La décision a été prise, au vu des retards accumulés, de continuer l’expédition en effectif réduit : Sean et Alain repartiront en France, Patrick et Georges embarquant au plus vite, sur l’Elan réparé ou sur un nouveau bateau, car ils ont la possibilité de décaler leur retour et leurs billets d’avion. Depuis leur départ à San Diego, la mission a subi de multiples rebondissements ! Voici le Journal de Bord de l’expédition, découvrez les mésaventures qui ont abouti à cette triste décision.

L’équipage garde le moral malgré les nombreux rebondissements.

Lundi 28 Mai

Départ à bord de l’Elan, après notre première nuit à bord !

A Puerto San Carlos, nous avons approvisionné le bateau et quittons donc Bahia Magdalena à 16h… non sans avoir réparé rapidement la tringle d’inverseur que le mécanicien mexicain a oublié de fixer ! Nous comptons rallier Tortugas, à environ 240 miles (450 km) au nord en 2 jours et demi si tout va bien. Nous croisons seulement 2 lions de mer cette première demi-journée, et la première nuit de navigation s’organise avec les premiers quarts.

Dès le lendemain nous commençons à croiser quelques espèces du grand large : cela commence par un grand aileron gris / vert (requin océanique, grand requin blanc ?) qui suit un moment le bateau sur tribord, suivi ensuite de deux beaux globicéphales et d’une baleine qui nous croisent et font route commune vers le sud.

Une nouvelle nuit s’enchaîne. Si la nuit tombe vite (à 20h il fait déjà très sombre), les premières lueurs dessinent les côtes dès 4h lorsque nous ne sommes pas trop au large. Au petit matin, les dauphins apparaissent, par petits groupes de trois, et nous croisons parfois un phoque ou un lion de mer qui s’approche ou qui fait la sieste sur le dos, nageoires dressées au-dessus de la surface.

Jeudi 31 Mai

Nous sommes enfin à Tortugas, après 303 miles (presque 600 km) parcourus, et une dernière nuit épuisante passée à maintenir la barre dans des creux de plus de 4m, avec une gite de parfois 40 ° dans le bateau. C’est avec soulagement que nous mouillons dans la petite baie, où nous ferons le plein de carburant et de nourriture. Une chambre d’hôtel sert aux douches et à une sieste réparatrice, nous retournons dormir le soir au mouillage pour partir au plus tôt le lendemain matin.

On a pu se régaler à terre d’un hamburger avec une semelle en guise de viande, garni de déchets plastiques (!), accompagné de frites molles et de l’amabilité toute en retenue de la serveuse ! Les sourires doivent être réservés aux clients de la Bahia Ha-Ha, une course de voile qui fait étape une semaine par an dans cette bourgade isolée.

Ambiance Far-West, poussière, comme à Puerto San Carlos où les habitants balaient les rues en groupes, pour ne pas se laisser submerger par la poussière et le sable. Le soir venu, ils font la fête à l’intérieur de leurs gros pick-up, musique à fond, en faisant le tour de la ville (qui prend deux bonnes minutes sans trop se presser…).

Toute la côte est désertique, sans un arbre, même les cactus ont du mal à grandir ici. Quel contraste avec San Diego, où toute la côte est construite et balayée par les deux fois six voies et les immenses échangeurs. Question du jour : pourquoi ne trouve-t-on pas de chocolat au Mexique ?

Samedi 2 Juin

Après 6 jours de mer, il est midi, nous nous retrouvons au large de Punta San Carlos. C’est là que nous sommes encerclés par un grand groupe de baleines (une trentaine) qui occupe toute la baie, à environ 12 miles des côtes.

Leur souffle qui atteint une douzaine de mètres de hauteur est visible à 1 mile, sur une mer d’huile et sous un ciel gris. Elles nous accompagnent toute une partie de la matinée, certaines s’approchant à une quinzaine de mètres du bateau, par groupes de deux ou trois. Elles semblent chasser (cercles de bulles en surface), la plus grande dépasse largement le bateau et doit faire une vingtaine de mètres de longueur. Le souffle puissant, l’évent, le petit aileron dorsal falciforme ainsi que la large caudale échancrée et une teinte bleu / gris acier devraient permettre d’identifier des rorquals (bleus ?).

La brume ne nous a pas quittés depuis le nord de Cedros Island, il y a 24 heures. Nous faisons cap au 320° vers Punta Baja, car San q uintin et St Martin sont trop distantes et incertaines pour accoster de nuit. Des bancs de dauphins nous accompagnent durant tout l’après-midi, ainsi que quelques baleines et lions de mer.

Dimanche 3 Juin

Départ à 8h de Punta Baja après une nuit au mouillage très roulant, et, la veille au soir, les traditionnelles patates frites / omelette auxquelles manquent toujours le bon vin rouge (qu’il soit des Corbières ou non…). Météo du jour : crachin breton ! Contraste en mer : aucune faune, hormis un gros requin pélagique solitaire (aileron de 30 cm) qui nous croise à une dizaine de mètres du flanc tribord. On cape vers Ensenada, à 120 miles donc environ 24 heures, via Isla San Martin. Autre point marquant : depuis le début nous sommes seuls sur l’eau, avec seulement un voilier aperçu au large le premier jour, 1 ferry et 2 bateaux de pêche croisés de près l’avant dernière nuit.

