obésité malnutrition

La Joconde de Léonard de Vinci (à gauche) ressemblerait aujourd’hui plutôt à celle de Botero (à droite)

En 60 ans, la surcharge pondérale est devenue un fléau mondial qui touche déjà 22 % de l’humanité. Selon les estimations mondiales de l’OMS pour 2008, 1,5 milliards de personnes sont en surpoids. Parmi elles,  500 millions sont obèses. [1] En 2010, 43 millions d’enfants de moins de cinq ans étaient concernés : 35 millions habitaient dans des pays en développement et 8 millions dans des pays développés.

Pendant ce temps, environ un milliard d’hommes ne mangent pas à leur faim. Il y aurait donc plus de personnes en surpoids que souffrant de sous-alimentation. Le développement de l’obésité et des maladies associées – diabète, hypertension, pathologies vasculaires, inflammatoires, certains cancers –  est également inquiétant.

Encore très présente en Afrique sub-saharienne et en Asie, la malnutrition provoque chaque année la mort de 3 à 5 millions d’enfants d’après l’UNICEF. La Corne de l’Afrique – la Somalie, l’Ethiopie, l’Erythrée et le Kenya – est particulièrement concernée. Les médias s’intéressent de temps en temps à la question. En 2011, 12 millions de personnes y étaient menacées de mort par une terrible famine liée à la sécheresse.

Les Etats-Unis « à la pointe » de l’obésité

Tous les continents sont concernés par l’obésité, mais les Etats-Unis remportent la palme d’or. Plus d’une personne sur deux y est en surpoids et une personne sur trois y est obèse.

L’obésité se développe aussi rapidement en France. Elle est passée de 8,5 % en 1997 à 14,5 % en 2009 ; environ 33 % de la population serait en surpoids. La surcharge pondérale touche des enfants de plus en plus jeunes : 16 % des enfants sont désormais en surpoids, alors qu’ils n’étaient que 5 % en 1980. Le diabète de type 2 apparaît chez l’enfant, alors que cette pathologie était inexistante il y a seulement quelques décennies. Les enfants mangent trop d’aliments très caloriques riches en graisses, en sucres et sels, mais pauvres en vitamines, minéraux et autres micronutriments… Associé à une sédentarité croissante, cette alimentation conduit à une hausse de l’obésité, tant chez les enfants que chez les adultes. On voit là l’importance de donner à tous, notamment aux plus pauvres, un accès facile et abordable au sport et à un régime alimentaire sain. Aux Pays-Bas, où plus du quart des déplacements se fait à vélo, le taux d’obésité est l’un des plus bas d’Europe.

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Une société qui mange mais ne se dépense plus

L’automatisation a totalement transformé nos sociétés. La voiture nous évite de marcher, que cela soit pour aller poster une lettre ou acheter de la nourriture à emporter. L’ascenseur ou l’escalateur nous évite de monter les escaliers. Nous avons créé un environnement nocif pour notre organisme, car les appareils électroménagers nous remplacent dans tous les domaines. Nous avons diminué nos dépenses quotidiennes d’énergie de plusieurs centaines de calories, mais nous mangeons plus qu’avant ! Les enfants d’aujourd’hui sont nés dans ce monde inactif et seront les premiers à en pâtir. Pourtant, il y aurait de nombreux avantages à augmenter nos dépenses énergétiques quand on y regarde de plus près. En utilisant moins la voiture, par exemple, on réduit nos dépenses énergétiques, on augmente notre effort physique, on dépense moins d’essence et on diminue notre impact environnemental. On est gagnant sur toute la ligne !

Les perturbateurs endocriniens au nouveau banc des accusés

Il serait trop simpliste de limiter aujourd’hui les facteurs de l’obésité uniquement à ceux susmentionnés. On sait que le tissu adipeux n’a pas pour seule fonction le stockage de l’énergie en situation d’abondance et sa libération en situation de carence. Les chercheurs ont découvert qu’il produit de vraies hormones et des protéines proinflammatoires. Selon l’Académie des sciences, ces dernières sont probablement impliquées dans la régulation de la prise alimentaire et dans l’apparition du diabète de type 2. Elles jouent aussi un rôle dans les autres complications associées à l’obésité : hypertension artérielle, infarctus du myocarde, cancer de l’utérus et de la prostate. Le contrôle neuro-hormonal de la prise alimentaire et/ou de la dépense énergétique révèle toute sa complexité.

Ces signaux endocriniens, métaboliques et digestifs sont en communication avec le cerveau, le foie, le tube digestif, les muscles, etc. Le rôle des polluants est également à l’étude. Des substances issues de l’industrie du plastique (phtalates, organotines) interfèrent en effet dans la régulation de l’adipogenèse. Les polluants organiques persistants, comme les dioxines, les furanes et les polychlorobiphényles (PCB), bioaccumulables dans le tissu adipeux et identifiés comme des perturbateurs endocriniens, sont aussi considérés comme des perturbateurs métaboliques qui pourraient contribuer au développement de l’obésité.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

Notes et références

[1] L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a défini l’Indice de Masse Corporelle (IMC) comme le standard pour évaluer les risques liés au surpoids. Cet indice se calcule en divisant la masse d’une personne par sa taille élevé au carré. Entre 18 et 25, la personne a une corpulence normale. Entre 25 et 30, elle est en surpoids. Au-delà de 30, elle est obèse. Au dessus de 40, on parle d’obésité morbide ou massive.

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