Barbara Pompili est de retour à Glasgow pour la seconde semaine de la COP26. À cette occasion, la ministre de la Transition écologique et solidaire fait un point d’étape sur les négociations en cours. Malgré quelques annonces décevantes de la part de la France, Barbara Pompili souligne des avancées.

Barbara Pompili fait un point d'étape à mi-chemin de la COP26
Barbara Pompili profite de cette COP26 à Glasgow pour mettre en avant les engagement français. Malgré cela, elle reconnaît que l’Hexagone est “drogué aux énergies fossiles”. // Chaymaa Deb / Natura Sciences

Une semaine chargée attend Barbara Pompili à Glasgow. L’objectif est de faire en sorte que cette décennie soit utile pour le climat“, affirme Barbara Pompili. De visite à Glasgow pour la seconde semaine de la COP26, la ministre de la Transition écologique se montre optimiste quant à l’issue des négociations. “L’esprit de Paris est toujours là. Et ce n’était pas gagné avant la COP”, se réjouit-elle. Disant faire preuve d’un “enthousiasme lucide”, la ministre veut voir cette COP comme une nouvelle étape. Elle refuse de “tomber dans la rhétorique de la dernière chance”.

Au-delà de cette satisfaction de surface, Barbara Pompili rappelle que le risque d’aboutir à des décisions moins ambitieuses existe. Des interrogations demeurent toujours sur la question de l’adaptation. Les pays en développement attendent que les pays riches leur apportent une aide financière pour lutter contre les effets du réchauffement climatique. À ce titre, les pays développés s’étaient engagés à leur verser une aide de 100 milliards de dollars par an dès 2020. Cet engagement, pris en 2009 lors de la COP15, n’a toujours pas été rempli. “Déjà, nous devons tenir nos engagements de financement. Tout cela a pris de retard à cause de l’ère Trump”, accuse Barbara Pompili.

Barbara Pompili veut restaurer la confiance

Mais aujourd’hui, cet engagement est insuffisant aux yeux des pays concernés par cette aide. “Les pays développés ne prennent pas assez en compte la situation des pays émergents”, déplorait en début de semaine Milagros de Camps, vice-ministre de l’Environnement de la République Dominicaine. Les nations les plus concernées estiment désormais leurs besoins pour l’adaptation à 1.300 milliards de dollars. Sur ce point, Barbara Pompili considère qu’il faudrait déjà parvenir à débloquer les 100 milliards initiaux avant de songer à augmenter l’enveloppe. Pour la ministre, ce n’est qu’à ce titre qu’il sera possible de “restaurer la confiance”.

En signe d’ouverture aux pays en développement, Barbara Pompili rappelle que le réseau de Santiago devrait prochainement être opérationnel. Un réseau d’experts aura pour objectif d’aider les nations à s’adapter aux effets du réchauffement climatique. Pour l’instant, aucune donnée précise sur la date à partir de laquelle les États pourront faire appel à ce service. Peut-être l’année prochaine, pourvu que cela n’implique pas trop de dépenses additionnelles. Sur ce point, Barbara Pompili se veut rassurante. “Pour accéder aux experts du réseau de Santiago, les pays devront passer par une plateforme internet. Cela ne devrait pas demander des millions d’euros d’investissements.”

Nucléaire + gaz = Fossile du jour pour la France

De manière générale, la ministre de l’Écologie veut concilier bonne volonté et patience. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), Barbara Pompili préfère la progressivité à la radicalité. “La transition doit être juste”, explique-t-elle. Puis, la ministre évoque le cas de l’Afrique du Sud et de la Pologne. “Ces territoires sont fortement imprégnés de charbon. Si de manière transitoire ils ont besoin d’un peu de gaz, c’est moins pire que le charbon”, considère Barbara Pompili. Pour elle, intégrer “du gaz naturel en appoint dans la taxonomie n’est pas un problème. Dans certains pays, il sera impossible d’avoir une baisse rapide des émissions de GES sans gaz en appoint”.

Lire aussi : La France voit le gaz et le nucléaire comme des investissements “verts”

Cette position pro-gaz a valu à la France d’être désignée “Fossile du jour” par le Réseau Action Climat le 2 novembre dernier. L’association dénonce la pression exercée sur Bruxelles pour que le gaz et le nucléaire fassent partie de la taxonomie européenne. En effet, Barbara Pompili se prononce une nouvelle fois en faveur du nucléaire, “source d’énergie la moins émettrice”. Cependant, la ministre avance qu’à l’inverse du gaz, le recours à l’atome n’est pas une solution de transition. Elle indique qu’entre “la décision, la construction et la mise en service d’une centrale nucléaire, il faut dix à quinze ans”. Ainsi, la construction de nouvelles centrales nucléaires pourrait, selon elle, avoir une pertinence dans un mix décarboné sur le long terme.

Barbara Pompili ne s’avance pas sur la fin des véhicules thermiques

Dans le même temps, Barbara Pompili réaffirme qu’il faut “développer les énergies renouvelables“. Mais, de son propre aveu, cela prend du temps : “la France comme d’autres pays est droguée aux énergies fossiles”. La ministre de la Transition écologique revient également sur les défis qui attendent les Français. “Certains doivent faire leur transition charbon, nous devons faire notre transition automobile.” Mercredi 10 novembre, une trentaine de pays et dix constructeurs automobiles se sont engagés à ne plus produire de voitures et camionnettes à moteur thermique d’ici 2040. Parmi les signataires figurent le Canada, le Mexique, le Royaume-Uni ou encore la Turquie. Les Pays-Bas, la Suède, l’Irlande et l’Islande le feront dès 2030. La Norvège,pays le plus ambitieux, prévoit d’atteindre cet objectif dès 2025. Ni la France ni l’Allemagne ne figurent parmi les signataires.

Malgré l’absence d’avancée dans le secteur automobile, Barbara Pompili veut mettre en avant d’autres engagements. La France fait partie des pays qui s’engagent à réduire de 30% leur émissions de méthane d’ici 2030. “John Kerry a dit que cette réduction, c’est comme se débarrasser de tous les avions, bateaux et voitures actuellement en circulation. Ce n’est pas rien”, atteste la ministre de l’Écologie. Pour ce qui est de l’Hexagone, elle rappelle la mise en place prochaine de zones à faible émission, qui “permettront de lutter contre les 40.000 décès liés à la pollution chaque année”. La ministre de la Transition écologie est convaincue que “pour être responsable, il faut garder son cap. Il ne faut pas des décisions trop ambitieuses qui rencontrent des blocages sur le terrain”.

Chaymaa Deb

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