La nouvelle Réglementation Bâtiment Responsable (RBR2020) vise à développer des bâtiments plus sobres en énergie et à l’empreinte écologique réduite. Elle intégrera aussi la question de la qualité de l’air intérieur. Les professionnels devront ainsi préciser les impacts directs d’un matériau sur la santé.

RBR2020 bâtiment

La RBR2020 prendra en compte les émissions des matériaux et leur impact environnemental. PHOTO//Pxhere.com//CCO

Comment construire mieux et à moindre coût? C’est l’ambition des industriels soucieux de développer des solutions innovantes pour répondre à la future Réglementation Bâtiment Responsable – RBR2020. Prévue, sans suspens, pour 2020. Celle-ci prendra notamment en compte la notion de bien-être des occupants. À cet effet, elle intégrera la qualité de l’air intérieur et la performance environnementale globale des bâtiments.

Identifier les émissions polluantes à la source

Les matériaux de construction et produits de second œuvre (peintures, vernis, etc.), émettent des composés organiques volatils (COV). Et ce, en quantité non négligeable dans les logements individuels et collectifs. Selon l’Observatoire de la Qualité de l’Air intérieur (OQAI), quelque 900 COV différents peuvent être détectés dans l’air intérieur des bâtiments. Dans la même logique, une ventilation défaillante favorise l’humidité et le développement de moisissures, facteurs d’allergies et d’infections.

Pour mieux appréhender ces nouveaux enjeux, le ministère de l’Environnement, l’ADEME et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) ont mené un programme de recherche, PRIMEQUAL, sur la qualité de l’air dans les environnements intérieurs. Les résultats présentés en février 2017 confirment le développement de polluants microbiologiques généralement présents dans les espaces clos. « Parmi eux, figurent les micromycètes, champignons microscopiques, capables de proliférer sur la plupart des matériaux de construction et de décoration dès lors qu’ils disposent de conditions environnementales adaptées », fait savoir le rapport d’étude. Les matériaux de construction doivent donc être pérennes et sains en matière de performance environnementale et de qualité sanitaire du bâti.

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Comment analyser les risques pour la santé?

Choisir les matériaux les moins émissifs relève de la gageure. Ces matériaux doivent remplir certaines performances : résistance mécanique, durabilité, isolation thermique, fongicide, incombustible, innocuité, etc. Entre la brique, le parpaing, le bois, le béton ou l’acier, un rapide comparatif montre combien il est difficile de faire les bons arbitrages tant les écobilans sont complexes à analyser. « Le béton, principale application du ciment, est le matériau de construction le plus utilisé au monde. Avec la mise en place du Plan National Santé – Environnement, l’évaluation des risques sanitaires liés à certaines pollutions de l’environnement porte aujourd’hui sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit depuis sa fabrication jusqu’à sa destruction ou recyclage», souligne le Centre d’information sur le ciment et ses applications (CIM Béton). Avant de préciser : « Les professionnels doivent néanmoins apporter des précisions sur les éventuels impacts directs d’un matériau sur la santé et l’environnement ».

Certaines substances susceptibles d’être à l’origine d’émission de COV peuvent ainsi être présentes dans la composition du béton : agent de mouture, adjuvants, agents de démoulage… Cependant, elles n’ont aucune incidence sur la qualité de l’air intérieur puisqu’elles sont emprisonnées dans la ciment. Le CSTB, par exemple, a réalisé des tests sur des échantillons de blocs creux de béton quatre semaine après leur fabrication suivant la norme XP ENV 13419-1 en 2003. Ces tests ont montré, selon le protocole européen ECA/IAQ, que ces « éléments étaient faiblement émissifs », et par conséquent, ne représentaient pas un risque pour la santé. Des résultats confirmés fin 2015 par le Centre d’Études et de Recherches de l’Industrie du Béton (CERIB). « Les tests ont prouvé que le béton est très faiblement émissif de COV – ce qui le classe au niveau A+(2)-, et qu’il a un très bon comportement vis-à-vis des moisissures ». Matériau inerte et minéral utilisé depuis l’Antiquité, le béton bloque en effet le développement des micro-organismes présents dans l’air (moisissures, bactéries…).

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Le bois : des performances environnementales à clarifier

De la même façon, l’écobilan du bois peut apparaître négatif si l’on tient compte du « traitement du bois (ignifuge, insecticide, fongicide), qui peut aussi émettre des COV comme le formaldéhyde, une substance allergène et cancérigène » comme l’indique depuis 2004 le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Et comme le souligne encore le Centre Technique du Bois et de l’Ameublement (CTBA) dans son guide sur l’Habitat sain.

C’est sans compter le coût de transport, l’impact CO2, ou les effets que peuvent avoir l’exploitation industrielle mono-essence sur la biodiversité. À cet égard, l’ADEME, dans son guide sectoriel sur les travaux publics datant de 2015, estime « l’impact CO2 lié à la fabrication d’une tonne de bois à 147 kgCO2, une tonne de béton à 138 kgCO2 et une tonne d’acier à 3190 kgCO2 ». Par ailleurs, si l’ossature bois est économe en matières premières renouvelables et assure ses fonctions mécaniques, sa structure peu massive entraîne une faible inertie thermique, particulièrement en été. Une isolation implique le rajout de cloisons lourdes à l’intérieur pour créer de l’inertie thermique, soit un surcoût de 5 à 20 % par rapport à une construction maçonnée.

Des nouveaux matériaux qui réduisent les pollutions

Pour lutter contre la pollution intérieure, les fabricants proposent désormais des matériaux qui diminuent ou absorbent les émissions de polluants. Ainsi, pour améliorer la résistance à l’humidité de 30 à 50 % ainsi que la durabilité du bois dans le temps, la société THT en modifie les propriétés en le soumettant à une température qui monte progressivement « dans un milieu contrôlé en oxygène et en humidité ».

Autre innovation : pour réduire l’impact CO2 du ciment, une jeune start-up américaine, Solidia Technologies, remplace l’eau par du CO2 pour le durcissement du béton. « Cette nouvelle génération de ciment permet à l’ensemble de la chaîne industrielle de réduire jusqu’à 70 %, l’empreinte environnementale du béton préfabriqué » assure la société. Le groupe italien Italcementi, 5ème producteur mondial de ciment a, de son côté, développé un ciment innovant qui absorbe la pollution en extérieur. Ce béton biodynamique «  fonctionne grâce à la lumière du soleil via une réaction dite photocatalytique. Lorsque la structure est exposée aux rayons lumineux, elle capture certaines particules en suspension dans l’air pour les transformer en sels inertes. Ces résidus sont ensuite débarrassés par le ruissellement des eaux. », explique Italcementi.

Pour l’heure, l’OQAI joue la prudence concernant leur application en habitat intérieur. En effet, ces produits intègrent parfois des nanoparticules de dioxyde de titane. Toutefois, au regard des nouveaux enjeux de qualité de l’air intérieur, il est aisé de prédire l’arrivée prochaine sur le marché de matériaux susceptibles d’absorber les pollutions en espace clos.

‎Auteur : Bertrand Ponce, architecte retraité, consultant freelance. Contribution bénévole

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