Dans Eléphants sans défense (diffusé ce soir à 20h45 sur France Ô, 52’), Alexandre Fronty et Alexandra Combe montrent comment et pourquoi les éléphants sont en voie d’extinction. L’espèce pourrait disparaître d’ici une vingtaine d’années.

éléphants ivoire

Ivoire en provenance de Côte d’Ivoire confisqué aux douanes de Hong Kong en octobre 2013 © IFAW/A. Hofford

Les éléphants ne comptent plus que 30 000 survivants en Asie et 400 000 en Afrique, soit vingt fois moins qu’au début du XXe siècle. Torturé pour être dressé, exploité pour le bûcheronnage, massacré pour son ivoire… un éléphant serait tué toutes les 15 minutes !

Au Laos, la Fête de l’éléphant rendait hommage à l’animal. Mais l’espèce y est aujourd’hui au bord de l’extinction : il n’en reste plus qu’un petit millier. L’objectif initial de la Fête laisse aujourd’hui la place à une véritable fête foraine : les éléphants y font des spectacles, on y élit l’éléphant de l’année…

Des éléphants braconnés pour leur ivoire

Plus de 30 000 éléphants auraient été tués par les braconniers en 2012. La tuerie est organisée en Afrique pour les débouchés asiatiques. La Chine représente à elle seul les trois quarts de la demande mondiale. Sur les marchés du Laos, les bibelots et bijoux en ivoire y sont vendus aux touristes, bien que la loi interdise leurs sorties du territoire. Face à un touriste inquiet, un commerçant conseille tout simplement « Vous n’aurez qu’à dire aux douaniers que c’est de l’os de buffle ». Un autre vendeur déclare « 90% de l’ivoire est illégal ». Dans les rues de Bangkok, il est très facile de trouver de l’ivoire. La Thaïlande est devenue une plaque tournante du trafic d’ivoire. Après la drogue, la contrefaçon, le trafic d’êtres humains, le trafic d’ivoire est devenu le quatrième marché illégal au monde.

En 5 ans, le prix de l’ivoire a triplé en Asie. Sur le marché asiatique, l’ivoire brute se vend 1200 euros le kilo. A chaque échelon, le commerce est juteux pour les trafiquants. Ainsi, un braconnier touche environ 90 €/kg d’ivoire, un revendeur 1200€/kg et un marchand d’ivoire sculpté 5400€/kg.

Un trafiquant explique que le trafic reste rentable même si un seul container sur 10 passe les douanes. Avec des défenses vendus à 1200 €/ kg, un container donne un bénéfice de 930 000 euros s’il arrive à bon port. Mais selon Interpol, les saisies ne représenteraient que 10 % des marchandises illégales ! Les trafiquants peuvent donc encore vivre des jours heureux.  Ce trafiquant explique aussi comment un de ses contacts arrive à faire passer des containers aux douanes de Macao pour un « droit de passage » de 75 000 euros.

L’enquête se poursuit sur un site d’exploitation de bois. Au Laos, l’éléphant est utilisé majoritairement pour l’exploitation forestière et y est souvent maltraité. Les éléphants « bûcherons » travaillent dans les forêts les plus reculées, impossibles d’accès pour les machines. Ils peuvent ainsi tirer des troncs pesant  jusqu’à 2 tonnes sur plusieurs kilomètres.

Contrer l’extinction des éléphants

Au Laos, on ne compte que 2 naissances d’éléphanteaux pour 15 morts d’adultes. Face au manque d’initiatives publiques, Sébastien Duffilot et Gilles Maurer créent en 2002 ElefantAsia, un centre pour la conservation de l’éléphant et des cliniques mobiles. Ils se battent également pour encourager la natalité de l’éléphante auprès de son cornac qui, lui, y voit plutôt un frein à son activité. Gilles Maurer va jusqu’à leur proposer d’accueillir la « future maman ». Le cornac reçoit en échange une indemnité, financée par les entrées payées par les touristes qui visitent le centre de 100 hectares. D’autres ONG, notamment l’Elephant Nature Park (ENA), l’Environmental Investigation Agency), le Fonds mondial pour la santé ou le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) protègent et combattent le braconnage.

De nouveaux modèles de développement se définissent lentement. Les éléphants bûcherons pourront facilement être reconvertis grâce à l’éco-tourisme. Il faudra en revanche éviter les camps d’éléphants qui offrent des ballades à la chaîne ou des spectacles de cirque. La Thaïlande n’a pas échappé à ce touriste de masse. Le Laos y parviendra-t-il ?

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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