Water makes money. Réalisé par Leslie Franke et Herdolor Lorenz en 2010. 1h22. Note : 3/4

Water makes money. Réalisé par Leslie Franke et Herdolor Lorenz en 2010. 1h22. Note : 3/4

Dans Water makes money, Jean-Luc Touly, ancien cadre de Veolia, rompt la loi du silence. Il dénonce les partenariats public-privé dans les contrats de gestion de l’eau, ce qu’il appelle « l’arnaque public-privé ». Dans ceux-ci, le patrimoine reste la propriété de l’Etat, mais la gestion des infrastructures est déléguée à des sociétés privées. Parmi celles-ci, Veolia Environnement et Suez Environnement tiennent le haut de l’affiche. En France, ces deux multinationales assurent 80% de l’approvisionnement en eau. Dans le cas parisien, le syndicat des eaux d’Ile de France (SEDIF) gère l’eau de 144 communes, soit 4 millions d’usagers. Le contrat était détenu de 1985 à 2009 par Veolia pour un montant de 300 millions d’euros. Les prix auraient alors augmenté de 103%. En 2009, l’eau est remunicipalisée. La gestion revient à la régie publique Eaux de Paris. Ainsi, 30 millions d’euros sont économisés, ce qui permet d’assurer la stabilité des prix.

A Grenoble, la gestion de l’eau était détenue par la Lyonnaise des Eaux de Suez Environnement. Le maire de la ville jusqu’en 1994, Alain Carignon, a été condamné à 5 ans de prison (dont 1 avec sursis) pour avoir reçu 2 millions d’euros de pots de vin par la multinationale. Libéré en 1998, il revient en politique et reste très proche de Nicolas Sarkozy pendant sa campagne électorale. Depuis, la gestion de l’eau a été remunicipalisée et après 10 ans, les prix de l’eau ont fortement baissé et les travaux sur les infrastructures ont été multipliés par trois.

Selon, l’UFC-Que choisir, les différences de prix sont considérables entre les situations de gestion par régie publique et par entreprise privée. Ainsi, des baisses de prix de 30 à 40% pourraient être obtenues dans des villes telles que Bordeaux, Montpellier ou encore Marseille.

Le documentaire explique avec brio un aspect trop souvent passé sous silence de ce système : le droit d’entrée payé par la société privé à la collectivité. Il s’agit d’un « cadeau » d’entrée à la collectivité, mais étant en réalité un prêt déguisé. A Toulouse, ce droit d’entrée a été de 437.5 millions de francs, mais un audit des rapports financiers de Veolia a montré que l’intégralité de ce droit d’entrée était en réalité remboursé  par les usagers, avec intérêts. A présent, ce système est interdit en France, mais reste très utilisé à l’étranger. Ainsi, dans la ville allemande de Brunswick, l’eau potable, les déchets, l’électricité et le traitement de l’eau ont été privatisés. Concernant l’eau, Veolia ne paie aucune infrastructure. Les travaux sont financés par le crédit et intégralement payés par le contribuable.

Le Forum Mondial de l’Eau en prend également pour son grade. Fondé par Veolia, Suez, la Banque Mondiale et d’autres acteurs du milieu, il s’agirait d’une foire commerciale où les multinationales déclarent être indispensables à la résolution des problèmes de l’eau. Elles y assurent leur influence sur le secteur de l’eau aux Nations-Unies. C’est une occasion rêvée pour développer des contrats privé-public.

La question soulevée dans ce documentaire est primordiale car deux tiers des contrats de partenariat public-privé français arrivent à terme d’ici à 2014.

Quelques faits en bref

– A Bordeaux, une hausse des prix de 30% a été notée dans les trois premières années de gestion et Suez Environnement a dû rendre 233.7 millions d’euros à la collectivité suite à un audit confirmant que de grandes économies avaient été faites par le groupe.

– Les  fuites d’eau sur les canalisations se situent, en moyenne, entre 3 et 12% en gestion publique, alors qu’elles atteignent 17 à 27% en gestion privée.

– La gestion de Veolia à Nairobi a engendré une hausse de 40% des prix de l’eau.

– En Uruguay, Suez Environnement a demandé une multiplication par 8 du prix qui était établi par la régie.

– Montpellier : Veolia a versé 1.2 millions d’euros de pots de vin en 1996.

– Il est très important de protéger la ressource en amont, par exemple, en prônant l’agriculture biologique près des zones de captage. C’est le cas à Grenoble ou à Munich.

– En bretagne, l’eutrophisation fait rage à cause des nitrates rejetés par l’agriculture et les élevages intensifs.

– Johannesburg, Nairobi, Stuttgart, Hamilton, etc. sont quelques exemples de villes où la gestion de l’eau a été remunicipalisée.

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Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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