La quatrième révolution. Réalisé par : Carl-A. Fechner en 2010. 1h22. Note : 3/4

La quatrième révolution. Réalisé par : Carl-A. Fechner en 2010. 1h22. Note : 3/4

Le réchauffement climatique, les menaces liées au nucléaire et l’épuisement des ressources fossiles nous poussent à lancer la quatrième révolution: celle des énergies renouvelables. Le réalisateur Carl-A. Fechner démontre que des solutions simples existent pour passer progressivement aux énergies renouvelables dans les trente ans à venir. Ceci n’est pas un doux rêve utopique. Pour preuve : son documentaire présentant divers endroits du monde où les énergies conventionnelles ont été abandonnées et remplacées par le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la géothermie et l’énergie des vagues. La quatrième révolution est à l’énergie ce que Solutions locales pour un désordre global est à l’agriculture: un documentaire qui apporte des réponses concrètes applicables immédiatement.

Ce documentaire nous emmène visiter une péninsule au nord-ouest du Danemark, peuplée de 50 000 habitants. Autonome en énergie, sa production provient d’éoliennes et de petites centrales de production de chaleur et d’électricité fonctionnant avec du gaz issu de la biomasse. Plus besoin de grandes centrales à charbon et de systèmes hypercentralisés. Place aux solutions « à petite échelle, au niveau de la famille, de la ferme, du village, de la région », explique Preben Maegaard, un pionnier dans ce domaine. La région a été récompensée pour son autonomie énergétique, elle fournit même de l’électricité à d’autres territoires du pays. Un rêve devenu réalité !

Direction la Californie : un cimetière d’anciennes éoliennes gâche le paysage. Si chacune de ces éoliennes était remplacée par une éolienne de nouvelle génération, la production équivaudrait à celle de 5 centrales nucléaires… A Oslo, Jan-Olaf Willums, père de la première voiture électrique de série commercialisée en Europe décrit l’avenir de la voiture électrique tel qu’il l’imagine : des flottes de voitures qui non seulement consommeront de l’électricité mais seront en mesure d’en prêter en cas de besoin, à certaines heures de la journée. Il montre également un parking avec un toit recouvert de panneaux photovoltaïques, permettant de recharger les voitures garées en dessous…

L’enjeu est encore plus crucial dans les pays du tiers monde. En Afrique, 500 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Les énergies fossiles s’avèrent être aussi coûteuses que dans les pays du Nord : la majorité des habitants ne peut donc pas se les payer. Pour 40 pays, les importations d’énergie pèsent même plus dans la balance commerciale que le total des exportations ! Les énergies renouvelables devraient donc s’imposer comme une évidence. Au Bangladesh, 60 % des habitants s’éclairent au kérosène, faute d’électricité. Dans le pays, des milliers de femmes sont formées aux énergies renouvelables. Désormais, 3 millions de personnes peuvent s’éclairer et faire fonctionner des appareils électroniques grâce au solaire ou au biogaz.

Les économies d’énergies sont aussi abordées. Ainsi, le siège social du groupe juwi en Allemagne est considéré comme l’un des bâtiments les plus efficaces en énergie au monde. Son coût énergétique est d’environ 2 € par m2 par an soit quasiment quinze fois moins que pour un ménage allemand ! Le site conjugue un ensemble de technologies d’économies d’énergie et il est alimenté par un cocktail énergétique alliant éolien, solaire et biomasse.

La parole est donnée à Fatih Birol, économiste en chef à l’Agence internationale de l’Energie (AIE) tout au long du film. Ce dernier est radicalement opposé à l’idée défendue par la majorité des intervenants. Pour lui, il est utopique d’imaginer que d’ici quelques décennies, toute notre énergie sera renouvelable. L’AIE s’attend à une hausse de la demande énergétique de 45 % d’ici 2030. D’après ses prévisions, le pétrole, le gaz et le charbon répondront à 80 % de cette demande supplémentaire. Cette quatrième révolution serait cependant réellement possible d’après le réalisateur à condition qu’il y ait une volonté politique forte. Le vrai tournant n’aura en effet lieu que si un signal fort est adressé par les gouvernements au grand public à l’aide d’incitations financières intéressantes. Il ne faut donc pas laisser les grands groupes d’énergies fossiles ou nucléaires décider, car sinon rien ne changera. Dans ce sens, les systèmes de capture et stockage de CO2 sont des tentatives pour échapper aux énergies renouvelables. Ces systèmes coûteront très chers, de l’ordre de 150 millions d’euros supplémentaires par an pour une centrale à charbon… Pas sûr que cela soit rentable ! « Pour passer des énergies conventionnelles aux énergies renouvelables, il nous reste trente ans au plus, soit l’espace d’une génération active ! », à en croire Carl-A. Fechner.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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