Le marché de capacité, prévue par la loi NOME, devrait être effectif dès 2016. Dans ce cadre, de nouveaux opérateurs et intermédiaires apparaîtront: les agrégateurs de flexibilité. Ils vous proposeront d’effacer quelques-unes de vos consommations ! De quoi s’agit-il ? Lumière !

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Salle de dispatching national de RTE à Saint-Denis : suivi de la production électrique. © Alexandre Sargos/RTE

Au moment où la consommation électrique nationale est maximale, on parle de pointe, ou de pic de consommation. Il existe plusieurs types de « pointes » de consommation d’électricité : la pointe journalière, qui varie selon les saisons, et la pointe saisonnière, très sensible à la température en raison du fort équipement en chauffages électriques. Les records de consommation, qui ont souvent lieu lors de vagues de froid exceptionnelles, sont atteints lorsque la pointe journalière se superpose à la pointe saisonnière.

La pointe électrique augmente d’environ 3 % chaque année, alors que la consommation électrique n’augmente parallèlement que de 0,6 %. En dix ans, la pointe électrique a augmenté de 28 % ! Cette tendance à la hausse pourrait se poursuivre avec le développement des nouveaux usages de l’électricité notamment les véhicules électriques. Pour répondre à cette demande de pointe, il faut démarrer, le plus souvent, des centrales thermiques au charbon ou au gaz. Cela n’est pas très bon pour l’effet de serre ! Une autre méthode, celle des agrégateurs de flexibilité, consiste à « effacer » d’autres consommations pour diminuer l’ampleur de la demande de pointe en temps réel.

Qu’est-ce-que l’effacement ?

Un effacement de consommation consiste à réduire la consommation d’électricité d’un site par rapport à sa consommation normale, sur une base volontaire, en cas de pointe de consommation. Les agrégateurs de flexibilité sont des acteurs spécialisés dans le développement de telles offres. Ils proposent à leurs clients des solutions techniques pour mettre en pause, pendant quelques minutes ou quelques heures, certains de leurs équipements dont la consommation est flexible.  En périodes de pointe de demande sur le réseau, l’agrégateur pourra ainsi, par exemple, délester dans les bâtiments qu’il pilote, certains usages électriques, comme le chauffage, la climatisation, l’eau chaude sanitaire, l’éclairage, des process industriels, etc.

La flexibilité d’une seule habitation est insuffisante pour être valorisée. Cependant, lorsqu’elle est agrégée à celles de dizaines de milliers de bâtiments et de plusieurs sites industriels, une économie de moyens de production de plusieurs mégawatts peut être effectuée. La capacité d’effacement devra être d’autant plus importante que, lors des déclenchements de l’effacement, le consommateur final garde la possibilité de l’annuler. Ces agrégateurs doivent donc avoir un volume de capacité d’effacement conséquent, en gérant un grand nombre de sites, pour pourvoir compenser automatiquement cette baisse d’effacement, action nécessaire pour assurer l’équilibre du système électrique.

Pour permettre les effacements, les immeubles et sites industriels pilotés devront être « connectés », grâce à des compteurs communicants Linky, des capteurs, des réseaux de communication, des automatismes, des systèmes d’information et des logiciels de pilotage (pour le chauffage, la climatisation, etc.). L’outil informatique est la base du système sans laquelle les performances attendues par l’agrégateur ne peuvent pas être garanties.

Comment assurer l’équilibre offre-demande ?

Pour réduire au mieux la demande de pointe grâce à l’effacement, les différents gestionnaires de réseaux devront connaître en temps réel les besoins de consommation, les niveaux de production, les effacements disponibles et l’état des réseaux. Anticiper la consommation et la production sur le réseau, ainsi que les échanges aux interconnexions, c’est le rôle de RTE, dans son centre du dispatching national à Saint-Denis (93).

L’agrégateur devient en quelque sorte une « centrale électrique virtuelle » constituée, d’une part, de sources de productions réparties sur l’ensemble du territoire et, d’autre part, de gisements d’effacements de consommation. Sa production (ou son effacement) peut être lancée en fonction des besoins, comme on lancerait la production d’une centrale au gaz ou au charbon !

L’agrégation en tests dans GreenLys

Dans le cadre du démonstrateur GreenLys, GDF Suez a développé un dispositif opérationnel d’agrégation pour le secteur résidentiel. Depuis le début de l’expérimentation, l’agrégateur a réalisé 20 000 effacements chez les expérimentateurs, soit une moyenne de 9 effacements par site et par semaine. Les effacements réalisés sur le chauffage et/ou l’eau chaude sanitaire, pendant 1 heure majoritairement, voire 2 heures, n’ont pas eu pour le moment pour but de maximiser la quantité d’électricité effacée, mais simplement de tester l’applicabilité aux bâtiments tertiaires et avoir des retours d’expériences.

Les premiers retours  montrent d’ailleurs que ces effacements n’ont pas eu d’impact sur le confort des expérimentateurs. La variation de température constatée au cours d’un effacement est située en moyenne entre 0,1 et 0,2°C. Les expérimentateurs ont peu utilisé la possibilité de déroger (interruption de l’effacement en cours en appuyant sur un bouton) : seulement 3 % d’entre eux l’ont fait. Ce premier retour d’expérience est à confirmer dans la durée et sera aussi validé avec des enquêtes sociologiques réalisées auprès des expérimentateurs. Ces tests vont se poursuivre jusqu’en avril 2014. L’objectif à ce stade de l’expérimentation est de collecter des données pour construire des modèles de prévision et d’étudier le comportement des utilisateurs.

Après avoir expérimenté sur les deux précédentes saisons de chauffe des plannings d’effacements « statiques », selon un rythme prédéfini, des plannings d’effacements «  dynamiques  » vont voir le jour. La tarification dynamique pourrait en effet devenir monnaie courante : elle consiste à faire évoluer le prix de l’électricité en temps réel pour s’ajuster aux contraintes du réseau. Ainsi, en cas de tension détectée, à cause de la hausse du prix de l’énergie ou de la baisse importante de la température extérieure, le prix de l’électricité est augmenté afin de réduire la demande globale et donc éviter le recours aux moyens de production de pointe plus onéreux et plus polluants !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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