Pour lutter contre le fléau écologique et social que représente la fast fashion, l’association Zero Waste France lance son guide de résistance. Un livret destiné à donner les clés d’une meilleure gestion de nos vêtements.

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Zero Waste France lance son guide de résistance à la fast fashion. // PHOTO : Sundry Photography / Shutterstock

Ces dernières années, Zara, H&M, Primark, Mango et bien d’autres marques similaires ont envahi nos placards. Pourtant, ces vêtements peu chers, souvent d’une qualité discutable, et produits à l’autre bout du monde ne durent jamais bien longtemps. C’est ce que l’on appelle communément la fast fashion. A l’image des fast food, ces habits sont proposés à des prix défiant toute concurrence, pour une consommation frénétique, livrable, rapide et jetable. Pourtant, ces modes de production et de consommation ont un impact environnemental et social direct.

Face à ce fléau, l’association Zero Wast France dévoile son guide de résistance à la fast fashion. “L’idée de cette campagne est de proposer à la fois des informations, mais surtout des solutions pour aider les citoyens et citoyennes à réellement ralentir. Cela permet de repenser leur rapport aux vêtements, et de réduire leurs achats. Nous donnons aussi des moyens d’action. L’objectif est aussi d’interpeller les marques et de dénoncer leurs pratiques délétères”, explique Marine Foulon, responsable de la communication chez Zero Waste France.

Retour d’expérience du défi “Rien de neuf”

Pour créer ce guide, l’association s’est basée sur ses expériences passées. Il y a près de quatre ans, elle avait lancé le défi Rien de neuf. Une expérience à laquelle les citoyens pouvaient s’inscrire, pour progressivement réduire leur consommation. De cette initiative, enrichie par des entretiens, Zero Waste France a pu analyser les comportements des consommateurs. L’association en a tiré des conseils pour progressivement laisser tomber la fast fashion. “Nous avons notamment échangé avec Valérie Guillard, qui est chercheuse et professeure à l’Université Paris Dauphine sur ces aspects de comportements de consommation. On a travaillé avec elle pour comprendre ce qui provoque le changement, l’envie d’agir. Mais aussi quels sont les freins, qu’est ce qui fait peur”, précise Marine Foulon.

Dans son guide, l’association encourage par exemple à bien connaître le contenu de ses placards, pour éviter d’acheter toujours plus. “Ne serait-ce que de prendre le temps de toucher ses vêtements, de les essayer pour savoir si on se sent bien dedans, s’ils remplissent leur fonction première. On se rend compte qu’avec la fast fashion, comme son nom l’indique ça va très très vite, du coup on oublie les raisons premières pour lesquelles on achète. On achète parce qu’on a des injonctions, et parce que c’est possible comme c’est peu cher”, raconte la responsable communication.

L’enjeu est en effet de taille. Au total, près de 100 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le monde. Pourtant, il serait possible d’en acheter moins. Preuve en est : 64% des habits jetés pourraient encore être portés, selon Zero Waste France. Et aujourd’hui, nous gardons nos vêtements deux fois moins longtemps qu’il y a 20 ans.

Pour l’environnement, garder ses vêtements plus longtemps

Afin de moins consommer, l’une des pistes est de conserver ses vêtements plus longtemps. Et pour cause : de la matière première à leur transport, en passant par leur confection, les vêtements neufs mobilisent des ressources, de l’énergie, de l’eau et des produits chimiques. Toutes ces étapes de vie d’un vêtement fast fashion ont un impact dommageable sur notre environnement. Au total, près de 4% de l’eau potable disponible dans le monde est utilisée pour fabriquer des vêtements, rappelle Zero Waste France.

Dans son guide, l’association encourage donc les citoyens à faire durer leurs habits. Parmi les idées avancées, l’association propose de créer une relation durable d’un point de vue émotionnel avec ses vêtements. Pour ce faire, elle lance la hashtag #AUFILDUTEMPS sur les réseaux sociaux. L’initiative encourage à se prendre en photo avec un vêtement et partager un souvenir lié à celui-ci. Dans ce nouveau guide, Zero Waste encourage également à réparer et personnaliser les pièces abîmées. Un moment qui peut devenir un instant de créativité à partager.

Face à ce désastre pour l’environnement, Zero Waste donne aussi des pistes pour penser autrement l’achat d’un vêtement supplémentaire. Pour cause, la fast fashion utilise bien souvent des fibres synthétiques. Ces textiles permettent en général une meilleure élasticité, ce qui est pratique pour convenir au plus grand nombre. Mais la production de ces fibres synthétiques représente chaque année l’équivalent des émissions de 185 centrales à charbon. “On s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de documentaires qui retraçaient les impacts et les problèmes de la fast fashion. Mais lorsqu’on passe aux solutions, il y en a souvent que deux d’avancées: acheter éthique, ou trouver des réponses technologiques pour recycler les vêtements. C’est là qu’on s’est dit qu’il y avait peut-être tout un pan qui n’était pas exploré”, souligne la responsable de la communication.

Consommer autrement, attention au greenwashing et autres méthodes marketing

D’autres formes de consommation sont possibles pour renouveler notre garde robe. Le guide de Zero Waste France propose plusieurs axes. De l’achat d’occasion en friperie, à la consommation éthique, en passant par la location et l’emprunt, il est possible de se procurer des vêtements autrement. Marine Foulon avertit tout même. “Pour les marques éthiques, il est en réalité très difficile de savoir en quoi sont faits nos vêtements, ou leur traçabilité. Aujourd’hui le concept de marques éthiques est devenu un terme parapluie. Il englobe des projets très chouettes, mais aussi des projets qui vont être plus proche du greenwashing. Le marché de l’occasion est lui aussi divers, avec des impacts qui seront plus ou moins intéressants”, signale-t-elle. Dans son guide, l’association donne certaines clés de discernement, et aide à déceler des méthodes parfois trompeuses.

L’association souhaite également alerter sur le marketing, et parfois le greenwashing, utilisé par certaines marques de la fast fashion. Des méthodes offensives peuvent pousser la population à la consommation. “On reçoit vingt pub sur Instagram, des mails, on voit des pubs dans le métro, à la télé. C’est difficile au quotidien de résister à ça”, raconte Marion Foulon. L’association lance donc une action pour interpeller les marques de la fast fashion sur l’utilisation abusive, trompeuse ou mensongère de messages écologiques et éthiques dans leurs publicités. Elle appelle les citoyens à les repérer, puis à prendre en photo les preuves de ces pratiques. Enfin, elle invite à publier ces clichés sur les réseaux sociaux en identifiant à la fois la marque concernée et Zero Waste France. L’association utilisera ensuite ces informations pour mener des actions juridiques en son nom.

Ouns Hamdi

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