Voulant user des « armes de la diplomatie », le vice-président du Brésil Hamilton Mourao espère obtenir une indemnisation pour la lutte du pays contre la déforestation. Ce dernier entend défendre les intérêts du pays en Amazonie lors de la COP26 qui s’ouvre dimanche à Glasgow. Pourtant, le gouvernement brésilien entretient une déforestation illégale depuis plusieurs années, chiffres à l’appui. 

Hamilton Murao défend la lutte contre la déforestation du Brésil
Hamilton Mourao demande une aide pour les efforts contre la déforestation du Brésil alors que la déforestation illégale dans le pays est en hausse. // PHOTO : Alf Ribeiro / Shutterstock

À quelques jours de la COP26, le Brésil a annoncé vouloir réclamer une indemnisation pour sa lutte contre la déforestation. Le vice-président du pays entend défendre ses intérêts en Amazonie alors que le gouvernement brésilien est largement critiqué sur le plan environnemental.

Le président Jair Bolsonaro subit une forte pression internationale sur les questions environnementales. Mais s’agissant de lutte contre la déforestation, Hamilton Mourao défend que le Brésil « devrait être indemnisé pour avoir fait ce travail au nom du reste de l’humanité”. Le gouvernement brésilien estime à entre 30 et 40 milliards de dollars sa contribution depuis 2006 à la lutte contre la déforestation de l’Amazonie. 

626 millions d’arbres en moins en un an

Selon Hamilton Mourao, qui ne sera pas présent à la COP26, le pays devrait annoncer réduire de deux à trois ans son engagement initial à mettre fin à la déforestation illégale d’ici 2030. Une promesse déjà peu probable selon un rapport de mai 2021 de plusieurs organisations environnementales comme le WWF. 

Pour cause, la déforestation a fortement augmenté depuis le début du mandat de Jair Bolsonaro en janvier 2019. En effet, de 2019 à 2020, la déforestation en Amazonie a augmenté de 9,5%. C’est le niveau le plus élevé depuis 2008 avec 11.088 km² détruits, soit 626 millions d’arbres coupés. C’est l’équivalent de 100 fois la superficie de la ville de Paris. Pourtant, le président maintient l’autorisation d’activités minières et agricoles dans des zones protégées et des territoires indigènes en Amazonie. 

Au premier trimestre 2021, un tiers de la déforestation en Amazonie s’est produite dans les forêts publiques dites non désignées. Ces dernières occupent 57,5 ​​millions d’hectares dédiés à la conservation ou l’utilisation durable. L’occupation et l’utilisation illégale de ces zones ont augmenté ces deux dernières années. 

Déforestation : des chiffres alarmants 

Depuis 2013, le rythme de la déforestation au Brésil a considérablement augmenté dans les biomes, unités écologiques. Selon le dernier rapport annuel de juin 2021 par MapBiomas, le taux d’illégalité probable de la déforestation en Amazonie en 2020 était de 99,4% et plus de 95% dans tous les autres biomes brésiliens. 

Les données de l’Institut national de recherche spatiale (Inpe) sont elles aussi alarmantes. En outre, les zones déforestées en Amazonie entre août 2020 et juillet 2021 couvraient 8.712 km². En somme, le deuxième pire résultat en cinq ans et presque le double de la déforestation de 2016-2017 et 2017-2018.

Les données de l’Institut de recherche environnementale amazonienne (Ipam) inquiètent également. En 2020, 18,6 millions d’hectares de ces forêts, soit un tiers de leur superficie totale, étaient illégalement déclarés comme propriété privée dans le Système national de cadastre environnemental rural (Sicar). Soit une augmentation de 232% par rapport à 2016. 

Industrie, économie et politique

L’industrie agroalimentaire du Brésil compte parmi les plus grands exportateurs de soja et de viande, notamment vers les pays d’Europe, comme la France. Le Brésil est le premier exportateur mondial de viande bovine, dont une grande partie de sa production se trouve en Amazonie. 

En cela, le vice-président du pays Hamilton Mourao défend le droit du pays à développer son économie. « Notre gouvernement est de droite et la gauche étant majoritaire dans de nombreux pays du monde. Ce qui crée un clash politique », analyse-t-il. 

Et le président d’extrême droite Jair Bolsonaro n’a pas peur du clash. En juillet 2020, le chef politique s’en prenait aux ONG écologistes. “Vous savez que les ONG n’ont pas voix au chapitre avec moi. Je suis ferme avec ces gens, mais je n’arrive pas à tuer ce cancer que sont la plupart des ONG”, déclarait-il lors d’un live Facebook. 

Lire aussi : Bolsonaro mis sous-pression par l’agro-négoce et les ONG sur le climat

Vers une croissance verte ?

Pourtant, le gouvernement brésilien lançait lundi un programme de croissance verte. Et ce à quelques jours de l’ouverture de la COP26. Ce programme promeut « des initiatives durables », sans en détailler les modalités et les investissements. Le ministre de l’Environnement Joaquim Leite a promis « la réduction des émissions de carbone, la préservation de la forêt et l’utilisation rationnelle des ressources naturelles avec la création d’emplois durables”.

Pour le ministre de l’Économie Paulo Guedes, le Brésil est injustement attaqué. « Comment le pays qui pollue le moins, qui possède la plus grande réserve pour la préservation des ressources naturelles, peut-il être le pays le plus attaqué au niveau international ? Il est évident qu’il y a des intérêts politiques et commerciaux derrière », estime-t-il. 

Face à cela, la coalition “Brésil, Climat, Forêts et Agriculture” estime que “le Brésil doit reconsidérer sa gestion actuelle de l’utilisation des terres”. Notamment en se consolidant en tant que leader international d’une nouvelle économie forestière. “La COP26 est l’occasion d’amorcer ce processus”, assure la coalition.

Jeanne Guarato

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