En France, la question du burn-out (ou syndrome d’épuisement professionnel) semble avoir été délaissée par les pouvoirs publics. Non reconnu officiellement comme maladie, mal défini, ce nouveau fléau gangrène le monde du travail.

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Une période de burn-out ou épuisement professionnel peut, au-delà du travail, avoir des répercussions dans toutes les sphères de la vie et entraîner une dépression. PHOTO//Pixabay

Suite à un rapport émis par l’Académie nationale de médecine en février 2016, Marisol Touraine, ministre de la Santé, avait annoncé la mise en place d’un groupe de travail réunissant médecins, experts et chercheurs pour mieux cerner le phénomène de burn-out et les différents modes de prises en charge.Suite à cette annonce de la ministre, le bureau de la commission des affaires sociales a mis en place une mission d’information en mars 2016. Elle procédera à un état des lieux et formulera des propositions pour améliorer la situation. Les auditions ont débuté en juillet et la mission devrait rendre son rapport en décembre 2016.

Le burn-out ne figure pas dans les « tableaux » de maladies professionnelles de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. Il peut néanmoins être reconnu comme maladie professionnelle « hors tableau ». Pour cela, le salarié doit établir, devant un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, que la maladie est, essentiellement et directement, causée par son travail habituel et qu’elle entraîne une incapacité permanente d’un taux au moins égal à 25 %. Ce comité est composé du médecin-conseil de la Sécurité sociale, d’un médecin inspecteur du travail et d’un praticien qualifié. Pour faciliter la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles, le décret n° 2016-756 a été voté le 7 juin 2016 : pour la première fois, des psychiatres sont associés aux travaux d’évaluation menés par ces comités régionaux.

En juin 2015, l’Institut de Veille Sanitaire estimait que le burn-out représente environ 7 % des 480 000 salariés en souffrance psychologique liée au travail, soit un peu plus de 30 000 personnes.

Le burn-out vu par l’Académie nationale de médecine

Le rapport émis par l’Académie nationale de médecine en février 2016 n’avait pas été tendre avec les pouvoirs publics qui semblent désormais réagir. Il notait que le Ministère de la Santé et l’Inserm ne s’étaient pas emparés du problème.Par ailleurs, il remarquait que les entreprises ne sollicitent pas les services de santé et les médecins du travail pour mettre en place les stratégies de promotion de la santé mentale en leur sein. Lorsqu’elles existes, celles-ci sont le plus souvent mises en oeuvre sous l’égide des seules ressources humaines.

Selon l’Académie nationale de médecine, le burn-out est « un état d’épuisement psychologique (émotionnel), mais aussi cognitif (avec une perte de motivations et des difficultés de concentration) et physique (« coup de pompe »), qui se présente sous forme de symptômes traduisant une réaction de détresse à une situation de stress en milieu professionnel ». Les symptômes regroupent plusieurs dimensions : « épuisement émotionnel, dépersonnalisation, réduction de l’accomplissement personnel ». Mais du point de vue biologique, les experts ne parviennent pas encore à expliquer complètement ce qui mène à l’épuisement professionnel.

Comment survient le burn-out ?

Les travailleurs qui traversent une période d’épuisement sont en situation de stress chronique et ont une charge de travail généralement élevée. Les facteurs causant le burn-out se regrouperaient en six grandes catégories : « exigences du travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, manque de soutien social et de reconnaissance, conflits de valeur, insécurité de l’emploi et du travail », précise l’Académie. Le harcèlement moral serait ainsi un facteur de risque important. Il faudrait y ajouter des facteurs individuels liés à la personnalité du sujet qui pourraient engendrer une vulnérabilité accrue. Plusieurs auteurs ont mentionné le rôle des traits de personnalité dans l’apparition d’un burn-out . « On a notamment invoqué la présence d’un neuroticisme élevé, de difficultés à gérer le stress, des tendances au perfectionnisme, une propension à l’hyperactivité et à l’addiction au travail », relève l’Académie. Néanmoins, « le burn-out ne figure dans aucune des classifications actuelles des troubles mentaux », note l’Académie.

Si les facteurs sont multiples, qu’est-ce qui déclenche un burn-out concrètement ? « Selon certains auteurs, les facteurs personnels entreraient en compte dans 40 % des causes de l’épuisement professionnel et les facteurs organisationnels dans 60 %. Parmi ces derniers la qualité du management tient une place déterminante », relève l’Académie. « À chaque instant, par ses comportements, ses décisions, ses pratiques, le manager peut être un facteur de risque ou un facteur de protection pour la santé de ses équipes », précise-t-elle.

Quels sont les conséquences d’un burn-out ?

Une période d’épuisement professionnel peut, au-delà du travail, avoir des répercussions dans toutes les sphères de la vie et entraîner une dépression. Certaines personnes peuvent souffrir de troubles de l’alimentation, avoir des problèmes de toxicomanie ou, à l’extrême, des pensées suicidaires.
Le burn-out se manifeste différemment chez les personnes atteintes. Les manifestations les plus fréquentes « affectent le système cardiovasculaire (risque coronarien), la fonction sommeil, l’appareil musculo-squelettique (douleurs chroniques), la sphère affective (humeur dépressive, mauvaise estime de soi, anhédonie), les relations interpersonnelles (détachement, indifférence, irritabilité) », énumère l’Académie.

Les données épidémiologiques sur le burn-out sont à ce jour très insuffisantes. La présence de conduites addictives ou de manifestations somatiques (hypertension artérielle, douleurs chroniques, diabète sucré…) est tantôt considérée comme élément constitutif du burn-out tantôt comme complication.

Comment soigner un burn-out?

Certains sujets en burn-out peuvent souffrir en silence et s’automédicamenter. A renfort de « psychostimulants (amphétamines, cocaïne, caféine, modafinil) pour tenter de recouvrer un niveau élevé de performances professionnelles » et « d’alcool et anxiolytiques pour réduire l’angoisse », liste l’Académie.

Pour se remettre d’un burn-out, les patients sont éloignés du travail, suivent généralement une thérapie médicamenteuse antidépressive et une psychothérapie pour regagner l’estime de soi. Le recours systématique aux antidépresseurs et anxiolytiques ne devrait pourtant pas être systématique, note l’Académie. « D’autres traitements, mieux adaptés à une « forme subclinique de dépression/SSPT », devraient être développés », précise-t-elle.

Comment mieux déceler un burn-out?

Dans ses conclusions, l’Académie recommande la mise en place urgente de campagnes d’information sur la santé mentale par le Ministère de la Santé. Elle préconise aussi le développement de collaborations entre la médecine du travail et le management de l’entreprise. Par ailleurs, elle invite à mettre en place des programmes de formation pour les étudiants en médecine et les professionnels de santé.

Enfin, l’Académie propose la mise en place d’une structure capable de faciliter la coopération entre les ministères concernés (Travail, Santé, Recherche), à l’instar de ce qu’il existe pour d’autres questions de santé et sécurité publique telles que les toxicomanies ou la sécurité routière.

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AuteurMatthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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