J’ai commencé mon wwoofing en octobre, en Bourgogne puis en Bretagne. Si vous hésitez à vous lancer, ce témoignage vous aidera peut-être à vous décider. Place à ma première expérience, en côte d’Or chez des pionniers de la bio.

Potager d’André Risetti, autonome en fruits et légumes biologiques. PHOTO//Sourire et nature

Yeux bleus qui pétillent et barbe blanche, André Risetti, 70 ans, me fait visiter sa ferme. Depuis vingt ans, des wwoofers du monde entier viennent façonner ce lieu. Certains ont posé les tuiles du toit, d’autres ont construit un pont. Tous participent au potager, qui permet à André d’être automne en fruits et légumes bio.

Le premier jour, je construis un bout de mur en pierres, avec trois autres wwoofers. Une fois la rangée terminée, André nous suggère d’aller méditer. Je suis un peu étonnée. Puis je me souviens qu’il est un grand admirateur des communautés de l’Arche, fondées par Lanza del Vasto (1901-1981). Inspirées des ashrams indiens de Gandhi, elles reposent sur la non-violence, le travail de la terre et l’éveil spirituel. Je tente de méditer au soleil… Et tiens trois minutes avant d’ouvrir un bon bouquin.

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Un mode de vie très écolo

Les autres jours se passent à ramasser des noix ou confectionner des bocaux de sauce tomate pour l’hiver. André partage avec nous son mode de vie durable. Ici, tout ou presque va au compost (en plein air, à côté des toilettes sèches). Celui qui n’a dépensé que 150 euros en vêtements au cours de sa vie pousse à fond les principes de l’économie circulaire. L’eau puisée à la fontaine est utilisée pour boire, faire la vaisselle ou se laver à l’écuelle.

Plusieurs fois par semaine, André propose à ses wwoofers d’aller aider son frère Luc. Ce dernier est maraîcher bio et possède 4 hectares de terres, à quelques minutes de voiture. D’habitude, Luc voit d’un mauvais œil les particuliers qui, comme son frère, reçoivent des wwoofers. Mais ici, la fraternité et l’entraide l’emportent toujours. Le lundi, je me porte donc volontaire pour ramasser les pommes de terre à la main. À genoux sur un hectare de terre et de brume, je déterre les tubercules.

wwoofing champs bio

Chez Luc, le frère d’André, j’ai ramassé des pommes de terre à la main. A cause de la sécheresse, elles étaient profondément enfouies dans le sol. PHOTO//Cyrielle Chazal

« Il faut être masochiste pour être maraîcher bio »

À cause de la sécheresse, les patates sont petites, peu nombreuses et profondément enfouies dans le sol. Luc, en difficulté économique depuis six ans, s’inquiète. À la fin de la journée, j’ai un peu honte de mes courbatures, quand je repense au dur quotidien des maraîchers bio. « Je travaille 10 à 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Je ne prends qu’une semaine de vacances par an. Il faut être passionné mais aussi un peu masochiste. Quand on travaille avec la nature, il faut oublier la phrase ‘’tout travail mérite salaire’’. » Psychologiquement, il faut donc être solide.

Outre le travail aux champs ou sous serre, Luc doit préparer les légumes pour le marché et les paniers pour son Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). S’ajoutent les trajets en voiture : une fois par semaine, il se rend au marché de Boulogne, en Île-de-France. La paperasse liée à la gestion de l’entreprise est aussi chronophage.

Le dernier jour, après une semaine au grand air, les adieux sont difficiles. J’ai découvert ici un irréductible îlot écolo, qui résiste encore et toujours aux assauts de la société de consommation. Grâce aux frères Risetti, j’ai aidé dans un petit jardin potager et, à l’opposé, dans une exploitation de plusieurs hectares. Pour découvrir la taille intermédiaire, je pars poser mon sac à dos dans une micro-ferme (environ un hectare). Cap vers le Morbihan.

Le dossier de la semaine est consacré au woofing. À venir :

Auteur : Cyrielle Chazal, journaliste environnement


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