Ce mardi, douze activistes se sont cadenassées à l’Assemblée nationale en guise d’ultime protestation contre la faiblesse de la loi climat. Quelques dizaines de militants et de députés sont venus leur apporter leur soutien.

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Plusieurs militantes d’Extinction Rebellion se sont enchaînées aux barreaux de l’Assemblée nationale ce mardi 4 mai. A droite, un cadenas métallique retient Terpsik au grillage, par le cou. // PHOTO : Chaymaa Deb, Natura Sciences

On se sent bafoués et trahis. C’est une grosse trahison.”Voilà pourquoi Gwenaëlle, 30 ans, passe plusieurs heures le cou enchaîné aux barreaux de l’Assemblée nationale. Ce mardi 4 mai, elle et dix de ses camarades d’Extinction Rebellion (XR) veulent attirer l’attention des députés qui ont le moins agi pour la loi climat. Une douzième personne s’est quant à elle enchaînée en haut d’un lampadaire. À l’occasion du vote de la loi climat dans l’hémicycle, le mouvement social écologiste a organisé une action de désobéissance civile non violente dans le but d’alerter sur les nombreuses faiblesses du texte. En début d’après-midi, quelques membres d’XR venus en soutien à leurs camarades ont été chassés de la place avec véhémence par les forces de l’ordre.

Dès le début de leur action, les activistes ont affirmé qu’elles voulaient être libérées par les députés. Pour cela, douze clés ont été remises aux députés désignés comme étant ceux qui ont fait le moins pour la loi climat. L’objectif des militants était donc de leur rappeler douze propositions ambitieuses de la Convention climat. “Même les 150 se sentent déçus“, affirme Gwenaëlle.

“Une insulte à la démocratie”

On veut leur rappeler qu’ils ont les clés de notre avenir entre les mains“, explique Terpsik, 29 ans. Cette jeune femme blonde aux grands yeux bleus fait partie des onze accrochées aux grilles de l’édifice. “On a le droit d’être devant l’Assemblée. On devrait même pouvoir aller à l’intérieur“, clame-t-elle derrière son masque blanc barré d’une croix de scotch noir. Ni l’instable météo printanière ni les sept fourgons de police postée en rang devant elle et ses camarades n’entament sa détermination. “C’est une insulte à la démocratie. C’est une insulte aux citoyens“, s’insurge-t-elle. Gwenaëlle confie même s’être retenue de boire avant de commencer son action pour que des besoins naturels n’entravent pas sa mobilisation.

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À l’instar de ses acolytes, elle aimerait que les députés vienne à leur rencontre, les écoute. Elle explique que les douze clés représentent autant de propositions que la Convention citoyenne avait proposé, mais qui ont finalement été écartées. Il s’agit notamment du crime d’écocide, de la limitation de l’artificialisation des sols, de la taxe sur les engrais chimiques. Plusieurs militants aux abords de l’Assemblée regrettent que l’interdiction de la publicité sur les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre et celle des véhicules neufs très émetteurs ne fassent pas partie du texte final. “Macron promettait une loi sans filtre, c’est plutôt 100 filtres“, ironise Gwenaëlle.

Une loi climat “qui fait semblant”

Devant l’Assemblée, a bonne distance de la police qui maintient la place dans une atmosphère tendue, quelques députés sont venus se mélanger aux militants. Face aux grilles de l’Assemblée, Adrien Quatrennens (LFI), député du Nord, venu en soutien. À une vingtaine de mètres de là, sur la place Édouard Herriot, les députés écologistes Delphine Batho (Deux-Sèvres) et Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire) discutent avec les militants formés en petits groupes. Parmi eux, Camille Étienne et Hugo Viel, à l’origine de semaines de mobilisation citoyenne sur la placette parisienne. En un mois, l’échange avec les députés autour de cette loi climat est devenu une habitude. Personne n’est impressionné ou timide.

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À quelques pas, Cédric Villani, araignée épinglée au revers de la veste, partage sa déception avec quelques jeunes. Mais désormais, il veut regarder vers l’avenir. “Il s’agit de penser à la suite, c’est une affaire de longue haleine. Il faut remettre les débats à la hauteur”, déclare le député de l’Essonne. Un avis que partage Sabine Rubin, députée (LFI) de Seine-Saint-Denis. “Ce qui est grave, c’est qu’ils sont déconnectés de cette urgence. C’est comme si la climatisation dans l’hémicycle nous mettait hors des réalités”, regrette celle qui dit avoir “terriblement mal au cœur”. De son côté, Eric Coquerel, également député (LFI) de Seine-Saint-Denis, adresse un avertissement. “C’est une loi qui fait semblant. Que cette mascarade organisée par monsieur Macron serve de leçon à ceux qui le soutiennent.” “On ne lâche pas le morceau”, promet Gwenaëlle. À ce propos, une nouvelle marche pour le climat se tiendra à Paris le 9 mai prochain.

Chaymaa Deb

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