Générations Futures publie sa nouvelle enquête portant sur l’analyse de poussières dans les maisons de riverains de zones cultivées. Entre 8 et 30 pesticides sont détectés dans les poussières des 22 foyers testés, sur les 61 pesticides recherchés, couramment utilisés en grande culture, en viticulture ou arboriculture.

pesticides poussière

L’échantillon de poussière le plus pollué, mesuré par Générations Futures, contient 0,1 % de pesticides.

Les riverains ayant participé à l’étude sont unanimes : le dialogue avec les agriculteurs est souvent difficile. Le simple fait d’être prévenu des jours d’épendange, et connaître les produits utilisés serait pour eux, une grande avancée. Mais alors, y a-t-il lieu de s’inquiéter ?

Des échantillons de poussière ont été prélevés chez 22 riverains de zones agricoles en juillet 2015 grâce à des kits de prélèvement fournis par Kudzu Science. Des échantillons supplémentaires ont été prélevés en janvier 2016 chez 5 de ces riverains, afin d’évaluer la persistance des pesticides dans les maisons.

Les résultats sont assez éloquents : en moyenne, près de 20 pesticides ont été détectés dans chaque habitation, dont 12 susceptibles d’être des perturbateurs endocriniens, selon la base de données TEDX. Trois pesticides sont retrouvés dans tous les foyers (perméthrine, tebuconazole et dimethomorph), ainsi que le diuron dans 90 % des cas, bien qu’interdit en France depuis 2008. Si certains pesticides proviennent d’usages de pesticides et biocides à la maison ou dans les jardins, les résidus retrouvés (à part la perméthrine et la cyperméthrine) semblent provenir pour la quasi-totalité d’un usage exétieur et très probablement d’un usage agricole.

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Des poussières de pesticides dangereuses pour la santé ?

La plus faible concentration mesurée est de 0,27 mg de pesticides par kg de poussière ; la plus forte de 112,7 mg/kg. Soit 0,1 % de pesticides dans cet échantillon de poussière. La moyenne se situe à 17,6 mg/kg, soit près de 0,002 %. La concentration totale des pesticides quantifiés diminue entre l’été et l’hiver, entre 30 % et 95 %, ce qui montre que la concentration diminue, mais que l’exposition est chronique tout au long de l’année.

« Ce sont les éventuels niveaux de résidus de pesticides retrouvés dans les aliments et pour lesquels les évaluations de risque démontrent une absence de risque pour le consommateur », essaye de rassurer le Collectif d’agriculteurs Sauvons les Fruits et Légumes de France. Néanmoins, les études toxicologiques portant sur ces produits s’intéressent aux expositions aiguës ou à long-terme sur des concentrations élevées. Les données concernant les expositions chroniques à de faibles doses sont très peu documentées. Par ailleurs, les matières actives des pesticides sont évaluées substance par substance, sans prendre en compte l’effet cocktail lié à un mélange de pesticides.

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Malgré le faible nombre d’échantillons et le fait que cette enquête « ne prétend pas être parfaitement représentative de l’exposition à des pesticides agricoles de l’ensemble des personnes vivant en zone agricole cultivée de manière intensive », les résultats semblent robustes et complètent les informations qui ont déjà été obtenus par ailleurs. « Pour 6 molécules analysées dans ce rapport et recherchées par ailleurs par l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur dans les poussières sédimentées de 145 logements, les fréquences de détection de notre étude sont identiques ou très proches de celles de l’OQAI », précise le rapport de l’étude.

A la vue de ces résultats, Générations Futures insiste : il faut protéger les enfants, mais aussi les populations sensibles, notamment les femmes enceintes et, plus largement, les femmes en âge de procréer. « Il ne faut pas arrêter de traiter qu’à côté des écoles, mais aussi près des habitations où vivent les femmes en âge de procréer, alerte François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Sinon on refait la même erreur qu’avec le bisphénol A : on a d’abord retiré les biberons, mais pas les boîtes de conserve ». Sans cette prévention, les futures mères contamineront inexorablement leurs enfants à naître. L’association interpelle également le Gouvernement français, afin qu’il agisse urgemment auprès de la Commission européenne pour définir les critères des perturbateurs endocriniens.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences pour Techniques-ingenieur.fr


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