La thématique de la finance est à l’ordre du troisième jour de la COP26 à Glasgow. Au pavillon français, des experts de l’investissement témoignent de la difficile mesurabilité des impact des investissements privés. De son côté, le maire de Montpellier Michaël Delafosse, rappelle la nécessité de pouvoir compter sur des investisseurs dont les valeurs correspondent aux exigences de la transition écologique.

La difficile nécessité d'atteindre une finance responsable.
De gauche à droite, Michaël Delafosse, Thibault Ghirardi, Xavier Ploquin et Thierry Déau. Tous débattent de la nécessité de l’investissement responsable et des difficultés qu’il implique à la COP26 de Glasgow. // Chaymaa Deb / Natura Sciences

Au troisième jour de la COP26, des centaines de militants écologistes manifestent dans les rues de Glasgow. Ils protestent contre certaines banques, partenaires de la COP, qu’ils accusent de greenwashing. L’accusation vise en particulier la banque JP Morgan, qui se qualifie comme l’une des « principales institutions financières du Royaume-Uni ». Dans sa communication, l’organisme dit avoir une équipe Impact Finance. Son objectif est d’investir dans des initiatives à impact, telles que la lutte contre le racisme. Aujourd’hui, de nombreuses banques se réclament de l’investissement responsable à travers le monde. Toutefois, les objectifs de rentabilité rendent parfois la vertu plus difficile à atteindre.

Créé en 2010, Impact Finance est un gestionnaire d’investissement spécialisé dans l’investissement d’impact. « Impact Finance accélère une transformation juste de l’économie réelle », déclare Thierry Déau, PDG de la société d’investissement Meridiam, à l’occasion d’une table ronde organisée au pavillon France du Scottish Event Center. L’homme d’affaires de 51 ans soutient que l’initiative agit « pour le bien de l’humanité » en incitant les investisseurs à se tourner vers des produits financiers s’inscrivant dans une démarche vertueuse. Notons que l’économie réelle exclut les échanges sur les marchés financiers.

L’impact d’un investissement responsable, mesurable ?

Thierry Déau considère que la transition vers le développement durable nécessite 4.000 milliards d’euros d’investissements. Or, cet effort ne peut pas reposer que sur le secteur public. C’est pourquoi la contribution du secteur privé aux investissements liés à la transition écologique est capital. « En investissant, les financeurs peuvent modifier des comportements délétères en comportements vertueux », souligne Thibaut Ghirardi, directeur général du groupe de réflexion 2 degrees Investing Initiative (2DII). Toutefois, ce dernier rappelle qu’une entreprise « doit voir des intérêts significatifs pour modifier ses comportements ». C’est pourquoi 2DII souhaite que les produits financiers soient passés au crible afin d’évaluer leur véritable impact. « Ainsi, les investisseurs privés devront se mettre à évaluer l’impact de leurs actions », affirme le directeur général de D2II.

Thibaut Ghirardi ajoute que D2II a réalisé un sondage qui révèle que 75% des investisseurs disent vouloir investir de manière responsable. 30% d’entre eux souhaitent en plus que les sommes investies engendrent un effet vertueux. Cependant, le trentenaire met en garde sur le fait qu’il est difficile de quantifier intégralement le niveau de vertu d’un investissement. « Il est possible d’évaluer l’intentionnalité d’un investissement, à savoir ce qui arrive directement parce que l’investisseur l’a voulu. Il est également possible de mesurer l’additionnalité, soit ce qui n’aurait pas été envisageable sans l’investissement. Mais il n’est scientifiquement pas possible d’évaluer exactement son niveau d’impact. Et dans un avenir proche, cela ne changera pas », avertit Thibaut Ghirardi. Le directeur général de 2DII estime qu’il serait alors plus juste de chercher à maximiser les impacts potentiels.

Ne pas être « shamé »

« J’apprécie la franchise de dire que tout ne peut pas être mesuré« , rétorque alors Michaël Delafosse, maire (PS) de Montpellier. L’édile considère qu’il est également « très bien de montrer que les investissements privés peuvent participer à la décarbonation ». Mais pour permettre davantage de transparence, le président de Montpellier Méditerranée Métropole demande une labellisation des investissements. Selon lui, cela permettrait de clarifier certaines controverses, « pour des entreprises comme Total par exemple ». Michaël Delafosse n’exclut pas la possibilité de rompre des contrats avec des entreprises qui ne respecteraient pas des engagements vertueux. Il cite alors l’exemple d’une « grande banque française » – BNP Paribas – qui a instantanément « perdu 1000 clients à Montpellier lorsqu’elle avait financé des projets au Soudan, alors que le pays criminalisait l’homosexualité ».

Michaël Delafosse appelle également à la mobilisation du secteur privé. Le maire souhaite le voir contribuer au financement d’infrastructures nécessaires à l’atteinte de la neutralité carbone. En particulier dans le secteur des transports : tramways, bus à hydrogène ou vélos. « Pour développer les mobilités décarbonées dans une ville de 500.000 habitants comme Montpellier, il faut un milliard d’euros d’investissements. C’est pourquoi il est essentiel que les investisseurs privés soient dans une dynamique vertueuse », explique l’édile. Le maire de Montpellier ajoute que les investisseurs se doivent d’être cohérents et ne pas financer à la fois des projets durables et des initiatives reposant sur les énergies fossiles. « Je ne veux pas être « shamé » [pointé du doigt honteusement, NDLR] par une entreprise qui soutient le charbon », résume Michaël Delafosse.

Chaymaa Deb

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