des eaux usées mondiales sont directement rejetées dans l’environnement, sans aucun traitement. Dans les pays les plus pauvres, seules 8% des eaux usées subissent un traitement rudimentaire. En Europe et en Amérique du Nord, 95% des eaux sont traitées. Mais il faut encore éviter les déversements d’eaux sans traitement durant les orages. Et mieux filtrer les microplastiques en stations d’épuration.

C.D. : Quelles priorités retenez-vous après deux ans d’enquête?

M.C. : Dans la deuxième partie de mon livre, je fais le tour des projets pour nettoyer les eaux, créer des filières de transition, arrêter les rejets à la source, valoriser 100 % des plastiques, développer des bioplastiques, favoriser la réutilisation. Ces solutions sont mises en place par des entreprises, des startups, des collectivités, des ONG et des citoyens. Tous ces projets sont utiles pour mettre fin à la pollution plastique.

L’important est d’arrêter de déverser du plastique un peu partout. Pour cela, il faut des infrastructures de gestion et de traitement des eaux et des déchets. Il faut également que l’ensemble des marques soient responsables de la fin de vie de leur produits. Dans la plupart des pays du monde, une entreprise peut vendre un produit en plastique ou emballé dans du plastique, sans se soucier de sa fin de vie, même s’il n’y a aucune collecte des déchets. C’est la raison pour laquelle on retrouve autant de plastiques dans l’environnement. Il faut aussi que l’ensemble des acteurs travaillent collectivement et que les pays prennent de réels engagements contre la pollution.

Nous avons actuellement un mix de production plastique à hauteur de 92% de pétrole, gaz et charbon, 7% de recyclé et 1% de biosourcé. Il faut inverser la tendance pour avoir le maximum de recyclé, de biosourcé (de préférence compostable), issu de déchets organiques et, peut-être demain, de CO2.

«Survivre au péril plastique», 256 pages, 20€ paraît ce jeudi 21 mars aux éditions Rue de l’Echiquier. A retrouver chez votre libraire ou commander ici.

Propos recueillis par Chaymaa Deb, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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