Épinglé par la justice, le gouvernement allemand vient d’annoncer son intention de rehausser ses objectifs climatiques. Le pays devrait réduire plus drastiquement et plus rapidement que prévu ses émissions de gaz à effet de serre. Les industriels se disent inquiets de cette accélération des ambitions climatiques.

angela merkel : L'Allemagne renforce ses engagements climatiques
Angela Merkel voit ” une nouvelle perspective juridique qui pourrait avoir de nombreuses conséquences”. //PHOTO : 360b / Shutterstock

Jeudi dernier, la Cour constitutionnelle de justice allemande a demandé à son gouvernement de revoir ses objectifs climatiques. Les objectifs de la loi climat allemande “ne sont pas conformes aux droits fondamentaux”, avait déclaré la Cour suprême allemande, saisie par quatre associations environnementales. “Dans la mesure où aucune exigence suffisante n’est prévue pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre ultérieures à l’année 2031“. L’Allemagne avait jusqu’à 2022 pour revoir sa copie et préciser davantage ses efforts après 2030.

Mais Berlin n’a pas attendu si longtemps pour montrer sa réactivité. Le gouvernement allemand a annoncé ce mardi son intention de rehausser ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Bientôt, il visera une réduction de 65% de ses émissions d’ici 2030 par rapport à 1990, contre 55% auparavant. Puis, il visera – 88% d’ici 2040. Sa volonté est d’atteindre la neutralité carbone en 2045, cinq ans plus tôt que prévu, a annoncé le ministre des Finances Olaf Scholz. Un projet de loi sera déposé la semaine prochaine en conseil des ministres.

Angela Merkel souligne une première juridique qui fait date

C’est une nouvelle perspective juridique qui pourrait avoir de nombreuses conséquences” et qui stipule “que nous devons faire encore plus” pour les jeunes générations, a souligné la chancelière Angela Merkel, mercredi, lors d’un échange avec des étudiants néerlandais par vidéo. “Les jeunes gens nous rappellent que nous sommes trop lents”, a concédé Angela Merkel.

La Fédération de l’industrie (BDI) n’a pas tardé à réagir. Elle craint “des risques incalculables pour l’avenir de l’Allemagne en tant que pôle industriel”. De son côté, Hildegard Müller, présidente de l’Association allemande de l’industrie automobile estime que le gouvernement a modifié les objectifs climatiques du jour au lendemain. “Incompréhensible”, déclare-t-elle. “L’évaluation de l’impact législatif n’a en aucun cas été faite”, a-t-elle déploré alors que l’industrie automobile allemande est en première ligne de la transition à mener. Sévère également, le président de l’institut économique Ifo, Clemens Fuest, a qualifié cette démarche de “surenchère”.”Je ne peux l’expliquer que par la campagne électorale”.

Le gouvernement a décidé sa nouvelle feuille de route en moins de 15 jour. Il faut dire qu’il est sous pression des élections législatives du 26 septembre. Il espère ainsi répondre au plébiscite des Verts. La question environnementale est devenue centrale dans le débat public allemand ces dernières années. Plusieurs enquêtes récentes donnent les Verts en tête de ce scrutin qui doit désigner un successeur à Angela Merkel. La récente désignation de leur candidate, Annalena Baerbock, une ex-juriste de 40 ans, dope leur sympathie. Elle devient plus populaire que le candidat des conservateurs à la chancellerie, Armin Laschet.

Matthieu Combe avec AFP

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