MIF Expo, le salon des produits et innovations « Made in France » se déroule du 14 au 16 novembre  au Parc des expositions de la Porte de Versailles. A cette occasion, nous remettons en lumière le documentaire « Made in France, l’année où j’ai vécu 100% français », diffusé en début d’année. Ferez-vous mieux que Benjamin Carle ?

benjamin Carle made in France

Benjamin Carle, l’Homme labellisé « Origine France Garantie » s’est fait tatoué un coq sur le bras pour se rappeler son expérience. © Xavier Lahache

Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif qualifiait ce documentaire d’« expérience extraordinaire », de « phénomène ». Pour lui, il « s’inscrit dans un mouvement de société très profond où les Français prennent conscience qu’ils ont la possibilité d’intervenir sur leur destin économique ». « Le consommateur peut être un acteur de la production, sauver les emplois, défendre des savoirs faires, faire en sorte que nous continuions à être des producteurs », précisait-il.

Made in France, l’année où j’ai vécu 100 % français

Ce documentaire de 90 minutes a été produit par Canal + et diffusé en Mars 2014. Il a rassemblé un million de téléspectateurs entre les 2 diffusions, ce qui est le meilleur score pour un documentaire sur Canal+ depuis 10 ans.

Ce film part du pari d’un journaliste de vivre pendant 9 mois intégralement en Made in France. Pour lancer son expérience, il fait venir dans son appartement un auditeur « Origine France Garantie ». Le résultat est impressionnant : moins de 4,5 % de ses équipements et produits sont « made in France » ! Il devra donc se débarrasser de 95,5 % de ses affaires et les remplacer par des produits « Origine France Garantie », c’est-à-dire des produits dont au moins 50 % de la valeur ajoutée est acquise en France.

N’acheter que du « Made in France » : mission impossible ?

C’est là que la galère commence. Car trouver de l’électroménager, des textiles et des produits de consommation courante fabriqués en France relève souvent du parcours du combattant et est, parfois, tout simplement impossible.

Ainsi, en France, on ne fabrique plus de télévisions, de téléphones portables, de frigidaires, de jeans, de préservatifs, etc. Il ne reste plus qu’un seul fabricant de congélateur. Les seules machines à laver encore fabriquées en France s’ouvrent sur le dessus : ce n’est pas très pratique lorsque Benjamin comptait mettre la sienne sous son plan de travail… Lorsqu’il retrouve sa compagne, il lui annonce la bonne nouvelle pour les 9 mois de l’expérience. « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’on a un sèche-linge, la mauvaise, c’est qu’on n’a pas de frigo », tente-t-il. Il fera donc ses courses le plus souvent au jour le jour et utilisera son rebord de fenêtre en guise de frigo. « C’était chinois, mais c’était pratique au moins », ironise Benjamin.

Pour les produits de consommation courante, la pêche est également bien maigre : on peut encore trouver un rasoir jetable à une lame (les « 3 lames » de la marque sont produits en Grèce) et une brosse à dent. Durant cette année, il se coupera donc les ongles à l’opinel, fera sa machine à la main, ne boira que de la chicorée, mais pourra boire de la bière Origine France Garantie…

N’oublions pas non plus qu’un chanteur est considéré comme « français » s’il chante en Français. Benjamin pourra donc écouter Michel Sardou, Céline Dion, Jacques Brel et les nouveautés françaises… mais pas les Daft Punk ou Arcade Fire puisqu’ils chantent en Anglais !

Au final, Benjamin s’en sort plutôt bien. Au bout de 9 mois d’expérience, l’auditeur revient et annonce la bonne nouvelle : Benjamin est parvenu à atteindre « 96,9 % de produits made in France » ! Il obtient donc son label symbolique « Origine France Garantie » et la Médaille du Ministère du Redressement Productif.

Pourquoi la production a-t-elle disparu ?

En une dizaine d’année, l’industrie s’est rapidement délocalisée en Asie, en Europe de l’Est ou en Afrique du Nord. A présent, c’est au tour des sociétés de services de se délocaliser. En 2000, encore 61,5 % de la production de PSA se faisait en France. En 2013, ce n’était plus que 30 %. Du côté de chez Renault, ce n’est que plus que 18 %. En parallèle à Casablanca, les centres d’appels pour les sociétés étrangères se multiplient. Orange, GDF-Suez, la Poste, la RATP… font appel à cette délocalisation. Même l’intranet de l’éducation nationale est géré au Maroc !

Au milieu de la mondialisation, la guerre des prix a poussé les entreprises à aller produire dans des pays où la main d’œuvre est meilleur marché. Ainsi, les produits Made in France sont souvent plus chers, mais de meilleure qualité. Par exemple, un tee-shirt coûte 1 € à produire en Chine, mais 15 € en France. Cela est simplement dû à la différence de salaire : si le salaire moyen français est de 1650 €, il n’est que de 186 € en Chine. Le tee-shirt français sera donc finalement forcément beaucoup plus cher… Le résultat ne s’est pas fait attendre : si le secteur du textile français embauchait 1 million de personnes en 1980, il n’en embauche plus que 100 000 aujourd’hui.

Ce documentaire interroge intelligemment le spectateur, sans jamais tomber dans la moralisation. Disons-le clairement : Chez Natura Sciences, on a adoré cette expérience ! Sans pour autant aller vers le 100 % Made in France et son parapluie à 140 euros, tout le monde peut en effet participer à son échelle, avec ses moyens. Benjamin Carle l’avoue lui-même : cette expérience l’a transformé, mais « le 100 % made in France, c’est impossible ».

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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