Il était une forêt, le nouveau film de Luc Jacquet nous plonge dans une forêt primaire en reconstitution. Ravagées par l’Homme tout autour de la planète, combien de temps faudra-t-il aux forêts primaires pour se régénérer ? Voici le point de départ de ce voyage initiatique au cœur des forêts primaires tropicales, mettant en scène Francis Hallé, botaniste de renom. La réponse laisse pantois : rien de moins que 7 siècles !

il était une forêt

Francis Hallé monte au sommet de la canopée. © Disney

« Plutôt que de partir d’un tout trop foisonnant pour être visible, j’allais entièrement reconstruire la forêt sous les yeux du public. J’ai donc imaginé une terre dévastée qu’on laisserait tranquille pendant sept siècles. La forêt se reconstruit comme un puzzle sous les yeux des spectateurs jusqu’à son point d’équilibre, c’est-à-dire le point ultime de reconnexion entre tous les êtres vivants qui la constituent. » explique Luc Jacquet, réalisateur de Il était une forêt.

Nous assistons à cette nouvelle naissance à l’écran : de la première pousse des arbres pionniers, jusqu’à leur mort 50 ans plus tard, nous regardons la vie des premiers habitants de la forêt reprendre son cours. Grâce à la mort de ces pionniers, les plantules des arbres post-pionniers  bénéficient d’un sol enrichi et d’une lumière solaire complète. Ces nouveaux arbres forment la forêt secondaire.

Durant plusieurs siècles, de nouvelles essences se développent et luttent pour aller à la rencontre du soleil. Les interactions entre plantes et animaux se développent. Enfin, lorsque la faune et la flore ont suffisamment repris leur place, les arbres géants de la forêt primaire renaissent. La canopée dévoile alors toute sa splendeur, tel un tamis végétal ininterrompu. Elle plonge le sous-bois dans l’obscurité, faisant disparaître peu à peu la végétation au sol, notamment les nombreuses lianes représentantes des forêts secondaires.

Mieux comprendre la forêt

Ce film nous enseigne avec passion l’évolution de la forêt, nous livre quelques-uns de ses secrets et nous ne pouvons qu’être émerveillés par sa grandeur. De façon claire et compréhensible, Luc Jacquet et Francis Hallé nous expliquent la symbiose qui existe entre les arbres, la faune, les champignons et les bactéries.  En outre, c’est un écosystème complexe et très fragile !

« L’idée était de montrer en permanence la relation que les arbres entretiennent avec les êtres vivants, faire comprendre que les arbres manipulent littéralement la faune pour leur propre dessin. Les plantes passent leur temps à séduire les animaux, simplement parce qu’elles ont besoin de leur mobilité pour transporter leur pollen et leurs graines, comme si elles faisaient appel à des coursiers », précise Luc Jacquet. En effet, pour assurer leur descendance, les arbres ont plus d’un tour dans leur sac ! Ils attirent les pollinisateurs par le nectar pour qu’ils dispersent leur pollen ; leurs glands ou les noyaux de leurs fruits sont transportés par les disperseurs. Voici une vraie manipulation : les arbres nommés cecropia sécrètent de faux œufs sur leurs feuilles pour attirer les fourmis. Celles-ci les prennent pour de vrais œufs, s’installent dans l’arbre et le défendent contre les parasites destructeurs, notamment les chenilles.

Nous apprenons que les arbres communiquent entre eux grâce à  de nombreux parfums. Ils appellent aussi la pluie à l’aide de molécules odorantes. Ils piègent ainsi la vapeur d’eau contenue dans l’air, forment des nuages et disposent ainsi en permanence d’un stock de pluie au-dessus de leur tête. « J’ai appris que les arbres communiquent entre eux, qu’ils pallient leur immobilité en utilisant les animaux, que ce sont des virtuoses de la biochimie, ils ont inventé un langage volatil où chaque mot est un parfum », raconte Luc Jacquet.

Le réalisateur a recourt à des animations pour nous montrer la régénération de la forêt dévastée. Il a superposé ces animations aux images réelles de la forêt, filmées au Gabon et au Pérou. Il ne voulait pas d’images filmées en accéléré ou d’images de synthèse. « Je n’avais pas plusieurs siècles devant moi », ironise-t-il pour justifier son « parti pris ». Il ne voulait pas qu’il puisse y avoir de doute possible entre les images réelles et le point de vue du botaniste relayé par ses dessins. En revanche, il tenait à faire vivre la forêt pour montrer quelque chose de nouveau au spectateur ! « Nous ne vivons pas assez longtemps pour voir pousser les arbres ! Je me suis dit qu’en nous servant du cinéma pour jouer avec les échelles de temps, nous pourrions rendre visible le mouvement végétal qui est à l’œuvre partout dans cette forêt. Partant de là, on pouvait montrer au grand public un spectacle qu’il n’avait jamais vu ».

Rappelons que si vous souhaitez agir en faveur de la préservation des forêts primaires, vous pouvez notamment choisir les produits bois porteurs des labels FSC et diminuer votre consommation de viande !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

Bande-annonce de Il était une forêt– au cinéma depuis le 13 novembre


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