En début d’après-midi, le festival reprend, avec deux baleines croisées à hauteur d’Isla San Martin, puis des centaines de dauphins qui encerclent le bateau et quelques phoques médusés dérangés en pleine sieste ! Tout ça sous un semblant de soleil et quelques degrés supplémentaires bienvenus, après 2 jours sous la grisaille. 18 heures : le coup de la panne !!! Le moteur s’arrête brusquement… pas moyen de redémarrer. La pompe à carburant semble avoir rendu l’âme. Nous sommes à 5 miles des côtes, sous la pointe Colnett. La mer est très calme, le vent est tombé, nous n’entendons plus que les grincements de la coque en bois et du gréement. Aucun danger immédiat, seul le courant et la houle nous portent vers la côte à environ un nœud. Nous ne déclenchons donc pas la balise, mais alertons les garde-côtes par VHF, car nous ne savons pas si le vent va se lever et la nuit va bientôt tomber.

Après de multiples vérifications et dialogues entre autorités mexicaines et américaines, il est décidé de nous remorquer jusqu’à Encenada. Les garde-côte mexicains sont efficaces et arrivent en 2 heures. S’en suivent des quarts interminables à la barre, à 10 noeuds sous le crachin et le froid, avec pour seul repère le phare arrière du remorqueur et les 2 larges trainées d’écume de chaque côté de l’Elan, qui n’avait pas atteint une telle vitesse depuis longtemps !

Jeudi 7 Juin

Après notre remorquage et un court moment de découragement, nous avons décidé de forcer le destin, et de tout tenter pour poursuivre coûte que coûte l’expédition. Les 3 jours de la semaine ont donc été consacrés à la recherche d’un bateau, dans le nord du Mexique. En effet les réparations sur l’Elan pourraient prendre du temps, or, nous sommes arrivés dans une zone plus peuplée, avec de nombreuses marinas où américains et mexicains aisés viennent prendre du bon temps. Dès le lundi matin, nous commençons donc par voir le responsable du service de vente de bateaux à la marina Juanito’s, puis allons à l’office central de la marina pour expliquer notre problème. Les gens du port sont au courant de notre mésaventure (télé et presse obligent !) et nous motivent dans notre recherche. Une partie de l’équipe part vers Coral Marina, distante de 10 km, rencontrer le « Dock Master » qui nous fournit de précieux renseignements. Nous faisons la connaissance de Dona, propriétaire d’un grand voilier, et qui souhaiterait nous emmener (mais qui n’est pas libre avant le 17 juin). Nous croisons aussi Bill Alexander, qui, en tant qu’amateur de voile (et grand fan de Jacques-Yves Cousteau !), rêve de nous emmener sur son beau voilier flambant neuf … mais doit d’abord faire passer sa famille et ses amis qui avaient réservé leurs vacances sur celui-ci !

L’université d’Ensenada, réputée, est sur notre chemin : nous tentons notre chance et sommes reçus par la direction et par les professeurs chercheurs, dont le professeur Ernesto Torres Orozco, qui se charge de nous faire la visite et nous propose son aide ! Après avoir pris tous les renseignements utiles, nous partons en fin de journée vers Coral Marina, boire un verre avec Jean-Luc et Lisa Trudel Morano, qui nous ont gentiment invités sur leur bateau et impliquent tout leur réseau pour nous aider à repartir.

Mercredi matin, nous disons au revoir à Thierry, capitane de l’Elan, et prenons le bus pour PuertoSalina, au Nord, où on nous a conseillé de chercher. Le Harbour Master Arturo Martinez nous présente effectivement en quelques heures Howard, David et Glenn, trois propriétaires américains qui vivent à la marina sur leur voilier. Glenn est d’emblée séduit par notre projet, et nous offre même l’hospitalité à bord ! Nous investissons donc Abishag, un Yamaha 37, avec lequel il nous propose de remonter à San Diego sitôt qu’il aura réparé une panne. Nous plongeons donc dans le moteur et localisons la panne (pompe à eau), sortons la pièce et lui demandons d’aller à Tijuana la faire réparer. Nous attendons 24 heures dans cette marina loin de tout, au milieu de lotissements neufs et déserts, vidés par la crise immobilière aux États-Unis. Seuls vivent ici quelques américains retraités et personnels mexicains, avec même plus d’eau courante (les réparations sont pour demain… Manana ! comme le dragage du chenal, attendu depuis un an et qui rend la sortie du port délicate). Impression bizarre d’isolement… mais on a pris le pli ! Dans l’après-midi, Glenn revient avec la pièce réparée ! Patrick la raccorde au moteur (non sans avoir auparavant fabriqué un joint, oublié par le mécano…), met le contact. L’eau sort bien de nouveau en dehors au niveau de l’évacuation… mais aussi dans la cale moteur ! Le mécano a aussi oublié quelques joints à l’intérieur de la pompe… L’histoire se répète… Décision est prise de quitter Puerto Salina dès le lendemain (Glenn fera réparer de nouveau), nous voulons rallier San Diego au plus vite.

Vendredi 8 Juin

« Au plus vite », c’est une expression malheureusement inconnue ici ! En effet, malgré tous les services et conseils fort utiles rendus par Howard, propriétaire du voilier Lone Rover voisin de l’Abishag, nous nous retrouvons dans une file d’attente durant 3 heures à Tijuana pour passer la frontière. Une douanière peu scrupuleuse nous a forcés à demander un visa malgré nos tampons sur nos passeports en règle, alors que sa collègue nous a informé du contraire après nos 3 heures d’attente… Mille excuses à Glenn qui nous a attendus vainement pratiquement tout ce temps de l’autre côté de la frontière !

Après un dernier trajet en tram nous sommes enfin arrivés vers 16 heures à La Mesa chez nos hôtes, Dee et Marie Elena, propriétaire avec Thierry de l’Elan, pour préparer dans de bonnes conditions la suite de la mission. Car la décision a été prise, au vu des retards accumulés, de continuer l’expédition en effectif réduit : Sean et Alain repartiront en France, Patrick et Georges embarquant au plus vite, sur l’Elan réparé ou sur un nouveau bateau, car ils ont la possibilité de décaler leur retour et leurs billets d’avion.

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