Pour la première fois en France, la comédienne se produit seule en scène pour un spectacle d’hypnose. En trois ans, elle s’est fait une place dans un milieu masculin, pas toujours bienveillant à son égard. Qu’à cela ne tienne, la comédienne pense que son art contribue à faire progresser la médecine.

Giorda, l'hypnotiseuse seule en scène
Jusqu’au 9 janvier, Giorda fait de l’hypnose sur scène à l’Apollo Comedy, à Paris. // PHOTO / Pascal Ito

Hypnose : état voisin du sommeil, provoqué par des manœuvres de suggestion. Voilà comment Le Robert qualifie la discipline dont la comédienne Giorda a fait son art. Depuis plusieurs semaines, et jusqu’au 9 janvier à l’Apollo Comedy à Paris, l’hypnotiseuse monte sur scène pour emmener avec elle les spectateurs aux frontières de leur inconscient. Un bonheur et une fierté pour celle qui actuellement affirme être la seule femme de France à proposer un spectacle d’hypnose seule en scène. Natura Sciences l’a rencontrée.

En 2018, vous jouiez au théâtre, dans une comédie. C’est à cette période que vous découvrez l’hypnose. Comment cela s’est-il passé ?

J’ai découvert le spectacle de mentalisme de Léo Brière (le coauteur de son spectacle, NDLR). Je l’ai vu trois ou quatre fois. J’ai trouvé ça fascinant. À cette période, j’ai aussi découvert Messmer, le numéro Un de l’hypnose. Je suis complètement abasourdie par son travail.

À ce moment-là, vous ne pratiquez pas encore l’hypnose. Comment l’apprenez-vous ?

Je pose 36 milliards de questions à Léo. Je lui dis que l’hypnose m’intrigue et m’émerveille, et que ça m’intéresse réellement. Là, il me dit qu’il accepte de m’apprendre les rudiments de l’hypnose. Il me dit que si je continue, je pourrais devenir la première femme à faire un spectacle d’hypnose en étant seule en scène. En France, cela n’existe pas.

Comment expliquez-vous cela ?

Le monde de la magie ou du mentalisme, c’est assez ancestral. C’est vrai que l’image traditionnelle du magicien, c’est un homme avec une belle assistante. Seule l’illusionniste Sophie Edelstein a pris le contre-pied en s’entourant d’assistants beaux mecs. C’est un milieu extrêmement masculin. Peut-être qu’il est tellement ancré dans les mentalités que la magie appartient aux hommes, que les femmes n’ont même pas l’idée ou l’envie d’intégrer cet univers.

Le fait d’être une femme a-t-il un avantage pour le spectacle d’hypnose ?

En tant que femme, je peux me permettre d’être plus proche de mon public. J’aime toucher les gens. Si un homme le fait, cela pourrait être gênant ou mal perçu. Je peux aussi me permettre d’avoir davantage de complicité avec les personnes. Je leur fais quelques petites blagounettes.

Comment vous différenciez-vous de vos confrères ?

J’ai voulu développer mon hypnose à moi. Je veux réveiller les gens, qu’ils se sentent profondément heureux. En 2018, après un spectacle à Toulouse, une jeune femme de seize ans est venue me voir en pleurs. L’hypnose l’avait plongée dans un tel état de bonheur qu’elle en était bouleversée. Elle n’y était pas habituée. À chaque fois que je pense à elle, j’ai les larmes aux yeux.

« Je pense que l’hypnose thérapeutique ne pourrait pas être aussi développée aujourd’hui s’il n’y avait pas eu l’hypnose de spectacle. »

Giorda

Vos confrères sont-ils bienveillants à votre égard ?

C’est 50-50. Sur scène, j’essaie de répondre à la question : « peut-on oui ou non tout faire sous hypnose ? ». Certains de mes confrères trouvent que cela risque de rompre le mystère, et ils n’apprécient pas cela. D’autres m’attendent au tournant. Ils se disent : « elle dit qu’elle est la première ? Ah, et bien elle va nous montrer ce qu’elle fait de plus que nous ».

Avant de devenir une professionnelle de l’hypnose de spectacle, avez-vous eu dans votre parcours personnel des expériences avec cette discipline?

Depuis toute petite, je suis très sportive. J’ai même fait sport étude en athlétisme où je pratiquais le lancer de poids, le saut en hauteur et le demi-fond. Depuis cette période je baigne dans la visualisation, l’autohypnose et la sophrologie. Cela m’aidait à prendre confiance en moi, à améliorer mes performances et à optimiser ma récupération. J’ai également pratiqué la programmation neurolinguistique (PNL). Dans cette discipline, on fait attention à la manière dont on dit les choses.

Pourquoi le choix des mots est-il si important?

Par exemple, on ne dit pas « ne t’inquiète pas » mais « rassure-toi ». Le cerveau ne sait pas faire la différence entre le négatif et le positif. Donc si on lui donne le premier ordre, il ne retient que l’idée de l’inquiétude. Cela se rapproche du savoir-parler ericksonien. C’est une manière de prononcer les choses, une certaine manière d’employer les mots. De la même manière, dire « bon courage », sous-entend à l’interlocuteur qu’il doit faire face à une situation d’adversité.

Selon vous, l’hypnose de spectacle et l’hypnothérapie sont-elles complémentaires ou à distinguer?

Souvent, l’hypnose de spectacle et l’hypnothérapie sont assez opposées. L’hypnothérapie décrie l’hypnose de spectacle parce que cette dernière ridiculiserait les gens. Elle leur ferait également croire qu’il est possible d’arrêter de fumer d’un simple claquement de doigts. Ainsi, les hypnothérapeutes craignent que le spectacle nuise aux bienfaits de leur travail. C’est pour cela qu’il faut bien que les gens aient conscience qu’il faut plus qu’un claquement de doigts dans une soirée pour arrêter de fumer ou se sentir bien dans sa peau.

L’hypnose de spectacle manquerait-elle de sérieux face à l’hypnothérapie?

Je pense que l’hypnose thérapeutique ne pourrait pas être aussi développée aujourd’hui s’il n’y avait pas eu l’hypnose de spectacle. Ce sont Messmer et Dominique Webb qui ont fait redécouvrir l’hypnose médiatiquement, à l’époque contemporaine. Face à cela, le milieu médical s’y est plus intéressé. Aujourd’hui, des médecins urgentistes, des sages-femmes, des dentistes sont formés à l’hypnose.

De plus en plus d’interventions chirurgicales sont pratiquées sous hypnose. Toujours accompagnée d’une légère sédation, elle permet d’éviter l’anesthésie générale. C’est une révolution car cela peut permettre aux personnes âgées ou à celles souffrant de pathologies cardiaques de se faire opérer. De plus, l’hypnose permet une récupération plus rapide du fait de la moindre dose d’anesthésiants injectés dans le corps.

Réservations : Giorda vous hypnotise à l’Apollo Comedy, jusqu’au 9 janvier 2022

Propos recueillis par Chaymaa Deb

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