Mardi 20 mai 2014 à 20h50, Arte diffuse « La tragédie électronique », une enquête coup de poing sur nos déchets électroniques. Comment finissent-ils en Afrique ou en Asie ? Quels sont les circuits utilisés par les trafiquants ? Comment certains composants recyclés peuvent-ils nous menacer ? Réponses de Cosima Dannoritzer.

tragédie électronique

La tragédie électronique est le nouveau documentaire de Cosima Dannoritzer (Prêt à jeter)

En 2013, à l’échelle de la planète, environ  50 millions de téléviseurs à écran plat,  300 millions d’ordinateurs et 2 milliards de téléphones portables et smartphones ont été vendus. Que va-t-il leur arriver en fin de vie ? Un quart va être recyclé. Pour le reste, « 75 % des déchets électroniques européens se retrouvent dans une décharge, chez un ferrailleur ou passent illégalement les frontières », affirme Cosima Dannoritzer, réalisatrice de « La tragédie électronique ».

Après le documentaire Prêt à jeter, consacré à l’obsolescence programmée, Cosima Dannoritzer s’intéresse à l’exportation illégale des déchets électriques et électroniques (DEEE) européens et américains vers l’Afrique et l’Asie. Son enquête commence dans la décharge sauvage d’Agbogbloshie, au Ghana, là où elle avait achevé son enquête précédente. Car, loin de s’amenuiser, le phénomène s’accentue rapidement ! Depuis 2010, le nombre de conteneurs de ces déchets arrivant au port de Tema, le principal port du Ghana, est passé de 300 par mois  à 450 à 600 aujourd’hui.

A la recherche de filières illégales d’exportation

Au Ghana, les déchets électriques et électroniques importés sont brûlés en plein air pour récupérer quelques métaux. Face à ce désastre, Mike Anane, journaliste ghanéen se rend en Angleterre pour essayer de comprendre comment les déchets peuvent arriver là. Il s’entretient avec la Mairie de Leeds, la police de West Yorkshire et la gendarmerie du comté de Derbyshire, dont de vieux ordinateurs se sont retrouvés… au Ghana !

Au Royaume Uni, la moitié des déchets électriques et électroniques arriverait sur le marché noir : le recyclage y est fait par entreprises privées qui vendent les déchets au plus offrant. Les déchets peuvent ainsi être apportés à un point de collecte légal par les consommateurs et ensuite entrer dans filière illégale….

Cosima Dannoritzer part ensuite en Espagne. Là, comme en France, les vols dans les déchèteries augmentent. En parallèle, beaucoup de ferrailleurs traitent les déchets illégalement, sans équipement adéquat ni autorisation. C’est la cause principale des exportations illégales.

La lutte est loin d’être gagnée

Les Etats-Unis n’ont pas ratifié la convention de Bâle, 1er traité international interdisant l’exportation et le trafic des déchets toxiques. Et pour cause : ils produisent 9,5 millions de tonnes de DEEE par an, qui partent pour la plupart à l’exportation. 20 à 40 containers de déchets quittent les ports américains chaque jour. La plupart se dirigent vers Hong-Kong. Ce ne sont pas les seuls : 63 000 conteneurs arrivent au port de Hong-Kong chaque jour. Jusqu’à 100 d’entre eux contiendraient des déchets électriques et électroniques.

En Chine, les travailleurs qui démontent les vieux ordinateurs récupèrent parfois aussi les puces électroniques pour les revendre. 35 000 commerçants et courtiers vendent des composants et des puces de seconde main sur internet ou sur des marchés de l’électronique. La valeur de ces transactions est estimée à plus de 100 milliards d’euros par an. Les déchets électriques et électroniques se négocient librement sur des plateformes internet.

Ce commerce de l’occasion engendre des dangers là où les puces électroniques jouent des rôles clés : train, avions, voitures, centrales nucléaires, appareils médicaux, etc. Il est de plus en plus difficile pour les entreprises qui fabriquent les systèmes de contrôle de ce genre d’équipements de faire la différence entre des puces neuves et d’occasion et donc de s’assurer de la durée de vie réelle de leurs équipements.

En 2012, l’Europe a décidé de renforcer les contrôles pour endiguer le flot de ces importations et exportations. Mais en quelques reportages édifiants, on voit qu’elle n’est pas au bout de ses peines. Il faut une demi-journée à un officier des douanes de Hambourg pour contrôler le contenu d’un conteneur, sachant qu’il en voit passer 10 000 chaque jour…

Exportation illégale de DEEE : à qui la faute ?

« La chaîne de responsabilités englobe le particulier qui laisse son vieil ordinateur sur le trottoir, les magasins qui refusent de le reprendre alors qu’ils en ont l’obligation, les salariés d’une déchetterie qui acceptent un pot-de-vin. Mais il y aussi les conteneurs qui passent entre les mailles du filet dans les ports, le crime organisé, les gouvernements qui ne légifèrent pas sur la question, les pays comme la Chine qui revendent les matières premières ou les composants contenus dans ces déchets… » explique Cosima Dannoritzer.

Les principales destinations des exportations illégales de déchets électriques et électroniques sont : l’Afrique, la Chine, l’Europe de l’Est, l’Inde et les Philippines. L’Amérique du sud devient une destination de choix.

L’organisation mondiale des douanes estime que 10% du trafic par conteneurs dans le monde concerne des biens dangereux ou illégaux, incluant les déchets électriques et électroniques. Ce trafic a donc encore de beaux jours devant lui si le problème n’est pas enfin pris au sérieux !

Bande-annonce de « La tragédie électronique »

Pour plus loin sur la situation française

– Bien trier ses DEEE pour assurer leur recyclage dans les norme

– Comment doubler le recyclage des DEEE en 5 ans?

– Le recyclage des DEEE peine à augmenter

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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