L214 dévoile ce jour une nouvelle enquête menée dans un abattoir de dindes situé à Blancafort dans le Cher. La marque Le Gaulois commercialise notamment une partie de ces dindes, affirme L214. Brigitte Gothière, co-fondatrice d’association commente l’enquête pour Natura Sciences.

Nouvelle enquête de L214 dans un abattoir de dindes fournissant Le Gaulois
Un lanceur d’alerte a fourni les images de l’abattoir de Blancafort et du transport des dindes à L214. PHOTO//DR

Dans une nouvelle enquête, L214 révèle les images de l’abattoir “Les volailles de Blancafort“, dans le Cher. Cet abattoir tue plus 15.000 dindes chaque jour. Appartenant au groupe LDC, premier groupe volailler en Europe, il n’a pas répondu à nos sollicitations. Une partie de sa production se vend sous la marque Le Gaulois, également propriété du groupe LDC. “C’est la première fois que l’on a les images d’un abattoir de dindes, partage Brigitte Gothière. L’abattoir est en infraction avec la réglementation sur la ligne d’accrochage sur trois points majeurs.” L’association demande la suspension immédiate de son agrément.

Deux plaintes, une pétition et une notification de suspension d’agrément

En plus, L214 a tourné des images dans l’un élevage de dindes qui fournit l’abattoir et lors de leur transport. L214 dépose plainte contre le transporteur Avilog, la branche du transport d’oiseaux du groupe Mousset, et l’abattoir de Blancafort pour mauvais traitement envers les animaux commis par des professionnels respectivement auprès des procureurs de la République de La Roche-Sur-Yon et de Bourges. En parallèle, L214 lance une pétition pour appuyer sa demande de fermeture de l’abattoir. “Le groupe LDC possède d’autres marques comme Marie ou Maître Coq, mais nous n’avons pas d’éléments pour dire si cet abattoir les fournit ou pas”, précise Brigitte Gothière. En revanche, l’abattoir pratique également de la vente directe auprès des particuliers.

Cet abattoir a récemment fait l’objet d’un contrôle par les services de l’Etat. Sans lien avec l’enquête de L214, la préfecture du Cher confirmait mercredi soir qu’une nouvelle inspection avait eu lieu sur le site le 11 décembre 2020. Les services de l’Etat précisent par voie de communiqué que “le rapport d’inspection en date du 16 décembre, constate plusieurs non-conformités majeures montrant que l’abattoir est en perte de maîtrise sur le plan de la protection animale“. Le préfet du Cher a “immédiatement engagé une notification de suspension d’agrément”. L’entreprise dispose de 48 heures “pour mettre en place des mesures correctrices immédiates et un plan d’action structurel global”. En absence de réaction suffisante, le Préfet suspendra l’agrément de l’abattoir et l’entreprise fermera ses portes.

Des infractions qui relèvent de la structure même des installations

L214 relève plusieurs violations au Règlement européen sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort. À la sortie des cages de transport, comme il est d’usage dans les abattoirs, les ouvriers suspendent les dindes la tête en bas. Des crochets maintiennent les pattes et sous l’effet de leur poids, les dindes ne peuvent pas se détacher. Mais les animaux doivent relever leur tête sur la ligne d’accrochage pour ne pas racler le sol. “La ligne d’accrochage n’est pas du tout adaptée aux dindes, alerte Brigitte Gothière. Lorsque les ouvriers accrochent les dindes, une plateforme s’ajuste à la hauteur du camion, mais le trop faible espacement entre les crochets et le sol métallique fait que les dindes raclent le sol métallique et doivent relever la tête.”

Il ressort également que la chaîne d’abattage est trop longue. Avec ses 50 mètres de long, elle fait que les dindes peuvent rester suspendues conscientes plus de deux minutes. En plus, cette chaîne s’élève parfois à plusieurs mètres de hauteur, ce qui empêche par endroits l’accès aux animaux. “Les chaînes d’abattage s’arrêtent quand même assez souvent, et les dindes doivent pourvoir être décrochées rapidement en cas de besoin”, rappelle Brigitte Gothière.

La fin de la chaîne est somme toute assez classique. Les oiseaux finissent étourdis, la tête enfoncée dans un bac d’eau électrifiée, avant d’être saignés, déplumés et découpés en morceaux. “Cette méthode d’étourdissement est la plus répandue en France”, précise Brigitte Gothière.

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De l’élevage à l’abattoir : une vie enfermée

L’enquête s’intéresse également à l’un des élevages de dindes qui fournit l’abattoir. Il s’agit d’une exploitation située dans le Loiret qui produit 140.000 dindes par an. “Les dindes sont entassées dans un bâtiment fermé sans jamais avoir accès à l’extérieur, piétinant un sol imbibé de fientes, alerte Brigitte Gothière. Malheureusement, la densité de l’élevage des dindes n’est pas encadré par une réglementation spécifique donc on ne peut pas dire que l’élevage est hors-la-loi.” L’abattage des femelles se fait après 3 mois alors qu’elles pèsent environ 7 kg, les mâles après 4 mois, alors qu’ils pèsent environ 15 kg.

L’enquête montre aussi des caisses de transport inadaptées et des animaux entassés. Avec une hauteur sous plafond trop basse, la tête des dindes s e colle au plafond. Dans ces conditions, la mauvaise ventilation lors du transport peut entraîner un stress thermique. Ces conditions de transports sont contraires au Règlement européen relatif à la protection des animaux pendant le transport. “Les poubelles de l’abattoir sont remplies des cadavres des dindes qui n’ont pas survécu à ces conditions de transport”, dénonce L214.

Une vidéo de L214 pour découvrir l’enquête en images

Le rappeur et acteur Gringe commente les images obtenues via un lanceur d’alerte et tournées en octobre 2020. Ces images montrent les conditions d’élevage, de transport et d’abattage de ces volailles. “La réglementation qui encadre la mise à mort des animaux est déjà dérisoire, rappelle Gringe. Mais si elle n’est même pas respectée comme dans cet abattoir, c’est de la souffrance en plus pour les animaux.”

Qu’on mange de la viande ou non, cette cause à laquelle je m’associe dépasse nos habitudes alimentaires et cette pétition qu’on peut tous signer, c’est le droit qui nous est donné de contester et de mettre fin à l’ignominie des conditions de vie et de mort de ces animaux”, conclut-il.

Par Matthieu Combe, journaliste de Natura Sciences

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